L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHARLES Eugène

Eugène Charles, années 70


45354
Rescapé



Eugène Charles est né le 9 octobre 1913 à Nantes (Loire-Atlantique). Il habite à Nantes au 16 rue Sainte-Anne au moment de son arrestation. Il est marié, et travaille comme forgeron aux Chantiers de Bretagne depuis 1934.

Il est le secrétaire de la cellule du Parti communiste de Sainte-Anne à Nantes, il y milite avec André Lermite (45785 mort à Auschwitz), Marguerite Joubert sa femme, Alphonse Braud (mort à Auschwitz) et le responsable de Nantes, Raymond Sémat.
A la déclaration de guerre, il est "affecté spécial" aux Chantiers de Bretagne. Aussitôt les Chantiers occupés par les Allemands, Eugène Charles et ses camarades communistes (Gaby Goudy est son responsable) mettent en place une organisation clandestine. Leur mission : effectuer des sabotages sur les presses et des outillages, ralentir le travail et distribuer des tracts contre l'occupant et le régime de Vichy qui pratique la collaboration.


Eugène Charles est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile par les Allemands, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
Il est interrogé par un officier qui parle parfaitement le français et qui lui fait la liste détaillée de ses activités militantes d'avant-guerre. Ce qui montre que les Allemands tenaient ces renseignements des autorités françaises. Il est ensuite incarcéré à la prison du Champ de Mars de Nantes, puis transféré à Compiègne, le 13 juillet. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».

Il est déporté comme otage communiste à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45354. 

La forge
Il est affecté au Kommando de la Forge. Il y travaille avec Ferdinand Bigaré, Raymond Boudou, Gabriel Lacassagne, Marceau Lannoy, Jules Le Troadec et Victor Louarn.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 7 septembre 1944, il fait partie du groupe des 29 "45000" transférés à Gross-Rosen, où il reçoit le matricule 40985.
Eugène Charles y contracte un érésipèle dont il guérit grâce aux soins d'un médecin polonais qui travaille comme détenu à l'infirmerie du camp. Il est ensuite évacué sur le camp d'Hersbrück le 22 mars 1945 (matricule 84391), puis vers Dachau où il arrive le 24 avril. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Il est libéré le 29 avril par l'armée américaine et rapatrié à Nantes le 19 mai 1945, via Paris (Hôtel Lutétia).
Il reprend sa place aux Chantiers de Bretagne jusqu'en 1963, mais à la suite d'une grave opération - liée aux séquelles de sa déportation - il doit renoncer à travailler.

Il reçoit la carte de "Déporté résistant" le 9 janvier 1956, et possède plusieurs décorations : la Médaille militaire, la Croix des Volontaires de la Résistance, la Légion d'Honneur (chevalier, puis officier). Militant de la FNDIRP, il participe aux rassemblements des "45000" (Photo du rassemblement des "45000" et des "31000" au Havre en mars 1980. Derrière lui Marie Claude Vaillant Couturier pose une main sur son épaule. Devant lui René Aondetto).
Eugène Charles est mort le 14 décembre 1996.

Sources
  • Lettres d'Emmanuel Michel au Patriote Résistant (1972).
  • Correspondance (1979-1980)
  • Questionnaire biographique rempli par Eugène Charles le 21 octobre 1987.
  • Cassette enregistrée à Rambouillet lors d'une rencontre entre les rescapés du convoi. Robert Gaillard y décrit les souffrances de son camarade, et parle de lui avec admiration.
Biographie rédigée en avril 2002 et complétée en 2009 pour la deuxième exposition de l’AFMD de Nantes, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.
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