L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SALOY Emile, Alexandre, Georges








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Emile Saloy est né le 9 juin 1904 à Ve
rsailles (Seine-et-Oise, Yvelines), 13 rue des Chantiers. Sa mère, Hélène Thoumire est couturière et son père Auguste Saloy est cheminot, militant syndicaliste.
Il habite au 26 rue Serpente, quartier d'Orgemont) à Argenteuil (Seine, Val d'Oise) au moment de son arrestation. Emile Saloy obtient le certificat de fin d’études primaires avec mention, à l’âge de 12 ans.

Il est embauché le 4 juillet 1923 par la société "Le Triphasé Nord-Lumière" (du groupe Empain) qui deviendra "l'Union d'Electricité".
Il est affecté à la centrale de Gennevilliers, une des plus modernes d’Europe, comme monteur électricien "hors classe".



Autodidacte, il prend des cours du soir et aimant le théâtre, joue sous le pseudonyme de Yolas dans une compagnie d'amateurs de Puteaux "Comoedia".

C'est là qu'il rencontre celle qui allait devenir son épouse, Marguerite Niermont, qui travaille chez le grand couturier Patou.









Ils se marient à Puteaux le 23 avril 1932. Le couple a deux enfants (Claude née en 1933 et Alain, né en 1936). Ses amis Mme et M. Legoulon se souviennent "qu'il possédait une voiture à pédales et qu'il aimait aller faire une promenade dans les bois avec sa petite famille".

De nombreux employés de l'usine de Gennevilliers habitaient Argenteuil. C'est pourquoi, membre du Parti communiste militant essentiellement sur son lieu de travail, Emile Saloy est présenté sur la liste du "Bloc ouvrier et Paysan" d'Argenteuil conduite par Victor Dupouy. Il est élu le 12 mai 1935 conseiller municipal d'Argenteuil.
Secrétaire de l'importante section syndicale CGT de la centrale électrique, il est arrêté à la Bourse du travail, à Paris, pendant les grèves de 1936, puis relâché.
En février 1940, il est déchu de son mandat d’élu en tant que communiste. Il entre dans la Résistance en 1940, indique le chef de la subdivision des archives d’EDF-GDF (courrier daté de 1991). A la suite d'une perquisition à son domicile rue du Tronc, il déménage rue Serpente.
Emile Saloy est arrêté en novembre 1940 par la police française (commissariat d'Argenteuil), avec Pierre Darracq (qui sera déporté et meurt en 1945 à Johanngeorgenstadt) et Arduino Nicolazzo (qui sera déporté avec lui à Auschwitz).
Il est interné le 20 février 1941, au camp de "séjour surveillé" d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. « Il fut l’un des signataires de la « Lettre ouverte aux ouvriers communistes » diffusée en septembre 1941 par Marcel Gitton. Sa signature fut vraisemblablement ajoutée contre son gré ; il fut, en effet, livré aux autorités d’occupation en juin 1941 et déporté à Auschwitz » (Maîtron). Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).


Emile Saloy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46094. Il s’est déclaré «catholique». Emile Saloy meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1061). L’arrêté du 10 décembre 1997 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès (paru au J.O. du 18 avril 1998) ne retient toujours comme date que « décédé en septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)».





La municipalité d'Argenteuil donne son nom le 14 mai 1947 à l’ancienne rue du Tronc d’Argenteuil où il habitait et où sa femme a résidé après la guerre (elle est décédée le 9 septembre 1983 à Beaumont-sur-Oise). Il figure sur le monument aux morts d’Argenteuil. La mémoire d'Emile Saloy est également honorée sur une plaque rendant hommage aux morts de la centrale électrique de Gennevilliers pendant la guerre 1939-1945, apposée à l’intérieur de l’usine.

Sources
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 41, p.94 et Maîtron en ligne 2011, notice de Nadia Ténine-Michel.
  • Enquête menée par Marguerite Cardon-Krivopissko, ancienne conseillère générale du Val d'Oise en 1991.
  • Témoignage de sa fille, Claude Boissard (décembre 1990).
  • Extrait d’acte de naissance. Extrait d’acte de décès.
  • Courrier de M. Charton, chef de la Subdivision des Archives d'EDF-GDF (février 1991).
  • Nombreuses photos d'avant-guerre, (travaux exécutés par les services techniques de la Mairie d'Argenteuil).
  • © Site Mémorial and Museum Auschwitz-Birkenau.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en avril 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en 2005 pour l’Exposition de l’association « Mémoire Vive » à Gennevilliers par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Mise en ligne provisoire le 20 avril 2011 à la suite d’un courriel de sa petite fille. Modifications août 2011. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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