L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PEIFFER Henri, Christophe




45956
Rescapé

Photo prise le 20 mai 1945 par un PG Français après leur libération.

Henri Peiffer est né à Russange (Moselle) le 1er février 1910. Il habite au 2 rue des Acacias à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation. Il est marié, père d’un enfant.
Ajusteur d'entretien de profession, puis concierge aux Aciéries de Micheville, il a été membre du Parti communiste, mais ne militait plus.

Durant l'occupation, Henri Peiffer est responsable d'une filière pour le franchissement de la frontière franco ­luxembourgeoise « j’ai trouvé un moyen en descellant dans le mur d’enceinte une plaque de ciment de80 cm sur un mètre, à ras du sol. Ce procédé fit usage pendant une année » comme en témoigne le diplôme de passeur qui lui fut délivré et qui porte la signature du général de Gaulle et celle du général de Larminat.

Le 10 août 1941, une escouade de policiers allemands et français arrête Henri Peiffer dans son jardin. D’après lui cette arrestation est motivée par les faits suivants: « le 14 juillet, de nombreux monuments de poilus avaient été fleuris bleuets, marguerites, coqueliquots : les allemands ne comprirent pas au début, mais Saukel, le gauleiter, a compris tout de suite. Un grand nombre d’interrogatoires suivis d’arrestation eurent lieu ».
Des caves de l'Hôtel de ville de Longwy, puis à la prison de Nancy, Henri Peiffer est "embarqué sans nourriture ni boisson" dans un train qui le conduit à Paris-Gare de l'Est : il est remis aux autorités allemandes le 12 août 1941 à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage (matricule 1418).

Henri Peiffer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Henri Peiffer est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45956.
Il reste à Birkenau du 10 juillet 1942 au 18 février 1943 (il est caché par un déporté polonais d'octobre à novembre 1942 à l'Isoler Station). Ramené à Auschwitz avec une poignée de survivants du convoi du 6 juillet, il doit à sa bonne connaissance de l'allemand de servir de "secrétaire-­interprète" au Block 11 (voir chapitre 8 de « Triangles rouges »). Durant la quarantaine, il aide ses compagnons à rédiger leurs lettres, autorisées seulement en langue allemande. Il note dans un carnet qui alors la présence, au Block 11, de "151 Français, dont un camionneur et plusieurs mineurs qui n'étaient pas des 45000".
Après décembre 1944, il est affecté à l'usine DAW Arsenal Breslau et aux Blocks 18 et 18 A.

Henri Peiffer est transféré sous les bombardements à Flossenburg le 28 août 1944 (matricule 19878). Il y est interné jusqu’au 25 octobre 1944.

Le 25 octobre il est transféré à Buchenwald-Wansleben où il est interné du 28 octobre au 4 avril 1945 (matricule 93420). Du 4 au 13 avril 1945 il effectue « un incroyable périple, de Wansleben vers Dessau par les chemins de terre, Köthen et Könnern, puis transporté en camion-remorque aux environs de Leipzig près d’un terrain d’aviation ».
­Le 13 avril, il est libéré par des éléments de la 9° Division blindée américaine. Transféré à Hinsdorf (près de Dessau), il y reste jusqu’au début de mai 1945.
Il regagne la France le 24 mai 1945.

Sa santé est très affectée, et il souffrira de troubles nombreux sa vie durant.
Secrétaire de 1945 à 1956, puis trésorier et enfin co/président de la section FNDIRP de Villerupt, il est homologué Déporté résistant le 22 mai 1957 (jugement du Tribunal administratif de Nancy).
Henri Peiffer a reçu la croix de combattant volontaire, la Légion d'Honneur, et une médaille de la Résistance luxembourgeoise.
Il meurt le 30 août 1993, à Villerupt, 5 jours après son compagnon de déportation, Germain Pierron, de la même région lorraine.

Sources
- Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Henri Peiffer en 1988.
- Correspondance abondante, et récits nombreux, jusqu'à ses dernières années.
- Témoignages de Maurice Rideau, André Montagne,
- Echange de courriers avec Roger Arnould.
- Diplôme de passeur
- Citations
- Homologation Front National-RIF
- Documents envoyés par M. Alain Casoni, maire et conseiller général de Villerupt (avril 1989) : acte de décès et documents concernant les déportés de Villerupt, fournis par M. Henry Pilarczyk, président de la section FNDIRP de Villerupt, octobre 1993.

Biographie rédigée en juin 1997 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne.
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