L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHAUSSINAND Alexis Clovis



Matricule 45363 à Auschwitz

Alexis Chaussinand est témoin au mariage de Louis Férrand à la mairie du XIIIème, le 6 août 1936. Au premier rang assis de Gauche à droite : Emilienne Desfosses-Galicier, ancienne députée du Nord, Combattant volontaire de la Résistance (CVR) elle assura la liaison avec Marcel Paul, Louis Ferrand mort à Auschwitz, Mme Ferrand, blessée dans un bombardement le 17/6/40, comme Emilienne Desfosses, Alexis Chaussinand. Debouts : Le mari d'Emilienne Desfosses P.G., Raymonde Barbier CVR comité de Libération, Roger Barbier, déporté à Dachau, Lucienne Chaussinand (Légende photo Roger Arnould).

Alexis Chaussinand
Alexis Chaussinand est né le 20 mai 1907 à Saint- Florent-sur-Auzonnet (Gard), fils d'un ouvrier mineur. Alexis Chaussinand vint, avec sa famille, habiter les premières HBM d'Ivry peu avant 1930 (au HBM du 4 place Philibert-Pompée. Il habite place Philibert-Pompée au moment de son arrestation. Il y côtoiera plusieurs militants communistes qui y sont logés : Gaston Cornavin, Venise Gosnat «président de l’Union fraternelle des HBM de la place Philibert-Pompée», Auguste Havez, Eugène Duchauffour, Auguste Deshaies (1).
Depuis le premier septembre 1939, il habite au 24 rue Sauffroy à Paris 17ème. 
Lucienne
Il est marié avec Lucienne Chaussinand et travaille comme ouvrier pâtissier. Ils ont un fils, Alain.
Alexis Chaussinand est alors membre du Bureau de la cellule Sauffroy-Balagny du 17ème arrondissement de Paris.
Alexis Chaussinand est un militant syndical chevronné. En 1932, il est membre du Conseil exécutif de la Fédération unitaire de l’Alimentation et trésorier général, en 1933, de la Chambre syndicale ouvrière des pâtissiers-biscuitiers du département de la Seine

Alexis Chaussinand est adhérent à l'Union Sportive du Travail d'Ivry, club affilié à la FST (ancêtre de la FSGT), comme Raymond Blais et  Auguste Deshaies tous deux déportés avec lui à Auschwitz, mais aussi d’autres sportifs du club qui seront déportés comme Jacques Deshaies (fils d’Auguste), Jules Vanzuppe ancien conseiller municipal et comme 14 autres membres du club morts dans les camps français ou déportés en Allemagne. 
En 1933, il est trésorier général permanent à la bourse du travail du syndicat CGT des pâtissiers-biscuitiers. De 1938 à 1939 (jusqu'à la dissolution du syndicat par les décrets Daladier en septembre 1939), il est secrétaire de l’Union syndicale CGT de la Pâtisserie, Biscuiterie, Glacerie, Pâtes alimentaires et Produits de régime. 
Alexis Chaussinand est arrêté le 24 octobre 1940 vers 22 heures par la police française. Prévenue que des militants communistes devaient se réunir clandestinement à son domicile, le commissaire des Renseignements généraux et plusieurs inspecteurs se présentent chez lui. Ils ne trouvent qu’Alexis Chaussinand. Mais les policiers découvrent dans le poêle des tracts communistes et des documents à demi calcinés (3 feuillets de bloc-notes, écrits au crayon dont les 2 premiers semblent être un projet d'article concernant les chômeurs et destiné au journal clandestin 'La France au travail".
Il est écroué à la Santé. Le Parquet décide de ne pas poursuivre et la relaxe doit intervenir le 15 janvier 1941. Mais sur réquisition du directeur de la Police judiciaire, Alexis Chaussinand est placé sous détention administrative et transféré le 17 janvier 1941 au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
Le 11 février, Alexis Chaussinand 
fait partie d’un groupe de 29 internés qui sont transférés d’Aincourt à Compiègne (la liste est datée du 9 février 1942) / (2). Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 11 février 1942. Il y reçoit le matricule 3571. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
A Compiègne, André Tollet, un des évadés du 22 juin 1942 se souvient de ces centaines de copains qui n'ont pu s'enfuir avec eux  "ce récit nous fait penser à Chaussinand, chef de la baraque, qui donnait des vivres pour deux, ayant deviné une fuite. Or les deux hommes couchaient à côté de lui, et ils risquait d'être tenu pour responsable de leur évasion".
Alexis Chaussinand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Alexis Chaussinandest est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45363 
selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. 
A Birkenau, il est affecté au Block 7. On ignore la date exacte de sa mort. Plusieurs de ses camarades de déportation se souviennent qu'il est mort le crâne fendu par un de ses gardiens. Ensanglanté, il est jeté hors du Block par une température inférieure à 30 degrés.
Témoignage de Georges Dudal sur la mort d'Alexis Chaussinand
Selon Georges Dudal, rescapé, il est mort autour du 28 décembre 1942. Il a témoigné de cette mort dès sa libération, dans une lettre écrite à ses parents depuis Dachau le 8 mai 1945. C’est la date qui a été retenue par l’état-civil.
Sa femme, Lucienne, agent de liaison de la direction clandestine du PCF, est déportée à Ravensbrück. Après la guerre, elle siégea comme adjointe au maire au conseil municipal de Saint-Ouen.
Le titre de «Déporté politique» a été attribué à Alexis Chaussinand. La carte a été attribuée à son père.
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Le conseil municipal d'Ivry donne son nom à une rue le 27 juillet 1945.
Le lycée professionnel d’Yvry et un stade honorent la mémoire d'Alexis Chaussinand.

l'ex Place Philibert Pompée
  • Note 1 : La place Philibert Pompée a été rebaptisée en 1945 «Place de l’Insurrection d’août 1944». L’ensemble de HBM «à cour commune» réalisé par les architectes Henri et Robert Chevallier en 1927 pour le compte de l'office public d'H.B.M. d'Ivry, comprenait 290 logements et 11 boutiques. Y ont habité avant-guerre : Gaston Cornavin, député communiste, déporté en Algérie. Venise Gosnat, syndicaliste, est interné à Baillet, Yeu et Riom. S’évade et devient  responsable de la Résistance en Bretagne jusqu’en 1942. Le 19 août 1945 il reprend la Mairie. Président du CPL, il sera 1er adjoint d’Ivry en 1945. Auguste Havez, militant communiste, arrêté le 30 mars 1942, déporté à Mauthausen, rescapé (voir biographie du Maitron. Charles Duchauffour receveur à la TCRP, engagé dans l'armée belge des partisans, participe à de nombreux sabotages. Il est exécuté à la citadelle de Liège le 7 juin 1944. Auguste Deshaies «45464».
  • Note 2 : Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alban Charles (45160), Arblade Aloyse (45176), Balayn René (45193), Batôt Elie (45205), Bonnel Charles (45273), Chaussinand Alexis (45363), Conord Léon (45371), Deshaies Auguste (45464), Doucet André, Guillou Alexandre (45645), Leroy Louis (45780), Lochin Léon (45800), Marivet Roger.
Sources
  • Témoignage de Georges Dudal, rescapé du convoi.
  • Témoignage d'André Tollet, dans la préface du livre de Charles Désirat "Nous nous sommes évadés de Compiègne", Ed. du Secours populaire.
  • Dossier "statut" des archives des ACVG, Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (archives de Caen du ministère de la Défense).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Biographie publiée sur le site de la Mairie d’Ivry.
  • © Photo Ivry94.fr
Biographie rédigée en novembre 2002 (installée en août 2010) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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