L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CAVIGIOLI Emile



45343



Emile Cavigioli (et non Caviglioli ou Gavigioli) est né le 3 septembre 1903 à Lausanne (Suisse), il est marié avec Germaine, et père de deux enfants (Yvette et Yves).
Il habite 31 rue de Corbie à Albert (Somme), il travaille comme maçon, puis comme ouvrier aux usines «aéroplanes Henri Potez» à Meaulte (près d'Albert). Henri Potez y a créé en 1924, la plus grande usine aéronautique du monde, sur 2,5 hectares. 3200 employés en 1930. C'est de là que sortira le Potez 25, avion mythique qui fera les beaux jours de l'Aéropostale. L’usine est nationalisée en 1937 et devient la SNCAN (Société Nationale de Construction Aéronautique du Nord. La ville est située au nord de la Somme et est donc est rattachée à la zone dépendante du gouverneur militaire de Bruxelles (MBB).

Requis par les Allemands pour la reconstruction des ponts de la Somme entre Corbie et Péronne, Emile Cavigioli permet l’évasion de prisonniers de guerre en instance de départ pour les stalags. Il leur fait traverser la Somme en barque dans des endroits isolés afin qu’ils rejoignent Paris. Il est arrêté le 25 octobre 1941. Remis aux autorités allemandes à leur demande, celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne le 28 octobre 1941. Il y reçoit le matricule 2052.
Fin 1941, plusieurs familles de la Somme (des villes d'Albert, Belloy, Friville, Mers, Oust-Marest) ont sollicité François Brinon, délégué général du gouvernement français pour les territoires occupés, afin de connaître le sort de leurs proches arrêtés entre les 20 et 25 octobre 1941 et internés à Compiègne entre les 23 et 28 octobre, et demander leur libération. Brinon a questionné le préfet de la Somme qui lui répond le 26 décembre 1941 pour ceux d'Albert (Dessin, Villa et Cavigioli) "ces personnes, en raison des renseignements défavorables recueillis au cours de l’enquête (ex-militants communistes), n’ont pas fait l’objet d’une demande de libération à la Feldkommandantur 580 d’Amiens".
Emile Cavigioli est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Emile Cavigioli est enregistré à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45343, 
selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. 

Emile Cavigioli meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942. Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie.

Emile Cavigioli est déclaré "Mort pour la France" le 9 janvier 1950.
Le titre de "Déporté politique" lui est attribué le 6 octobre 1954 (n° 1102 12976).
En 1975, M. Cavigioli, "inspecteur de l'enseignement, est venu trouver Louis Eudier, lui indiquant que son père avait fait partie du convoi des 45.000. Mais Eudier n'a pas pris les renseignements utiles pour nos recherches" note Roger Arnould sur une fiche de travail

Sources

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Témoignage de Louis Eudier, rescapé du convoi..
  • Lettre et témoignage de sa fille Yvette qui a identifié la photo d'immatriculation auprès de Claudine Cardon-Hamet (février et mars 2010)
Biographie rédigée en mars 2010 (et modifiée en juin 2011) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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