L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GIRARD Louis


Matricule "45605" à Auschwitz

Louis Girard est né le 8 mai 1904 à Aix-les-Bains (Savoie). Fils de Joseph Girard, sommelier, et de Jeanne Guiguet, lingère. Il habite à Châtillon-sous-Bagneux.
Puis Louis Girard habite au 14 rue Hoche à Malakoff (ancien département de la Seine, aujourd’hui Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il s’est marié à Bagnolet le 10 octobre 1931. Le couple a un garçon, Claude.
Louis Girard, surnommé Gigi, est jardinier à la ville de Malakoff. Membre du Comité de la section communiste de Malakoff (une brochure publiée par la municipalité de Malakoff l’a présenté par erreur comme conseiller municipal. Maitron), il est un militant syndicaliste actif.
Louis Girard est secrétaire du syndicat CGT des ouvriers communaux de Malakoff, secrétaire du syndicat CGTU des Horticulteurs et Maraîchers de la Région parisienne (qui compte une centaine d’adhérents), puis secrétaire de la Fédération Unitaire de l'Agriculture. Au congrès de Paris en novembre 1931, il est élu membre de la commission exécutive de la CGTU. En 1936, il est avec les grévistes chez Caïffa.
Son fils a témoigné qu'il est arrêté dès septembre 1939 "au moment de l'interdiction du PC". Nous n'avons pas trouvé trace de cette arrestation qui n'a peut-etre pas été suivie d'incarcération.
Louis Girard est arrêté le 6 décembre à son domicile par des policiers français. Son arrestation s’inscrit dans le cadre d’une importante rafle de 69 militants communistes de la région parisienne, opérée conjointement par 8 commissariats de banlieue et 8 commissariats parisiens. D’abord conduit à la caserne des Tourelles (boulevard Mortier à Paris 20ème) Louis Girard est interné administrativement avec ses camarades au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .
Liste des militants communistes internés administrativement le 6 décembre 1940. 
Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Les Renseignements généraux font parvenir au directeur du camp d'Aincourt une liste comportant les motifs d’internement administratif des militants communistes qui lui ont été amenés au camp le 6 décembre 1940. Pour Auguste Deshaie on peut lire "Jardinier à la ville de Malkoff. Meneur très actif". Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines 
Il est transféré et interné au camp de Voves à partir du 2 mars 1942 (relevé à partir du mémoire de maîtrise de Stéphane Fourmas). 
Le 10 mai 1942 il est transféré avec 80 autres internés de Voves au camp allemand (Frontstallag 122) de Royallieu à Compiègne à la demande du MBF  (Militärbefehlshaber in Frankreich), commandement militaire en France jusqu’en juin 1942 - installé à Paris (hôtel Majestic). Cinquante-six d’entre eux seront déportés à Auschwitz. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Girard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Photo d'immatriculation le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45605".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Louis Girard meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après les registres du camp, ayant probablement contracté le typhus, il est victime d’une «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (JO du 28 janvier 1993) et mentionne toujours la date du 15 octobre 1942 : dans les années d’après-guerre, l’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques a fixé celle-ci sur la base du témoignage éventuel de compagnons de déportation, ou de façon fictive au 1er, 15 ou 30 du mois).Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Il a été déclaré "Mort pour la France".
La salle principale de la Bourse du Travail de Malakoff porte son nom. Son nom est gravé sur la plaque des "morts en déportation" apposée à la maison des associations.
En 1984, le Lycée Professionnel de Malakoff adopte officiellement le nom de Louis Girard à l’occasion de la pose d’une plaque commémorative en présence de son fils, Claude Girard).
Sa veuve, qui a collecté des fonds pour la Résistance, a refusé toute décoration, disant "Les communistes se battaient pour la liberté du pays, non pour les distinctions". 

Une plaque à sa mémoire est apposée au cimetière du Père Lachaise
  • Note 1 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources

  • Lettre de son fils Claude, conseiller municipal de Malakoff (janvier 1989).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 30, page 36.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense).
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Site «MémorialGenweb». Monument commémoratif de Malakoff (Maison de la vie associative). Relevé Claude Richard.
  • Photo de la plaque de rue : Claude Richard.
  • Photo de plaque commémorative (Maison de la vie associative) : Pierre Cardon.
  • Photo plaque Père Lachaine : André Montagne.
Biographie rédigée en novembre 2005 et en cours de mise à jour (août 2012) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.
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