L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RABALLAND Gustave, Pierre, Joseph



Matricule "46029" à Auschwitz

Rescapé

Gustave Raballand est né à Saint-Jean-de-Monts (Vendée) le 24 août 1907. Il habite 9 place Moreau à la Haute-Ile, Pont-Rousseau à Rezé au sud-Ouest de Nantes (Loire-Atlantique) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie-Louise Viaud, 25 ans, cultivatrice et de Pierre, Auguste Raballand, 26 ans, cultivateur, son époux.
Gustave Raballand est appelé au service militaire en 1927 (recrutement de Fontenay-le-Comte, matricule 1937). La durée de 18 mois est ramené à 1 an en mars 1928.
Il épouse à La Barre des Monts, le 19 avril 1930, Reine, Emilie, Marie Guillaume. Le couple aura deux enfants.
Il adhère au Parti communiste en 1933. En 1936, il est le secrétaire adjoint du Comité de Front populaire de Rezé. Il est aussi responsable de la propagande au Parti communiste et des Comités de défense de l'Humanité (CDH) pour le sud de la Loire à Nantes et à Rezé. Il travaille comme ajusteur à la SNCASO, une usine d'aviation, située à Bouguenais. Lors de la mobilisation, il est affecté spécial dans son usine, puis est rappelé à la base militaire de Chartres le 24 janvier 1940. Il est ensuite envoyé en Algérie à Blida puis à Ouargla où les 180 hommes de la Compagnie, considérés comme de "fortes têtes" doivent- en pleine guerre - pelleter du sable et casser des cailloux dans la chaleur torride du Sahara.
Il est démobilisé le 3 septembre 1940. Il retrouve son travail et reprend clandestinement ses activités politiques et syndicales.
Années 1980
Le 7 décembre 1940, des policiers de la P.J. d'Angers l'arrêtent à 2 heures du matin, à son domicile, et l'enferment à la prison de Nantes, en application du décret du 4 décembre 1940. Mêlés aux prisonniers de droit commun, les communistes protestent et réclament le régime politique. Il est placé au centre de résidence surveillée du Croisic, gardé par des gardes mobiles français, le 28 décembre 1940. Il est libéré le 16 avril 1941.
Il est embauché aux Chantiers de la Loire où il organise le sabotage des compresseurs et de l'outillage. Ces chantiers effectuaient des réparations sur les navires allemands. Il recrute pour l'O.S. (la première organisation armée du Parti communiste), récupère des armes jetées dans la Sèvre Nantaise lors de la retraite, et des explosifs dans une carrière de pierre. Les armes sont remises en état par un ancien armurier, Henri Adam, qui sera fusillé par les Allemands. Il distribue tracts et journaux clandestins dénonçant la collaboration pratiquée par le régime de Vichy.
Le 23 juin 1941, Gustave Raballand est de nouveau arrêté sur son lieu de travail par des Allemands, enfermé à la Prison du Champ de Mars, puis transféré le 13 juillet 1941 au camp de Royallieu à Compiègne. Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gustave Raballand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Pendant le transport, il tente en vain de s'évader.
Le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46029". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz I, il est affecté à un Kommando de terrassement, puis dans un atelier de la DAW, où il travaille à l'affûtage des machines à bois, avec René Aondetto et Maurice Rideau. 
L'entrée du camp d'Auschwitz
Il sabote les lames d'affûtage avec la complicité d'un curé polonais chargé de faire le guet.
comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 28 août 1944, il est transféré à Flossenbürg où il reçoit le matricule "19904" et travaille dans une usine métallurgique où il lui est de nouveau possible d'effectuer des sabotages. 
Il est ensuite transféré, le 12 avril 1945, à Wansleben (n° 93418) qui dépend de Buchenwald. 
Il en est évacué par une de ces terribles "Marches de la Mort" qui dure 36 heures et qui l'amène à Halle (am Saale) en avril 1945.
Gustave Raballand est libéré le 14 ou le 15 avril par les troupes américaines et regagne Paris (Hôtel Lutétia), le 13 mai 1945.
Sa santé est très affectée par une pleurésie contractée à Auschwitz.
Il est homologué comme "Déporté résistant", et sergent de la RIF.

Au Belvédère, septembre 1988
Il est décoré de la Médaille militaire avec citation à l'ordre de l'Armée (4 décembre 1975), de la Légion d'Honneur (le 13 avril 1984), reçoit la Médaille de Combattant volontaire de la Résistance.
Gustave Raballand participe à la plupart des commémorations honorant ses camarades du convoi du 6 juillet 1942. 
Rond point à Rézé
Sur la photo ci-contre, prise en septembre 1988 à l'occasion de l'hommage à Roger Abada au village du Belvédère (Alpes maritimes). 
A sa gauche on reconnaît René Besse et à sa droite, René Aondetto.
Gustave Raballand est mort à Rézé (Loire Atlantique) le 4 janvier 1994.
Un rond-point de Rézé porte son nom.

Sources

  • Questionnaire biographique et documents remis par Gustave Raballand.
  • Entretien enregistré par Claudine Cardon-Hamet.
  • Témoignages de Maurice Rideau et de René Aondetto.
  • Photo années 1980 prise par Pauline Montagne lors d'une rencontre des "45000".
  • Photo de septembre 1988, in n°30 du bulletin de l'Association "Mémoire Vive des 45000 et 31000", p. 9.
  • Etat civil de Saint-Jean-de-Monts.
Biographie réalisée en avril 2002 (mise à jour en 2009 et 2017) pour l'exposition de la FMD de Nantes, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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