L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARCHAND Roger


Roger Marchand
Roger Marchand est né le 2 octobre 1901 à Paris (10°) au 6 rue de la Grange aux Belles.
Il est le fils d'Augustine Gillet, 22 ans, émailleuse et de Georges Marchand, 21 ans, ciseleur.  Le couple, qui habite au 28 rue des Envierges, se mariera le 28 juillet 1917.
Au moment de son arrestation, Roger Marchand habite au 22 rue des Collines à Gennevilliers (dans la Seine, aujourd’hui dans les Hauts-de-Seine). 
Avec son épouse
Roger Marchand a épousé à Gennevilliers Elizabeth, Honorine Maury, le 25 octobre 1930.
Collection Maurice Marchand
Veuf, beau-père d’un garçon, il travaille dans la métallurgie comme chaudronnier-rectifieur aux usines Chausson d'Asnières, ville voisine de Gennevilliers. 
Communiste depuis 1925, il est responsable du syndicat CGT dans son entreprise où il dirige de nombreuses grèves. "chef incontesté des ouvriers des usines Chausson" peut-on lire dans sa biographie rédigée à la Libération par la municipalité.
Il a vraisemblablement été licencié lors des grèves de 1938, puisque son dernier employeur est la maison Pournik et Rosemblit,  à Levallois-Perret
Roger Marchand participe à l'action clandestine dès ses débuts. 
Le 5 octobre 1940, il est arrêté par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, exécute une rafle identique à celle de Paris dans son département. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt.
Roger Marchand est interné avec ses camarades, au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, près de Mantes (dans la Seine-et-Oise, aujourd’hui dans le Val d'Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés. Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Roger Marchand on lit : « 39 ans. Militant actif et propagandiste notoire ».
Le 6 septembre 1941, il est transféré au camp de Rouillé (1), au sein d’un groupe de 149 internés. Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé 4 mois auparavant, dont celui de Roger Marchand. Des listes lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre : pour Roger Marchand, la mention est presqu’identique à celle de la liste du camp d’Aincourt : « militant communiste actif et propagandiste notoire ».
Rouillé (VRID)
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Roger Marchand (n° 119 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (2) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp de Compiègne, Roger Marchand va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Marchand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Le numéro "45829 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès.
En 1946, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au « 31 octobre 1942 à Auschwitz » sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation.
Un arrêté ministériel du 14 septembre 1994 paru au Journal Officiel du 21 octobre 1994 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Roger Marchand.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Gennevilliers, dans le cimetière communal et sur la stèle commémorative : "A la mémoire de tous ceux qui ont donné leur vie pour la défense et la libération de la France et dont les corps ne reviendront pas".
Sa biographie rédigée par la municipalité à la Libération est éloquente : "Simple, modeste, Marchand était l'image du militant tout au service de la classe ouvrière et de son Parti. Sa vie était toute de dévouement et d'abnégation". 

Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés. 
Sources
  • Archives de Gennevilliers (Liste de déportés, noms de rues, biographies).
  • Fichier national et dossier individuel au Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Les photos m'ont été adressées par M. Maurice Marchand, de Gennevilliers, le 22 novembre 2005, après la conférence du 22 novembre sur les convois des 45000 et 31000.
Biographie réalisée pour l’exposition sur les "45000" de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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