L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GOURDON Georges



Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule 45622 à Auschwitz

Le 27 juin 1982, 40ème anniversaire
du départ du convoi
Rescapé

Georges Gourdon, est né au domicile de ses parents rue de la Briandière à La Montagne (Loire-Atlantique) le 14 mars 1899. 
Il est le fils d’Héloïse Guérin et de Léon Gourdon, 33 ans, chaudronnier aux chantiers de l'Atlantique, son époux.
Il habite au 9 bis rue Boursier à Creil (Oise) au moment de son arrestation. 
Georges Gourdon adhère au Parti communiste à Neuilly-sur-Seine, sous-rayon de Courbevoie en 1921. Il est alors dessinateur industriel chez Panhard-Levassor à Paris 13ème.
Le 16 avril 1927, devenu représentant en vins et spiritueux, il épouse à Breuil-le-Vert (Oise) Suzanne, Berthe Paillard.
En 1930, il habite Pont Sainte-Maxence où il joue un rôle important dans les grèves de mai-juin 1936, comme secrétaire du parti communiste et de la section locale du syndicat CGT. 
En 1936, il est membre du comité du Parti communiste pour la région picarde et il participe activement aux manifestations du Front populaire. Lors des grèves de la SALPA, fin 1936, il est traduit en justice par la direction qui l’accuse de sabotage, avec 12 de ses camarades (leur défenseur est l'avocat Maurice Boitel qui sera interné à Compiègne). La chambre correctionnelle de Senlis les relaxe. La SALPA fait appel : la cour d’appel d’Amiens confirme le jugement.
En 1937, il s’installe à Creil où il est secrétaire du parti communiste. Il est le candidat du PC en 1937 aux élections au conseil général dans le canton de Crépy-en-Valois (Oise) et, en 1939, à celles du conseil d'arrondissement dans le canton de Pont Sainte Maxence.
Georges Gourdon est mobilisé en 1939. Fait prisonnier près d'Angoulême, il s'évade et retourne dans l’Oise. Il rencontre à plusieurs reprises Jean Catelas, membre de la direction clandestine du PCF, afin de reconstruire le parti communiste dans l’Oise et dans la Somme.
Le parti a été désorganisé par l’interdiction du gouvernement Daladier en septembre 1939, la mobilisation, l’exode et par les interrogations de certains militants troublés par l’existence du Pacte de non-agression germano-soviétique.
Jean Catelas est arrêté par la police française, le 15 mai 1941, jugé et condamné à mort par un «Tribunal d'État» doté de pouvoirs spéciaux par Pétain, les 20 et 21 septembre 1941.
Avec Marcel Deneux, Georges Gourdon rédige et imprime une fois par semaine le journal du parti, Le Travailleur de l'Oise et en organise la diffusion. Il organise la Résistance dans le département de l'Oise.
Des policiers français et allemands arrêtent Georges Gourdon à son domicile le 13 juillet 1941. Emprisonné à Senlis, il est interné à la demande des autorités allemandes au camp de détention allemand (Frontstalag 122) de Compiègne le 16 juillet 1941 où il participe à la Résistance communiste clandestine. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Gourdon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculation à Auschwitz
Il est enregistré à leur arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro "45622". Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Georges Gourdon est affecté dans un Kommando chargé de construire les routes dans «l’espace d’intérêt» du camp. Il y reste 28 mois. il est transféré le 25 août 1944 à Sachsenhausen (il y reçoit le matricule 94257), puis il est affecté au Kommando Kochendorf (dans des mines de sel proches du Neckar) où il arrive le 5 octobre, avec dit-il Lejard, Lecrux, Hannhart et Houard.
Le 8 avril 1945, le camp est évacué dans des conditions difficiles vers Dachau (le "dernier train de Loos", où il fait partie du comité clandestin de libération du camp où sévit une épouvantable épidémie de typhus (il y porte le N°140707). Le 28 avril, cette organisation de Résistance prend en charge les détenus après la fuite des dernières unités SS. Le 29 avril, il salue l'arrivée des unités de la 7ème armée américaine.
Georges Gourdon est rapatrié en mai 1945.
Il porte plainte contre l’ancien commissaire de police de Creil et son secrétaire qui ont pris part à son arrestation. Ceux-ci sont condamnés à 15 ans de prison (ce type de peine est levé au début des années 1950 par les lois d’amnistie votées par le Parlement).
Georges Gourdon reçoit le titre de «Déporté résistant» et reprend ses combats politiques. Membre du bureau de la fédération communiste de l’Oise en 1947-1948, il est secrétaire de la section du parti communiste de Creil.
Il est élu conseiller municipal de Creil avec André Mercier de 1947 à 1959. Son mariage avec Suzanne Paillard est dissous en 1947.
"Il fut à nouveau candidat en 1959 en troisième position derrière Maurice Bambier et Jacqueline Gagnaire, mais ne fut pas réélu en raison du changement du mode de scrutin" (Maîtron).
Pendant 20 ans il est désigné comme président des associations départementales de la FNDIRP et de l'ARAC.
Il se remarie à Creil le 28 janvier 1961 avec Clairette, Marie Yalun.
Il reçoit la décoration d’officier de la Légion d’Honneur.
Sa tombe à Mougins (Alpes maritimes)
I
Il se retire à Mougins (Alpes-Maritimes), où il est tête de liste communiste aux élections municipales.
Il revoit René Aondetto. Georges Gourdon est mort le 3 novembre 1986 à Mougins.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Témoignages et récits de Georges Gourdon (Lettres à Roger Arnould en 1972 et en 73).
  • Fiche remplie par Clairette Gourdon, sa veuve en novembre 1987.
  • Lettre à Roger Abada (8 août 1972).
  • Mémorial du camp de Sachenhausen.
  • Le Maitron : Le dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, Paris, éditions de l’Atelier.
  • Jean Pierre Besse pour les Archives départementales de l'Oise, série M.
  • Bulletin "mémoire vive" n° 30, p. 7.
  • La tombe de Georges Gourdon à Mougins, photo © Pierre Cardon
Biographie réalisée pour l’exposition sur les 45000 de Bretagne en novembre 2004, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005.
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