L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROUSSEL Maurice


Certificat d'appartenance FFI
Maurice Roussel, photo Roland Roussel
Matricule "46081" à Auschwitz

Maurice Roussel est né le 24 janvier 1909 à Hoëricourt (Haute Marne).
Cheminot, il est domicilié à Reims au moment de son arrestation (le 26 février 1942).
Pupille de la Nation (2 décembre 1919), il est marié avec Suzanne. Le couple a un garçon. Rolland. Maurice Roussel travaille comme charron à la SNCF.
Militant communiste et syndicaliste CGT, Maurice Roussel forme le premier groupe de résistance SNCF de la région avec René Manceau, Roland Soyeux (eux aussi déportés le 6 juillet 1942), et Gaston Lelaurain (arrêté dès le 24 juin 1941, déporté en 1943 à Sachsenhausen où il meurt en 1945).

Arrêté le 26 février 1942 à son domicile, par la Feldgendarmerie, comme otage, le même jour que 17 autres marnais, il est incarcéré à la prison Robespierre de Reims. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande, et celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne le 5 mars 1942 (Il y reçoit le numéro matricule 3677).
Lettre du 5 juillet recto
Dans sa dernière lettre écrite le 5 juillet 1942 au camp de Compiègne, « à faire parvenir à madame Roussel » (elle a peut-être été jetée depuis le train en même temps que celle du 6 juillet), Maurice Roussel donne de ses nouvelles « qui sont bonnes » à son épouse Suzanne « qu’il aime pour la vie ». Il lui indique qu’il a bien reçu son colis et sa carte. Détail intime, le bocal contenant son dentier « est arrivé en bon état ». Il lui recommande de ne plus envoyer de bocaux de viande ni de pain « car nous allons partir, nous ne savons pas où. Alors le pain serait fichu. Et surtout n’envoies plus de colis au copain, il est libéré ». Il lui demande de ne pas se faire « de bile » si elle est un moment sans nouvelles « car quand on change de camp, c’est toujours assez long pour les nouvelles » (beaucoup d’entre les internés ne savent pas encore quelle sera leur destination, mais le bruit court que ce sera sans doute l’Allemagne). 
Lettre du 5 juillet verso
« Pour ton allocation, écrit au Préfet, et surtout ne les lâche pas, car il n’y a pas de raison que les autres touchent, et que toi non ». Il déplore qu’elle ne soit « pas allée à la 1ère communion à Maisons, surtout qu’il y avait Mauroy, pour qu’il te paye les 350 F qu’il me doit ». Il poursuit sur des question matérielles (carnet de permis et carte d’immatriculation ». Il poursuit en demandant des nouvelles de leur fils : « j’espère que mon petit Roland est toujours bien sage, qu’il apprend toujours bien à l’école » et recommande qu’on embrasse bien la famille pour lui. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Roussel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». 
Lettre du 6 juillet recto
Le 6 juillet 1942, comme des dizaines de ses camarades du convoi, Maurice Roussel écrit un mot depuis le wagon. L’écriture est incertaine. Il la jette depuis la lucarne du wagon sur le ballast au niveau de Reims. Elle seront ramassées au péril de leur vie par des cheminots et acheminée à bon port (lire dans le blog l’article : Lettres jetées du train le 6 juillet 1942).
Lettre du 6 juillet, verso
« Ma chère Suzanne. Quelques mots pour te dire que je suis de passage à Reims depuis ce matin. Nous sommes partis de Compiègne et nous allons je ne sais pas où. Enfin de t’envoies ces quelques lignes pour te dire de ne pas t’inquiéter si tu es un moment sans avoir de nouvelles ». « je suis toujours en bonne santé et j’espère que ma lettre te trouvera de même, ainsi que toute la famille ». « … Il signale que « Georges est resté à Compiègne ».
« Enfin j’espère que mon petit Roland toujours en bonne santé, ainsi que toute la famille ». « Je vous quitte en vous embrassant tous, Maurice». Sa dernière recommandation : « Ne m’envoies plus de colis tant que tu n’auras pas mes lettres ».
Ce convoi d’otages est composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Maurice Roussel est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942. La photo de famille communiquée par sa belle fille en 2002 nous a permis l'identification de la photo d'immatriculation, n° 46081.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Maurice Roussel meurt à Auschwitz le 6 octobre 1942 selon les registres du camp.
Certificat FFI
Il est déclaré "Mort pour la France" le 10 décembre 1946.  Il est homologué "Déporté politique", mais l'homologation comme Déporté-Résistant lui est refusée, malgré un certificat d'appartenance aux FFI du 2 février 1948, délivré pour son appartenance au « Front National pour l'indépendance et la liberté de la France ». Ce mouvement est fondé le 15 avril 1941 par le Parti communiste. Il y est homologué comme adjudant le 21 août 1947. Le refus est ainsi notifié : "la détention n'a pas eu pour cause déterminante un acte de résistance à l'ennemi, au sens du statut des déportés et internés résistants" (Ministère des ACVG, 16 avril 1964).
Son nom figure sur la plaque commémorative apposée en gare de Reims, "A la mémoire des agents SNCF tués pour faits de guerre".
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources
  • Madame Rolland Roussel (documents cités, communiqués en juillet 1989).
  • Acte de naissance et de disparition (du 31 octobre 1946).
  • Son petit-fils, Pascal Roussel s'adresse à l'Amicale d'Auschwitz en 1981 pour recueillir des renseignements supplémentaires sur son grand-père.
  • Recherches de Mme Jocelyne Husson, professeur à Reims.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) du convoi du 6 juillet 1942 (archives FNDIRP).
  • Photo de Maurice Roussel remise par Mme Roland Roussel, sa belle fille, à Claudine Cardon-Hamet le 4 décembre 2002 à Reims.
Biographie (mise à jour sept. 2016) réalisée par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » éditions Autrement, Paris 2005. et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à
deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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