L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUIBOISEAU René Subtil


René Guiboiseau est né le 28 juillet 1899 à Paris (XIV°. 
Il est le fils de Jeanne, Françoise Ledain, 20 ans, ouvrière et d'Eugène, Ernest, René Guiboiseau, 20 ans, employé d'octroi son époux.
Au moment de son arrestation, il est domicilié 13 rue Henri Le Gall à Gennevilliers (situé dans l’ancien département de la Seine et aujourd’hui dans les Hauts de Seine).
« René Guiboiseau, suivit l’école primaire à Paris 2ème et à Montreuil-sous-Bois, et fut titulaire du certificat d’études. Il commença à travailler à 14 ans 1/2. Ouvrier dans les mines du Nord puis livreur en produits chimiques à Saint-Ouen (Société générale des huiles et pétroles). Le 3 septembre 1917 il contracta un engagement de cinq ans dans l’Infanterie, fut affecté au 80ème Régiment d’Infanterie, puis au 53ème Régiment d’infanterie le 8 mars 1918, puis au 327ème RI le 16 juin 1918, et enfin au 43ème RI le 23 janvier 1920. Le 14 avril 1922, la commission de réforme de Lille (Nord), proposa sa réforme temporaire avec une pension de 10%, le 9 février 1923 sa réforme était renouvelée. Le 4 septembre 1924, la 5ème Commission de réforme de la Seine le classait dans le service armé. Nouveau changement de situation, le 19 mai 1926 la commission de réforme de Lille le classait dans un service auxiliaire avec une pension de 35%, sans affectation ». 
« Il avait épousé Isabelle Foucault, membre du parti communiste puis sympathisante, qui travailla dans les pétroles puis à la coopération la Famille nouvelle. Ils eurent un enfant, né avant son départ à Moscou, le couple en adopta trois autres en 1935. Il fut membre de la commission exécutive de la Fédération CGTU des produits chimiques.
Sympathisant des Jeunesses socialistes, il adhéra au parti en avril 1932 sous l’influence d’Edouard Finck (des produits chimiques) et de Waldeck L’Huillier, et fut secrétaire de cellule et membre du comité du sous-rayon de Gennevilliers. Début 1933, il milita à Saint-Ouen « avec le fameux Latour, et ensuite avec le renégat Barbé ». Les JC lui firent suivre une école de rayon à Saint-Ouen et une école de région à Saint-Denis.
 
Il travaille comme livreur en produits chimiques, puis comme employé aux Pompes funèbres, selon les archives de Gennevillers. 
La liste de transfert de Voves à Compiègne indique néanmoins qu'il était boucher.
Militant communiste, René Guiboiseau est élu aux municipales d'octobre 1934 sur la liste de Jean Grandel, mais ne se représente pas en mai 1935 (en fait "le 9 avril 1934, il arriva à Moscou, avec un passeport à son vrai nom, pour suivre les cours de l’École léniniste internationale. Il résida et étudia à l’ELI, sous le nom d’Ernest Dubois, jusqu’à la première moitié de mai 1935". (Maîtron).
Plaque en mairie de Gennevilliers
A l'Occupation, il est arrêté à Gennevilliers le 5 octobre 1940 par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée par le gouvernement de Pétain contre les élus et militants communistes de la région parisienne.
Il est placé en internement administratif au camp d’Aincourt, puis enfermé à Rambouillet (le 24 juin 41). Il est ensuite interné au camp de Gaillon (le 27 septembre 41), puis à celui de Voves (5 mai 42) et enfin au camp de détention allemande de Royallieu à Compiègne (le 20 mai).
Dans sa dernière lettre à sa femme, datée du 16 juin 42, il écrit : "Ici, on s’attend à tout. Je pèse actuellement 54 kg. Mais, vois-tu on, on se forge dans le malheur et c'est avec fermeté que nous regardons passer les jours et les nuits. Hier matin les allemands sont venus chercher quatre-vingt copains" (notes de Mme Cadoret maire adjointe en 1945).
Depuis le camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122), il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Guiboiseau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro "45635" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain, correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance par sa famille ou des amis du visage du déporté représenté au début de cette biographie peut permettre de l'identifier.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les 
René Guiboiseau meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d'après les registres du camps.
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué ainsi que la mention "Mort pour la France".
Son nom est inscrit sur la plaque commémorative dédiée aux Conseillers municipaux morts pour la France (hall de la Mairie de Gennevilliers).

Sources
  • Archives municipales de Gennevilliers (Liste de déportés, noms de rues, courte biographie).
  • Plaque dédiée "A la mémoire des Conseillers municipaux morts pour la France" (Photo Claude Fath).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome 17, page 55. et internet, notice de Clzaude Pennetier et Daniel Grason.
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Fourmas Stéphane, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir), janvier 1942-mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1999.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
Biographie modifiée à partir d'éléments nouveaux du Maîtron (en 2011). réalisée pour l’exposition sur les « 45000 » à Gennevilliers en novembre 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à
deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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