L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MANCEAU René, Louis, Edouard, Auguste


René Manceau, photo COSOR

Matricule "45 821" à Auschwitz

René Manceau est né le 30 mai 1897 à Angers (3ème arrondissement) au domicile de ses parents, 10 rue Jules Lenepveu.
Cheminot, il est domicilié 73 rue Coquebert à Reims au moment de son arrestation le 26 février 1942.
Photo : l'Union 1946
Il est le fils de Marie, Anastasie Delestre, 31 ans, couturière, et d’Auguste Manceau, 33 ans, fermier. 
Conscrit de la classe 1917, René Manceau va être mobilisé par anticipation en avril 1916, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Incorporé au 36ème Régiment d’infanterie, engagé dans la Somme et à Verdun, il est nommé caporal. Il passe ensuite au 25ème Régiment d’infanterie, puis au 15ème R.T.A (régiment de marche de tirailleurs algériens) constitué en novembre 1918.
Il est célibataire et travaille comme homme d'équipe à la SNCF depuis 1923.
Militant syndicaliste depuis 1932, il est membre du Parti communiste, trésorier de la cellule du quartier St Thomas de Reims (4ème canton).
Dans la Résistance, il diffuse des tracts, des journaux clandestins et pratique des sabotages de matériel destiné à l’occupant sur son lieu de travail. Il fonde le premier groupe de résistance à la SNCF de la région, avec Maurice Roussel, Roland Soyeux (eux aussi déportés le 6 juillet 1942), et Gaston Lelaurain (arrêté dès le 24 juin 1941, déporté en 1943 à Sachsenhausen où il meurt en 1945).
Il est arrêté le 26 février 1942, à son domicile, par la Feldgendarmerie, comme otage, le même jour que 17 autres marnais. Détenu à la Prison Robespierre à Reims, il est remis aux autorités allemandes à leur demande, et celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 5 mars 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Manceau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"Il meurt à Auschwitz, le 8 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 771). Dans les années d’après-guerre, l’état civil français, n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé la date de son décès au 15 novembre 1942 sur la base des déclarations (plus ou moins précises de deux de ses compagnons de déportation.
Plaque à son domicile en 1942
Sur décision du conseil municipal de Reims (25 août 1945) une plaque est apposée à son ancien domicile par la municipalité de Reims en 1947, où l'on peut lire : "Patriote mort en déportation au camp d'Auschwitz-Birkenau en novembre 1942".
Son nom figure également sur la plaque commémorative en gare de Reims "à la mémoire des agents de la SNCF tués pour faits de guerre 1939-1945 "

Sources
  • Article de "l'Union", avec photo (Reims 22 mai 1946). Recherche de Mme Jocelyne Husson, professeur à Reims (juin 1990).
  • Jules Huon parle de lui dans une lettre écrite de Compiègne à sa famille le 5 avril 1942.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, tome 35, page 231.
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • -Liste - incomplète – par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporain (Ministère de la Défense, Caen).
  • Photo René Manceau in bulletin N° 13 d'avril 2013 de l'AFMD Marne.
Biographie réalisée par Claudine Cardon-Hamet, (complétée en janvier 2016), docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005.
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