L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LECRUX Guy


Sa carte de Déporté politique

Matricule "45756" à Auschwitz
Rescapé

Je ne suis plus le gamin d'il y a 4 ans. Il y a bien longtemps que je n'ai pas ri. Je suis arrivé à avoir oublié la notion de la vie et de la mort. Je n'ai rien, juste ma tenue rayée et mon numéro de bagnard tatoué sur le bras gauche (Guy Lecrux, mai 1945).

Guy Lecrux est né le 26 juillet 1920 à Reims. Il est le fils de Juliette Peiffer et de Maurice Lecrux son époux.
Célibataire, il est électricien à la SNCF dans cette ville. 
Secrétaire de la section rémoise des Jeunesses communistes, il devient secrétaire permanent pour le département.
Son arrestation, le 22 janvier 1941, après perquisition à son domicile, est effectuée par un inspecteur principal sous l'inculpation de "menées tentant à la réorganisation d'association dissoute et de diffusion des mots d'ordre de la 3° Internationale" (décret du 26 septembre 1939). En même temps que lui est arrêtée Simone Bastien, sa fiancée, qui sera déportée à Ravensbrück et qu'il épousera en 1946 (l'inspecteur principal qui avait procédé à son arrestation, fut suspendu à la Libération, puis réintégré en 1946) ainsi que 5 autres jeunes rémois. 
Le journal "L'éclaireur de l'Est" a relaté les arrestations de ces sept jeunes gens sous le titre : "Halte à la propagande communiste".
Il est écroué à la prison Robespierre de Reims le 23 janvier et jugé le 26 février 1941.
Le Tribunal correctionnel de Reims le condamne à 6 mois de prison et à 100 F d'amende, le 23 avril 1941, pour "propagande communiste, détention de matériel d'imprimerie, documents et imprimés mis en circulation, infraction au décret du 26 septembre 1939, reconstitution du Parti communiste et des Jeunesses communistes". Il est ensuite interné à la Santé.
Il fait appel et est jugé le 20 mai 1941 par la 10° chambre de Paris. Le jugement, remis à huitaine, est confirmé le 27 mai.

Guy Lecrux est libéré le 7 juin, mais repris le 23 juin 1941 dans le cadre de "Aktion Theoderichorganisée par l'occupant en corrélation avec l'attaque de l'Union soviétique.
Il est alors interné administrativement à Châlons-sur-Marne, puis remis aux autorités allemandes à leur demande.
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 6 août 1941 (n°1442), en vue de sa déportation comme otage (il est inscrit par les Allemands sur la liste des jeunes communistes destinés à être déportés en janvier 1942 à la suite de l'avis d'Otto von Stülpnagel du 14 décembre 1942).
Réunion du "Comité des loisirs" à Compiègne

Au camp de Compiègne, il participe activement à l'organisation communiste clandestine dans le cadre du "Comité des loisirs" du bâtiment A2 (ci-contre le compte-rendu de la réunion du 29 avril 1942 de ce comité. Lire dans "Mille Otages pour Auschwitz", les "45.000 au camp de Compiègne", chapitre 10, pages 219 à 234).
Cadre sculpté à Compiègne par Guy Lecrux
Il suit les cours d'italien, de géographie, d'instruction civique, d'électricité, dispensés par des détenus enseignants ou techniciens avant leur arrestation. Il sculpte un cadre "Compiègne 1941".
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Carnet jeté du train
Depuis le train, il réussit à jeter sur le ballast un petit calepin (qui porte l'inscription champagne H. Germain (1), qui sera recueilli par un cheminot et remis à sa famille. Il y inscrit au crayon "prière à la personne qui trouvera ce carnet de le poster à Mme Lecrux, 32 rue Camille Lenoir à Reims". Il y a écrit "tous les Rémois dans le train (déportation), sauf Gaston Degrelle".
Photo du tableau de la Strafkompanie
Il est enregistré à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule "45756" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Il est affecté au Straffkommando, Kommando disciplinaire de la Strafkompanie, chargé de creuser le fossé central de drainage de Birkenau. Très affaibli, il est transféré au Revier, "l'infirmerie" du camp. Là Karl Lill, déporté allemand et Hermann Langbein, déporté autrichien, tous deux organisateurs du Comité international de Résistance, décident d'aider et de ravitailler deux jeunes français : Guy Lecrux et Robert Lambotte. Tous deux pourront ainsi reprendre des forces, aider leurs camarades français et participer à la Résistance clandestine.
Ainsi Gabriel Lejard, un "45000” de Dijon, rapporte que Guy Lecrux lui en transmettait les mots d'ordre et les instructions.
Le 29 août 1944, il quitte Auschwitz pour Sachsenhausen (matricule 94266) avec 28 autres "45000". 
Puis il est affecté, le 5 octobre, à Kochendorf, camp annexe dépendant de Natzweiler-Struhof, (mines de sel situées dans la région du Neckar). Il y reste en compagnie de Gabriel Lejard.
Blason brodé par G.Lecrux en juin 1945
Fin mars, le camp est évacué par les SS sur Dachau. 
Après une terrible "Marche de la Mort", il est immatriculé à Dachau (n° 149704), le 8 avril 1945. Le camp est libéré par les troupes américaines le 29 avril, mais le typhus s'est propagé dans l'ensemble du camp.
Guy Lecrux n'est rapatrié qu'en juin, après une période de convalescence. Pendant cette période d'attente, il brode un blason qui rappelle les camps où il a été déporté.

Dévoilement de la plaque en mémoire
 de Marcelle Grandon  par Guy Lecrux
Il reçoit la médaille de la Résistance (journal Officiel du 11 juillet 1946) mais la carte de Déporté-résistant lui est refusée. A son retour à Reims, il s'efforce de donner des nouvelles de ses camarades rémois morts à Auschwitz : nous le savons par une lettre adressée par madame Crépin à des amis, où elle explique qu'elle a connu la fin de son mari par un jeune déporté, "le seul rescapé des rémois de ce convoi". Guy Lecrux est homologué comme Déporté politique. Il s'établit comme commerçant à Précy-sur-Thil (Côte d'Or).
Il ne se remettra jamais des souffrances et de la maladie. Il meurt le 3 juin 1963, à l'âge de 42 ans.

Carnet de Guy Lecrux
Note 1 : Henri Germain, producteur de Champagne, sera déporté à Buchenwald. A son retour de déportation, il a été durant de longues années le fidèle fournisseur de la FNDIRP.

Sources
  • Sa veuve, Simone Bastien-Lecrux a apporté son aide à Roger Arnould, recherché les "4500" de la Marne et lui a procuré toute la documentation qu'elle pouvait rassembler. C'est elle qui prit la suite de Marcelle Grandon, responsable des Jeunes Filles de France lorsque celle-ci dut remplacer un instituteur mobilisé.
  • Monique, sa fille, a complété la documentation concernant son père pour l'exposition présentée à Reims par l'AFMD, le 4 décembre 2002, sur le convoi du 6 juillet 1942 et sur les "45000" de la Marne.
  • Témoignages : lettre de Georges Gourdon, Souvenirs de Gabriel Lejard.
  • Dessins-souvenirs : calendrier et plan de la prison de la Santé, de la main de Guy Lecrux.
Biographie réalisée par Claudine Cardon-Hamet (mise à jour avril 2011), docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005.
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