L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUDAL Georges

En 1972


Retour des camps au centre de la Croix rouge de Romilly
 avec Fernand Devaux (à gauche)
Matricule 45494 à Auschwitz

Rescapé

Georges Dudal est né à Binic (Côtes du Nord / Côtes d'Amor) le 11 décembre 1922. Il habite dans le 13° arrondissement de Paris au moment de son arrestation. Célibataire, il exerce le métier de pâtissier.
Son père est un militant actif de la CGT et un proche d'André Tolet qui venait très souvent à leur domicile. En 1940, celui-ci lui propose de devenir "cycliste" chargé du transport et de la répartition de la Vie Ouvrière, journal clandestin de la CGT.
Mais son groupe est démantelé. La police française a profité de sa dénonciation de l'un de ses membres par sa femme, agissant par jalousie et vengeance.
Le 2 octobre 1940, Georges Dudal est arrêté avenue Daumesnil, à Paris, passé à tabac au commissariat des Affaires spéciales, à Boulogne-sur-Seine. Incarcéré au Dépôt le 6 octobre, à la Santé le 7, il est jugé à la fin de l'année 1940 et condamné à 6 mois de prison "avec sursis".
Georges Dudal est interné à Fresnes, puis à Aincourt en janvier 1941 Le camp de séjour surveillé d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, a été ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
Il est transféré au camp de Voves le 12 février 1942. 
Remis aux autorités allemandes à leur demande, celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 10 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Georges Dudal raconté ses préparatifs au moment de quitter Royallieu, évoquant la dernière nuit passée à cuire une sorte de pudding fait de nouilles et de chocolat à l'usage de ses camarades de chambrée qu'ils dévorèrent durant le transport.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Georges Dudal est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des 45000. Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro tatoué sur le bras gauche
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45494".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Auschwitz, le 8 juillet 1942
Georges Dudal est affecté à Birkenau, jusqu’en mars 1943.
Il fait partie des 25 survivants de Birkenau (sur 600) qui regagnent le camp principal (Auschwitz-I) en mars 1943. Il est affecté aux cuisines des civils, ce qui lui permettra de détourner de la nourriture et ainsi d'aider ses compagnons, et de transporter des messages pour la Résistance du camp.
Le 7 septembre 1944, il est transféré à Gross-Rosen, où il porte le matricule 40994 : c'est dans ce camp qu'il a ses 22 ans (il évoque ce jour-là dans une lettre à ses parents, écrite à sa libération).
Transféré à Hersbrück le 15 février 1945 durant quatre jours dans des wagons découverts (matricule 84497), il commence le 24 avril ce que l’on a appelé une marche de la mort en direction de Dachau : partis à 2500, ils ne sont plus qu'environ 200 à l'arrivée : Les dix 45000 présents ont survécu.
Le 29 avril, le camp est libéré par les troupes américaines. Mais le rapatriement tarde à venir, Dachau étant consigné par crainte d'une épidémie de typhus. Las d'attendre, Georges Dudal s'évade - en compagnie de Fernand Devaux - dans un camion de l'armée française qui les dépose quelques kilomètres plus loin. 
Marchant le long d'une voie ferrée, ils arrêtent un train (une locomotive et wagon) qui les amène à Augsbourg où ils rejoignent un centre de rapatriement.

Partis de Dachau le 13 mai ils arrivent à Paris le 19 mai 1945.

Lettre de Dachau
Le 8 mai 1945, à Dachau, il écrit une lettre à ses parents et à ses camarades.
Sa carte de combattant
Carte de Déporté politique
Le 19 mai 1945, ils sont à Paris, hôtel Lutétia, ayant regagné la France par leurs propres moyens.
Georges Dudal épouse Germaine, qui l'avait attendu pendant cinq ans et devient le beau-frère de son ami Fernand Devaux (ils se sont mariés avec deux sœurs) et comme lui, entreprend des études : il obtient un diplôme d' ingénieur des Arts et Métiers.
Homologué "Déporté politique", puis "Déporté résistant", il a reçu la Croix du Combattant et la médaille du Combattant volontaire de la Résistance.
Goerges Dudal a témoigné à maintes reprises devant les jeunes (photo ci-après). 
Georges Dudal a témoigné par des récits, lettres et cassettes : il a continué, par sa présence chaleureuse et son activité, à participer à l'oeuvre de mémoire.
1982, Compiègne
Il a participé aux commémorations du départ de son convoi. Cf la photo ci-contre, prise par Roger Arnould à Compiègne, le 27 juin 1982 pour le quarantième anniversaire du départ du convoi.
Avec trois autres 45000 (Fernand Devaux, Lucien Ducastel, André Montagne) il a passé de nombreuses journées pour m’aider à comprendre, évaluer, trier parmi les témoignages recueillis.
Chacune de ces séances a été pour eux quatre, une douloureuse épreuve leur faisant revivre l’enfer d’Auschwitz.
Georges Dudal est mort le 11 avril 2003 à l'hôpital de Massy-Palaiseau.

Sources
  • Roger Abada le rencontre à la commémoration de la libération d'Auschwitz, au Palais d'Orsay, le 27 janvier 1946. Ils correspondent.
  • André Tollet a décrit le jeune garçon énergique et plein d'humour avec lequel il militait, au temps de la V.O. clandestine.
  • Documents et témoignages confiés par Georges Dudal.
  • © Photo « Georges Dudal et de Fernand Devaux le 18 mai 1945 au centre de la Croix rouge de Romilly », in « Mémoire Vive » n° 19 de juin 2003 page 9, lettre de l’association des 45000 et des 31000d’Auschwitz-Birkenau.
Témoignages pour l'avenir
Biographie rédigée en janvier 2001 (modifiée en 2003, 2016 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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