L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


NEVRAUMONT Marcel, Auguste, Joseph


Matricule 45922 à Auschwitz


Marcel Névraumont est né à Reims au 5 impasse du Pavois, le 29 novembre 1889. Il est le fils de Marie, Emilie Bocquillon, âgée de 31 an, sans profession et de Joseph Névraumont, âgé de 31 ans, son époux, valet de chambre. Marcel Névraumont habite au 41, rue du Chemin-Vert à  Maisons-Alfort au moment de son arrestation. Il est cordonnier.
«Fils d’un valet de chambre, Marcel Névraumont, artisan cordonnier, fut élu le 12 mai 1935 conseiller municipal communiste de Maisons-Alfort sur la liste conduite par Albert Vassart. Il fut déchu de son mandat le 16 mars 1940 par la préfecture de la Seine pour appartenance au Parti communiste. Marcel Nevraumont fit partie de ceux qui organisèrent la manifestation du 25 juillet 1940 pour reprendre la mairie de Maisons-Alfort» (Le Maitron).
Procès verbal d'arrestation
Le 25 juillet 1940, après les manifestations des ex-élus communistes (1) des villes de Maisons-Alfort et d'Alfortville contre les délégations spéciales mises en place en octobre 1939 par le gouvernement Daladier, neuf "meneurs", dont Marcel Névraumont, sont arrêtés par la police pour "attroupement de rue et manifestation non approuvés par les autorités allemandes". Ils sont conduits du commissariat du 12ème arrondissement de Paris au Dépôt de la préfecture de Police de Paris, puis à la maison d’arrêt de la Santé. 
Ils sont élargis le 4 octobre sur intervention des autorités allemandes. 
Durant toute cette période la Préfecture de police effectue des démarches pour que les autorités allemandes ne contrecarrent pas la répression anticommuniste et demande aux commissariats de faire remonter toutes les affaires au cours desquelles les autorités allemandes ont fait libérer des communistes (2). 
Et c’est ainsi que le 7 octobre 1940, le commissaire de police de Charenton rend compte au directeur des RG de l’arrestation des 9 meneurs le 25 juillet précédent. Il spécifie à son attention : « Il est à peu près certain que tous ces militants vont reprendre une activité. Leur arrestation s’impose donc ». 
Marcel Névraumont et ses huit camarades sont de nouveau arrêtés le 10 octobre, emmenés au dépôt et par décision du Préfet de Paris Roger Langeron,  sont « internés administratifs » (n° 347.685 pour Marcel Névraumont) au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
Le 6 septembre 1941, il est transféré avec 148 autres internés venant du camp d’Aincourt au CSS de Rouillé pour l’ouverture de celui-ci (3).
Le 9 février 1942, Marcel Névraumont fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122). 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages»..
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45922» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Marcel Névraumont meurt à Auschwitz le 13 août 42 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 860). Le Comité local de Libération, ignorant son décès, le désigne comme membre du Conseil municipal provisoire en novembre 1944.

  • Note 1 : Le gouvernement Daladier promulgue un décret le 4 octobre 1939, en application de l'article 3 du décret du 26 septembre précédent, qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine et 34 en Seine-et-Oise "jusqu'à la fin des hostilités" et les remplace par des « délégations spéciales ». Fin juin 1940, période qui suit l’arrivée des Allemands à Paris, la direction communiste clandestine croit pouvoir obtenir de ceux-ci la reparution de L’Humanité et des démarches sont effectuées en ce sens. Parallèlement, elle suscite des manifestations en direction des villes administrées par des « délégations spéciales » depuis octobre 1939 sur les thèmes :  «Pour la réintégration de nos élus propres et honnêtes» et «réintégrez les communistes». De nombreux militants sont alors arrêtés par la police française.
  • Note 2 : « PC. La répression s'est exercée avec des moyens accrus. En effet, à la suite de démarches pressantes faites auprès de l'autorité occupante, la préfecture de police a pu obtenir qu'il ne soit pas mis obstacle à l'application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940 ». Rapport des Renseignements généraux du 7 octobre 1940.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé. Le 14 octobre 1941 le commandant du CSS de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24).

Sources
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
    Cartons Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès du camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Notice rédigée par Claude Pennetier.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
Biographie rédigée en 2000 par Claudine Cardon-Hamet, modifiée en novembre 2012 par docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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