L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUFAYS Alfred, Gabriel




Matricule "45496" à Auschwitz 

Alfred Dufaÿs est né le 29 janvier 1900 au domicile de ses parents, 88 rue Mauljean à Wassy (Haute-Marne). Il habite au 1 Cour Barbonnot à Joinville (Haute-Marne), au moment de son arrestation.
Il est le fils de Louise, Josèphe Marie Duverne, 23 ans, sans profession et d’Auguste, Joseph, Charles Dufays, 27 ans, mouleur, son époux.
Le recensement cantonal militaire indique qu'Alfred Dufaÿs est "bon pour le service". Il habite Joinville où il est mouleur, pèse 57 kg, mesure 1 m 62, a le visage ovale, les cheveux châtain et les yeux marron, le nez long. Il est inscrit "à sa demande" sur le tableau de recensement. Il est "vélocipédiste", une des "spécialités" recensées.

Le 4 décembre 1920, à Joinville, il épouse Louise, Josèphe Pollet. Ils auront quatre enfants.
Il est mouleur en fonderie aux Forges Georges de Saint-Dizier. Il est syndiqué à la CGT.
Bernard Hacquin  (déporté à Auschwitz)
et Alfred Dufaÿs. 
Selon sa famille il aurait été arrêté une première fois en 1939 (sa fiche au fichier national DAVCC indique comme motif de sa déportation « communiste », ce dont sa famille n’a pas eu connaissance. Peut-être était-il membre du PC avant guerre, ce qui expliquerait sa première arrestation.
Alfred Dufaÿs est arrêté à la fin juin 1941 à la gare de Joinville au moment où il reprend son travail. Sans doute dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theodorich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui devient à cette date un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Alfred Dufaÿs est interné à Compiègne le 1er juillet 1941.
Entre le 24 avril et la fin juin 1942, il est désigné par l’administration militaire allemande en vue de sa déportation comme otage. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alfred Dufaÿs est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Alfred Dufaÿs est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45496. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
© Dessin de Franz Reisz, 194

Alfred Dufaÿs meurt à Auschwitz le 16 août 1942 selon les registres du camp.
Dans les années d’après-guerre, n’ayant pas eu accès aux archives de l’administration SS, l’état civil français a fixé la date de sa mort au 31 décembre 1942 sur la base des témoignages (plus ou moins précis) de deux de ses compagnons de déportation.
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué.
La mention « Mort en déportation à Auschwitz après juillet 1942 » a été ajoutée à son acte d’état civil, selon l’arrêté du 14 février 1989 relatif à l'apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès.

Sources

  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Caen, archives du ministère de la Défense.
  • Death Books from Auschwitz (Registres des décès d’Auschwitz), ouvrage publié par le Musée d’Etat (polonais) d’Auschwitz-Birkenau en 1995.
  • Club Mémoires 52, correspondance avec Jean-Marie Chirol, 19 juillet 1999 (photo d'Alfred Dufaÿs et de Bernard Hacquin).
  • Correspondance avec Chantal Ravier, professeur d’histoire et géographie, mariée au petit-fils d’Albert Dufaÿs, qui a enquêté auprès de sa belle-mère (mars 2007).
  • Etat civil en ligne de Wassy.
Biographie rédigée en mars 2008 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995).  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: