L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HERVE Raymond


Raymond Hervé @ Marcelle Moisan

Raymond Hervé @ Marcelle Moisan
Matricule "45661" à Auschwitz

Raymond Hervé est né le 22 juillet 1908 à Trélazé (Maine-et-Loire). 
Il habite au 14 rue de Belgique à Lorient-Keryado (Morbihan). 
Il est le fils de Claudine Neuder, 26 ans et deCharles Hervé, 29 ans son époux.
Le 20 septembre 1930 à Trélazé, il épouse Adelphine, Jeanne, Marie Le Mené, dite Jeannette. Le couple aura quatre enfants, âgés de 2 à 11 ans au moment de l'arrestation (dont Jeanne épouse Le Guennec et Marcelle épouse Moisan).
Il travaille comme ouvrier plombier à l'usine à gaz de Lorient. Membre du Parti communiste, il est aussi militant de la CGT.
L'armée allemande arrive à Lorient le 21 juin 1940 et l'amiral Karl Dönitz y installe la 2e flottille de U-boots (sous-marins). Les interdits (Verboten) sont publiés, les réquisitions commencent. Menaces ouvertes de répression sanglante en cas de tentatives de résistance. Des listes d’otages sont exigées des municipalités dès le 22 juin « pour chaque allemand assassiné, dix otages seront fusillés ». « Des notables, mais surtout des communistes arrêtés en 1939-1940 » (Christian Bougeard in « Annales de Bretagne »).
Raymond Hervé est un militant actif du parti communiste clandestin.
Il est arrêté‚ une première fois le 12 août 1941, sur le cours de Chazelles à Lorient, par la police française, à la suite d'un sabotage commis dans son entreprise. 
Certificat d'internement à Châteaubriand
Sur le site @ "Les amis de la Résistance du Morbihan" cet épisode est raconté ainsi : « Début août 1941, des ouvriers de l’entreprise protestaient contre des sanctions infligées à certains d’entre eux pour négligence dans le travail. Certains adressaient même une pétition au sous-Préfet pour protester contre ces mesures considérées comme injustifiées. Le 8 août, un ouvrier plaçait en court-circuit le moteur de secours de la salle des machines et le mettait hors d'état de fonctionner, acte de sabotage qui était renouvelé le 10 août. La direction de l’usine se plaignait auprès de la police qui entre le 12 et le 14 août 1941, arrêtaient deux ouvriers Raymond Hervé et Robert Dhuy, connus pour leur appartenance au Parti communiste ».
Le Nouvelliste du Morbihan, 20 août 1941
Le surlendemain, il est interné administrativement au camp de Choisel à Châteaubriand à la section P du camp. Il en est libéré le 2 octobre 1941. Pas pour longtemps...
Raymond Hervé est à nouveau arrêté le 12 octobre 1941 à son domicile par des gendarmes français et allemands à la demande de Marnitz, chef du S.D pour le Morbihan et le Finistère, qui le remettent aux allemands.
Il est emprisonné à Lorient, puis à Vannes.
Raymond Hervé y est jugé le 4 novembre 1941 par un tribunal militaire allemand pour reconstitution d'une cellule communiste à l'usine à gaz, ainsi que 4 autres militants. Raymond Hervé est condamné à 5 mois de prison qu’il effectue à la maison d'arrêt de Saint-Brieuc, les quatre autres militants à quatre mois
Sa fille se souvient que sa famille a pu lui rendre visite une fois. Vers la fin de sa peine, il est transféré à la prison de St-Brieuc, le 1er avril 1942. 
Sa fille Marcelle écrit "Le 4 avril 1942, il aurait dû retrouver la liberté. Alors que nous l'attendions à la gare routière de Lorient, il était arrivé à Compiègne" (In Le patriote Résistant, 1991).
Mais au lieu d’être libéré, il est maintenu en détention allemande et interné en vue de sa déportation comme otage au camp allemand de Compiègne (il y reçoit le matricule 3.843).

