L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Graindorge Pierre Théodore


Pierre Graindorge
Matricule "45626" à Auschwitz

Pierre Graindorge est né le 11 août 1903 à Levallois-Perret (Seine / Hauts-de-Seine). 
Pierre Graindorge est domicilié au moment de son arrestation au 44 rue Jean Jaurès à Gennevilliers (Seine / Hauts-de-Seine).
Il est le fils de Marie Adeline Bornot, 26 ans, blanchisseuse et de Joseph, Ferdinand Graindorge, 29 ans, mesuisier son époux.
Il travaille comme ajusteur outilleur aux usines Chausson d'Asnières.
Le 22 septembre 1923 il épouse à Courbevoie, Louise, Eugénie Monin. Le couple a deux enfants. 
Militant communiste, il est aussi délégué syndical CGT dans son entreprise, militant de l'ARAC (Association républicaine des Anciens combattants et de l'association des locataires. Il poursuit son activité militante dans la clandestinité après l’interdiction en septembre 1939 du Parti communiste.
Document des renseignements généraux (montage)
Le 5 octobre 1940, il est arrêté par la police française dans la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du parti et de la CGT). 
Il est interné avec ses camarades, au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, près de Mantes dans la Seine-et-Oise, aujourd’hui dans le Val d'Oise), ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt.
Document des renseignements généraux (montage)
Puis il est incarcéré aux maisons centrales de Fontevraud, puis de Clairvaux (le 21 janvier 1941). 

Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux
Les renseignements généraux transmettent au directeur du camp le motif de son internement "participait activement à la propagande clandestine". 
Réponse de la Préfecture de Paris au directeur du camp de Gaillon (montage)
Il est ensuite interné au camp français de Gaillon (le 25 septembre 1941). Il a le n° de dossier 12253.
Lettre du préfet de l'Eure
Le 1er décembre 1941, le préfet de l'Eure demande au préfet de police de Paris de bien vouloir l'informer sur les motifs de l'internement des 60 internés arrivés à Gaillon le 25 septembre, dont 37 de Clairvaux. Celui-ci lui répondra le 5 décembre 1941. 
Le 18 février 1942, le nom de Pierrre Grandorge figure sur une liste de 46 militants dont l’évasion « même par la force », serait préparée par la direction nationale du Parti. Quatorze d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz. 
Pli confidentiel
Dans un pli confidentiel (2) adressé à M. Caumont, préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police), le Préfet de police de Paris, Roger Langeron l’informe d’un projet révélé par ses services « en vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure».
Le Préfet a transmis l’information aux Allemands. En conséquence le 14 avril 1942, le préfet de police de Paris informe le Préfet de l’Eure « que les autorités allemandes viennent d’interdire le transfert dans un autre camp ou prison, sans leur autorisation expresse » des 46 internés suspectés, dont Pierre Graindorge. Ils sont en effet désignés comme otages, " fusillables"ou "déportables" « à l’Est ».

Le 5 mars 1942, Pierre Graindorge est remis à leur demande aux autorités allemandes qui le transfèrent avec 15 autres internés au camp de Royallieu à Compiègne, administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45626" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks
Il meurt à Auschwitz le 14 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 383).
Il est déclaré "Mort pour la France" le 10 juillet 1948. La mention «Mort en déportation» (décision du 13 mars 1995) est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 30 août 2007.
Une rue de Gennevilliers honore sa mémoire. Sa biographie transmise par les Archives de la ville indique qu'il fut "tout de dévouement et d'abnégation".
Louise Monin obtient un jugement de divorce en février 1944.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
  • Note 2 : Cette curieuse note semble fort peu vraisemblable. Car si les RG ont incontestablement eu dans cette période des informations au niveau de la direction communiste, il s’agit plus vraisemblablement d’un « coup » monté par le préfet Langeron, qui est alors en disgrâce (il sera destitué par Vichy le 26 février 1941), afin de redorer son blason. En effet la plupart des militants de cette fameuse liste ne sont ni les tout premiers responsables de l’appareil clandestin du Pc, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait logique dans le cadre d’une évasion collective de cette ampleur. 
Sources
  • Archives municipales de Gennevilliers (Liste de déportés, noms de rues, biographie).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
  • Une photo en civil figure aux archives de Gennevilliers.
  • © Site Legifrance.gouv.f.
  • © Photo Pierre Graindorge, in Patrick Liber, rue de la Résistance
  • Etat civil en ligne de Levallois
Biographie réalisée pour l’exposition sur les "45000" de Gennevilliers 2005 (mise à jour en 2017), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie
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