L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEFEVRE Henri Léopold

Henri Lefevre DR

Henri Lefevre est né le 17 juin 1894 au domicile de ses parents au 33 rue Victor Hugo à Levallois-Perret (Seine / Hauts-de-Seine).
Il est domicilié, au moment de son arrestation, au 34 rue Chevreul à Gennevilliers (Seine / Hauts-de-Seine). 
Il est le fils de Marie, Louise, Amélie Pierre, 37 ans, journalière, et de Louis, Léopold Lefèvre, 31 ans, serrurrier, son époux.
Il travaille dans la métallurgie comme rectifieur. Ancien combattant de 14/18, il avait été prisonnier de guerre.
Le 29 mars 1919, il épouse Marie Raymond à Levallois. Le couple aura 4 enfants. 
Communiste, "vieux syndicaliste (qui) a vécu toutes les luttes ouvrières", il "rejoint le combat clandestin dès août 1940".
A l'Occupation, le 5 octobre 1940, il est arrêté par la police française dans la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du parti et de la CGT).
Il est interné avec ses camarades, au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, près de Mantes (dans la Seine-et-Oise et aujourd’hui dans le Val d'Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés. Il est ensuite transféré dans le camp d’internement français de Rouillé. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstallag 122).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Henri Lefevre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
L'entrée du camp d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro "45762" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000), signalé comme incertain par un point d'interrogation correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Henri Lefevre meurt à Auschwitz le 20 août 1942 d’après les registres du camp. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français, n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, fixe la date de son décès au 15 janvier 1943 sur la base des déclarations (plus ou moins exactes) de deux de ses compagnons de déportation. Un rectificatif de 1994 la ramène au 30 août 1942.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué le 7 avril 1948. La courte notice biographique de la Mairie rappelle « le dévouement et l'abnégation » d'Henri Lefevre.

Sources
  • Archives municipales (Liste des Déportés, nom des rues, biographies).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
  • © Photo Henri Lefevre, in Patrick Liber, rue de la Résistance (photocopie transmise par les archives de Levallois).
Biographie réalisée pour l’exposition sur les « 45000 » de Gennevilliers en novembre 2005 (complétée en 2017), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.
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