L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUY Maurice Edmond

Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Maurice Guy au camp de Choisel, 1941

Matricule "45647" à Auschwitz

Maurice Guy est né le 18 septembre 1900 à Montchauvet (Seine-et-Oise, aujourd’hui Yvelines). Il est le fils de Marie Descaves, 18 ans, et de Léopold Guy, journalier. 
Maurice Guy habite au 70 rue du Mesnil à Asnières (Seine, aujourd’hui Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 
Maurice Guy à 22 ans en Syrie
Maurice Guy en Syrie 1921-1922
Selon son registre matricule militaire il a les cheveux châtain et les yeux marron, le front moyen et le nez droit, la bouche moyenne, les lèvres minces, le menton rond et le visage ovale. Il travaille comme mécanicien au moment du conseil de révision et habite à Puteaux (Seine / Hauts-de-Seine) au 72 avenue Jean Jaurès. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
En Syrie avec un copain
Conscrit de la classe 1920, il a été ajourné en 1918 pour « faiblesse ». Il est déclaré « bon pour le service » en 1920 et est appelé au service militaire le 6 octobre 1920. Incorporé le 7 octobre au 44ème Régiment d’infanterie, après ses classes (instruction militaire), il « passe » le 24 mai 1921 au 46ème Régiment de tirailleurs algériens. Avec son régiment il participe à la campagne de Syrie (du 25 mai 1921 au 13 juillet 1922). 
Evacuation des chars en Syrie. 
Maurice Guy (à dr.) boit une "limoune syrienne"
Le 1er mai 1922, Maurice Guy écrit à ses parents. Sa lettre, qui commente la photo ci-dessus constate l’évacuation du matériel militaire du Sandjak d’Alexandrette, s’inquiète avec humour de son maintien à Alexandrette (il est bientôt libérable). 
Alexandrette, le 1er mai 1922
« Voilà une preuve de l’évacuation. Rapatriement des chars d’assaut. Quant aux hommes, c’est une autre affaire. Il n’est pas besoin d’être tôlard ni rengagé pour me faire rester ici. Mais au contraire d’être emprunt de bonne conduite et de servir la France à la dernière limite de mon temps, suivant le bon vouloir de la Nation et de ses électeurs.Je suis ici par la volonté du peuple et n’en sortirai que par le bon vouloir de ses exploitants ».
Il est libéré du service militaire le 26 septembre 1922 et passe dans la réserve de l’armée active le 1er octobre. Il « se retire » à Montchauvet.
Il est membre du Parti communiste depuis 1922.
En avril 1923, il habite à l’hôtel Magner, 25 rue du moulin de la Tour à Gennevilliers (Seine / Hauts-de-Seine).
Il se marie le 1er  mars 1924 à Gennevilliers avec Marie Adrienne Truffy, «parfumeuse». Le couple aura un enfant, James, qui naît le 13 août 1929 à  Gennevilliers.
Ajusteur outilleur de profession, Maurice Guy est licencié pour avoir dirigé plusieurs grèves. 
Extrait page 2 de L'Humanité du 15 juillet 1926
En septembre 1926, il est condamné pour « violences à agents le 14 juillet 1926 » à 4 mois de prison (il s’agit d’échauffourées entre la police et des militants manifestant sur les champs Elysées contre la guerre du Rif pendant le défilé militaire, rapportées par l’Humanité du 15 juillet. La police procède à 104 arrestations). Le nom de Maurice Guy est cité parmi les militants arrêtés (souligné en rouge, ci-contre).
Il devient chauffeur de taxi, puis concierge à Gennevilliers.
Maurice Guy est responsable du syndicat CGT des métaux, puis de celui des conducteurs de taxis. Il est animateur des Œuvres sociales à la mairie de Gennevilliers. 
En 1931, il est membre de la délégation des travailleurs étrangers qui participent aux fêtes du 1er mai en URSS.
Elu Conseiller municipal en 1934
Maurice Guy est élu aux élections municipales le 14 octobre 1934 en huitième position (sur 26) de la liste dirigée par Jean Grandel de 1934, il est réélu le 5 mai 1935  (Le  Maitron).
Le 22 septembre 1937, il est condamné à 100 F d’amende avec sursis « pour ouverture illégale de débit de boisson sans autorisation » par le tribunal correctionnel de Bourges (il s’agit peut-être de l’ouverture d’une buvette à une fête du Parti communiste ou dans le cadre des oeuvres sociales de Gennevilliers ou encore du centre de santé de Vouzeron (Cher) qui est un centre de santé, propriété de l’USTM-CGT (le syndicat CGT des métallurgistes de la région parisienne.
En décembre 1937, il est domicilié au 6 avenue Chandon à Gennevilliers. 
Château de Vouzeron, propriété de l'USTM-CGT
La famille Guy a conservé des objets (une assiette et un cendrier) provenant du château de Vouzeron, ). Il est vraisemblable que Maurice Guy y a fait un séjour, soit comme pensionnaire, soit en tant qu’encadrant. 
En septembre 1939, Maurice Guy habite 70 rue du Mesnil à Asnières (Seine / Hauts-de-Seine).
Le 12 octobre 1939, il est « rappelé à l’activité militaire » par le décret de mobilisation générale et affecté au dépôt de guerre d’Infanterie n° 213 (1ère compagnie de passage).
Maurice Guy est classé « service auxiliaire », inapte à l’Infanterie pour pachypleurite apicale, mais apte aux BOA, par la commission de réforme de Versailles du 20 octobre 1939. La commission de réforme du 9 novembre le classe réformé temporaire n°2 pour « état pulmonaire suspect… ».
Maurice Guy est déchu de ses mandats par le Conseil de préfecture le 9 février 1940, "pour appartenance au Parti communiste".
Le 5 octobre 1940, il est arrêté par la police française dans la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du parti et de la CGT). Il est interné avec ses camarades, au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, près de Mantes (alors en Seine-et-Oise, aujourd’hui dans le Val d'Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
Liste des RG : exposé des motifs de l'internement de Maurice Guy
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» envoyée à sa demande par les renseignements généraux au directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Maurice Guy on lit : « Ex conseiller municipal communiste de Gennevilliers. Militant actif de la propagandiste clandestine ».
A Clairvaux avec M. Tenine et JP Timbaud  
Maurice Guy est ensuite emprisonné à la maison centrale de Fontevraud, puis à celle Clairvaux. 
Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux
Sur la photo ci-contre, légendée de sa main, il pose dans la cour 2 bis du quartier 2 à Clairvaux avec deux autres internés : Jean Pierre Timbaud déjà interné avec lui à Fontevraud et le docteur Maurice Ténine. On remarquera la tenue des 3 internés de Clairvaux, avec le bourgeron et les sabots. Ses deux camarades, qui seront également transférés comme lui au camp de Choisel (Châteaubriant) y seront fusillés.
Jean Pierre Timbaud, secrétaire général du syndicat des métallurgiste parisiens est transféré de Clairvaux au camp de Choisel le 14 mai 1941. Il est fusillé dans la clairière de Châteaubriant avec Maurice Ténine (élu communiste, résistant en tant que médecin au sein de l’OS) et 25 autres otages le 22 octobre 1941. On raconte que Jean-Pierre Timbaud est mort en criant : « Vive le Parti communiste allemand ! ». Léon Blum, lors du procès de Riom, a dit qu'il chantait La Marseillaise.
Maurice Guy et ses deux camarades sont internés au camp français de Choisel (Châteaubriant) le 22 mai 1941. Il y reçoit le matricule n° 638. 
Bordereau d'entrée au camp de Choisel (Châteaubriant) et immatriculation
Dans le camp, affecté au P1, le camp des politiques, il est vraisemblable qu'il ait été dans la baraque B 10 où ses deux co-détenus de Clairvaux se retrouvent.
Camp de Choisel. Maurice Guy est le premier (assis) de la rangée du milieu