Le 3 avril, il écrit à sa femme et lui conseille la prudence : "Me voilà libéré d'une prison pour entrer dans une autre. Je suis cette fois parti bien loin de vous ; me voilà maintenant interné dans un camp de concentration de Compiègne. (…) Fais attention à ce que tu écris. (…) Parle de moi souvent de moi aux gosses"Il lui recommande de s’installer à Quiberon avec ses enfants pour y "être davantage en sûreté qu’à Lorient ". "Ayant de la famille à Landaul, maman s'installe avec ses 4 enfants et le peu de meubles qu'elle avait pu faire venir de Lorient. Coïncidence ou volonté, toute la famille Le Duy s'installe à la gare de Landaul, dans une grande baraque" (Marcelle Moisan, 1982).
Certificat d'internement à Compiègne
Raymond Hervé est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 4 avril 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Il reçoit le matricule "3843", et il est affecté au bâtiment A3, chambre 7, puis au bâtiment A7, chambre 13 (lettre du 24 juin).
Le 9 mai, son épouse est informée par courrier que sa demande de visite est refusée au motif que le prisonnier n’est pas en camp depuis assez longtemps et qu’elle pourra renouveler sa demande dans quatre mois.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Raymond Hervé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lettre jetée depuis le wagon, 6 juillet 1942
Le 6 juillet, Raymond Hervé jette une lettre pour sa femme depuis le train, au niveau de Châlons-sur-Marne. Il y écrit "Me voila parti loin de vous, où je n'en sais trop rien. Nous prenons la direction de l'Allemagne", nous sommes environ plus d'un millier. Un peu fatigué, tu sais cela n'est pas facile d'écrire dans un wagon à bestiaux. Embrasse bien fort nos enfants pour moi, car maintenant je ne sais pas quand je pourrais le faire moi-même, hélas. Enfin, vivement que cette maudite guerre soit finie. Ma petite Jeannette, écris moi de longues lettres lorsque tu auras mon adresse. Bien le bonjour chez Rosa, Caro, Madeleine... et chez Louisette. Tu me diras aussi si tu as reçu mon colis que je t'ai envoyé du camp. Je termine, car ce n'est pas facile d'écrire. Je t'embrasse bien fort, ainsi que les enfants. Ton petit Raymond". "Papa a dû trouver un petit intersitce et a jeté cette lettre, qu'une personne inconnue a eu la touchante attention de timbrer et poster" (Marcelle Moisan). Lire dans le blog : Les lettres jetées du train
Suite de la lettre
Lire également dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942
Son épouse, qui habite toujours à Keryado, écrit à De Brinon, ambassadeur de France, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés. Celui-ci lui fait répondre le 5 juin 1942 qu'il a transmis sa lettre à Bousquet, secrétaire général pour la Police "qui vous répondra directement"... Sa fille Madame Moisan n'a pas trouvé de réponse dans les papiers de sa mère.
Auschwitz, le 8 juillet 1942
Raymond Hervé est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45666", selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz 1946
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. 
Raymond Hervé meurt à Auschwitz le 23 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 446).
Il a été homologué « Déporté politique ».
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Une rue de Lorient porte son nom.

Son frère, Lucien, infirmier à l’Hôpital Bichat, entre dans la Résistance en 1942 au Maquis "Félicité", dépendant du Maquis Surcouf de Pont-Audemer. Il est arrêté, affreusement torturé et fusillé le 24 août 1944 avec deux de ses camarades.

Sources

  • Lettres de sa veuve (1972) et de sa fille, Marcelle Moisan (février et novembre 1991), qui fournissent plusieurs photocopies de documents de l’époque : certificat de présence à Châteaubriant (18 août 1941) et à Compiègne avril 1942).
  • Lettre de Compiègne, lettre jetée du convoi et datée de Châlons-sur-Marne
  • Attestation d’appartenance au Front National (janvier1950).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Notice biographique rédigée en avril 2001 pour l’exposition de l'association "Mémoire Vive" sur les “45000” et “31000” de Bretagne (2002), complétée en 2013 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

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