L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


REILLON Felix, François, Jean-Baptiste



Matricule "46042" à Auschwitz

Félix Reillon est né le 29 janvier 1890 au domicile de ses parents à La Héronnière (commune de Laigné, canton de  Château-Gontier) en Mayenne. Il habite au 7 rue de la Garenne à Reims, au moment de son arrestation, le 26 février 1942.
Félix Reillon est le fils de Marie, Victorine Hamon, 23 ans, cultivatrice et de Félix, Ernest Reillon, 26 ans, cultivateur, son époux.
Lors du conseil de révision, Félix Reillon habite à Laigné. Il travaille comme ouvrier boulanger. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 67, a les cheveux châtain, les yeux gris, le front moyen, le nez rectiligne et le visage ovale.
Il a un niveau d’instruction « n°2 » pour l’armée (sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1910, il est incorporé à la 22ème section de commis et ouvriers militaires d’administration le 1er octobre 1911.  Il est nommé caporal le 26 septembre 1912. Il est envoyé en congé de disponibilité en attendant son passage dans la réserve, le 8 octobre 1913, « certificat de bonne conduite » accordé. Il se retire à Bouchans-lès-Craon, proche de Pouancé et Châteaubriant.
De janvier à juillet 1914, il se rapproche de la région parisienne et habite successivement à Vert-le-Petit, Montainville et Chamarande.
Le décret de mobilisation générale du premier août 1914 le rappelle à l’armée. Il rejoint la 4ème section de commis le 3 août.
Ancien Combattant de la première guerr
Félix Reillon est cassé de son grade le 3 août 1916 (décision du sous-intendant du COA (commis et ouvriers de l’armée). Il est alors transféré au 151ème Régiment d’infanterie le 13 octobre 1916. Son régiment participe aux combats à Verdun (Bois le Chaume) à partir de septembre 1917. Félix Reillon est blessé à la main le 12 novembre 1917 : il est cité à l’ordre du jour de la Brigade (n° 133) :  « blessé à la main, a fait preuve d’endurance et de courage en restant à son poste de combat. N’est allé se faire panser que le lendemain et a repris sa place aussitôt après ». Il est renommé caporal le 22 juin 1918.
Félix Reillon est mis en congé définitif de démobilisation par la 4ème section du  COA le 9 août 1919. Il se retire à Bonchamps-lès-Laval.
En juillet 1921, il habite Saint-Chéron (Seine-et-Oise / Essonne).
En mars 1923 il déménage pour Reims, au 23 rue des Oliviers, puis au 20 impasse des jardins en 1924.
Félix Reillon épouse Marie Hubeau le 30 avril 1929 à Reims. En 1932 le couple a déménagé au 8 rue de Brest, cité Maison Blanche. Ils auront 3 enfants (carte du 26 janvier 1940), Jeanne née en 1926, Jacques né en 1930, et Bernard né en 1932.
En 1936, ils sont à Berck rue Nicole, chalet Saint Espédy.
En 1939, la famille Reillon est revenue à Reims où elle habite au 7 rue Emile Baron.
En juin 1940, Félix Reillon habite Coudray-au-bourg, peut-être chez le boulanger du village, M. Ménard.
Il est militant ou sympathisant communiste. Il lui arrive d'aller au café-tabac du quartier de la Maison blanche, "la Chaise au plafond" où un jour, il chante une chanson qu'il avait inventée à la gloire du général de Gaulle.
Le 25 février il participe à une manifestation devant l'hôtel de ville "qui avait pour objet de protester contre la vie chère et l'insuffisance de ravitaillement" (PV du commissariat de Reims 10 février 1946).
Il est arrêté le 26 février 1942, à son domicile, à 8 heures 30 du matin, par la Feldgendarmerie, comme otage, le même jour que 17 autres marnais.
Les boulangers se lèvent tôt, mais ce jour là, c'était son jour de congé. Ses enfants s'apprêtent pour l'école. On frappe à la porte, il ouvre croyant rencontrer la camarade de classe de sa fille qui devait venir la chercher.
1942. Bernard, Jeanne, Jacques
 et leur maman, Marie Reillon
Il se trouve en face de plusieurs soldats de la police militaire allemande, armés de fusils braqués sur lui et accompagnés de deux policiers français en civil, habillés d'un imperméable noir et coiffés d'un chapeau.L'un des deux sert d'interprête.
Félix Reillon a compris ce qui l'attend et fait un signe à sa femme signifiant qu'il va être emprisonné. Les trois enfants, 16, 12 et 10 ans assistent à la scène et en resteront marqués à vie.
Félix Reillon est emmené à la prison Robespierre de Reims. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande, celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, en vue de sa déportation comme otage le 5 mars 1942.
Sa famille, qui a reçu l'autorisation de visite assiste - sans pouvoir lui parler - à son départ pour Compiègne dans un autocar gardé par soldats allemands en armes.
Il appelle les siens mais les soldats les repoussent. Il leur crie le nom de l'un de ses camarades qui pourra les aider financièrement car ils sont désormais sans ressources. Mais le bruit est tel qu'ils ne peuvent l'entendre.
Compiègne, Frontstalag 122
A Compiègne il reçoit le matricule 3674 ; il écrit à sa famille sur les formulaires obligatoires du camp : "du papier glacé", se souvient l'un de ses fils. 
Immatriculation le 8 juillet 1942
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Félix Reillon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le 6 juillet 1942, au cours de son transport vers la frontière allemande, il jette sur la voie ferrée plusieurs lettres. Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Sa femme les reçoit, grâce aux cheminots qui, au risque d'être déportés à leur tour, ramassent et expédient les messages des déportés.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Félix Reillon meurt à Auschwitz, le 19 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 994).
Lettre de Gaby Lejard
Plaque © Genweb.

Sur décision du conseil municipal de Reims (25 août 1945) une plaque est apposée à son ancien domicile par la municipalité de Reims en 1947: "Mort en déportation au camp d'Auschwitz (Pologne), en 1943". Sa femme meurt en 1950, laissant trois orphelins. 
En 1962, Gabriel Lejard témoigne de sa mort à Auschwitz (photo ci-contre).

Sources
  • Mme Jocelyne Husson, travail de recherche exécuté par ses élèves (juin 1990). 
  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale (archives des ACVG / BAVCC.
  • Les Livres des Morts d'Auschwitz (Death Books from Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés.
  • © Archives en ligne de la Mayenne. Etat civil et Registres matricules militaires.
Biographie réalisée par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.
Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.
Dernière modification : décembre 2015.

1 commentaire:

Monica Reillon a dit…

Un grand hommage à mon grand-père que je n'ai pas connu mais auquel je pense tous les jours. Pourquoi ? je ne sais pas c'est comme ça. Ta petite fille Monique fille de Jacques. Repose en paix grand-père celui qui hante mes pensées. Moi je n'oublie pas