Il a fait parvenir à son épouse une série de photos et de négatifs prises au camp de Choisel. Ces documents ont été remis à son petit fils par sa grand-mère Suzanne. Certaines photos dont deux sont légendées de sa main (ci-contre), sont identiques à la collection de D. Tamanini publiées par l'Amicale de Châteaubriant. 
Dans la mesure où Maurice Guy a également transmis à sa famille des négatifs représentant une fête à Choisel à l'été 1941, dont je n'ai pas trouvé trace dans d'autres sources documentaires, on peut penser que c'est lui qui a pris toutes ces photos.
Maurice Guy à gauche, en short
On trouvera ces photos avec leurs légendes dans un article du blog : Camp de Choisel, les photos de Maurice Guy, et hommages aux fusillés et internés de Châteaubriant.
Maurice Guy est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande et le 7 février 1942, celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) avec Louis Goudailler et Joseph Biffe. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Guy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Maurice Guy immatriculé le 8 juillet 1942
Maurice Guy est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Maurice Guy meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, selon les registres du camp, à la suite d’une «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français, n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé la date de son décès au 31 décembre 1942 sur la base des déclarations de deux de ses compagnons de déportation.
Le 2 mars 1944, Vichy refuse à son épouse la carte du combattant (il a fait la campagne de Syrie en 1921 et 1922).
Gennevilliers libéré, le Comité local de Libération, qui ignore son décès, le fait nommer membre de la Délégation spéciale (conseil municipal provisoire), le 20 octobre 1944 (le Maitron). 
Avenue Maurice Guy
Une avenue et un stade de Gennevilliers rappellent sa mémoire. 
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Stèle en Mairie
Son nom est gravé sur la plaque commémorative "à la mémoire des conseillers municipaux morts pour que vive la France". Sa courte biographie conservée aux archives municipales le dépeint "simple, vif, plein d'entrain, militant tout au service de la classe ouvrière et de son Parti "
  • Note 1 : Au moment de l'effondrement de la République espagnole, qui provoque la "Retirada", d’importantes arrivées de réfugiés espagnols ont lieu sur le territoire français. Entre le 30 janvier et le 9 février 1939, 3002 réfugiés espagnols fuyant devant les troupes de Franco, arrivent dans le Cher au château de Vouzeron, qui est prêté par le syndicat « par solidarité pour héberger ces camarades infortunés ».
  • Note 2: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Archives municipales de Gennevilliers (Liste de déportés, noms de rues, biographies).
  • Plaque commémorative (Photo Jacques Fath)
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Correspondances avec M. Louis Oury, écrivain, à partir de ses recherches à Châteaubriant (avril et mai 1991).
  • Liste - incomplète – par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
  • Plaque dédiée "A la mémoire des Conseillers municipaux morts pour la France".
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome 31, page 172. Maitron en ligne, renseignements recueillis par Michèle Rault et Nathalie Viet-Depaule.
  • Les archives municipales de Gennevilliers conversent une photographie qui a permis d’identifier sa photo d’immatriculation à Auschwitz.
  • Courriel de son petit-fils, M. Olivier Guy (septembre et octobre 2016) qui m'a transmis de nombreuses photos (Syrie, Clairvaux, Choisel).
  • Registre matricule militaire n° 1014.
Biographie complétée en octobre 2016, réalisée initialement pour l’exposition sur les «45000» de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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