L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOUDOU Raymond


Raymond Boudou @ DR
45280
45280
Rescapé

Raymond Boudou est né à Marennes (Charente-Maritime) le 15 février 1895 au domicile de ses parents, rue de la République. 
Il est le fils de Madelaine Tessier, 31 ans, sans profession et de son époux, Edmond, Eugène Boudou, 35 ans, boucher. 
Raymond Boudou habite au 1 rue Bourgeot, à l'Haÿ les Roses (Seine / Val de Marne) au moment de son arrestation.
A la veille de son service militaire, Raymond Boudou travaille comme maréchal ferrant. 
Son registre matricule militaire le décrit ainsi : 1 m 66, cheveux châtain foncé, yeux jaune clair, visage rond. II a un niveau d’instruction N° 2 (« sait lire et écrire »).
Conscrit de la classe 1915, il est mobilisé par anticipation le 16 décembre 1914, comme 2ème canonnier au 1er Régiment d’artillerie coloniale. Il passera ensuite au 58ème Régiment d’artillerie coloniale qui monte au Front le 5 janvier 1916. Il est ainsi « aux armées » jusqu’en novembre 1918, comme télégraphiste.
Raymond Boudou est cité à l’ordre du Régiment (OJ n° 143 du 30 juillet 1918) « Télégraphiste ayant fait preuve au cours des derniers combats d’un complet mépris du danger et d’un dévouement absolu, en assurant à maintes reprises la réparation des lignes sous de violents bombardements ». Il est décoré de la Croix de guerre.
Après l’armistice, il reste sous les drapeaux du 12 novembre 1918 au 12 septembre 1919, date de sa démobilisation au 24ème Régiment d’Artillerie (13/11/1919). Il se retire à Marenne.
Raymond Boudou est « placé dans la Réserve » comme « affecté spécial » aux Chemins de fer de l’Etat, comme homme d’équipe (5 novembre 1920 au 31 août 1921), ce qui nous permet de savoir qu’il a été embauché aux Chemins de Fer, l’ « affectation spéciale » des réservistes étant automatique pour les fonctionnaires ou assimilés). Il se marie à Paris 4ème, le 6 mai 1922 avec Catherine Bonnefond. Le 14 octobre 1922 le couple est domicilié au 163 rue du Château à Paris 14ème.  Il est alors ébarbeur.
Le 3 juillet 1932 il vient s’installer avec son épouse au 1 rue Bourgeot à l’Haÿ-les-Roses.

Le 25 juin 1939, à la veille du conflit Raymond Boudou est « sans affectation » militaire, mais « en renforcement ». Le 14 septembre 1939, il est affecté comme réserviste au 1er Régiment d’Artillerie coloniale pour la campagne de 39/40.
Raymond Boudou  à la campagne
Il est alors employé comme mécanographe à la mairie de Saint-Ouen.
Décrit comme "militant communiste notoire" par les Renseignements généraux, il est arrêté "pour distribution de tracts  et journaux clandestins" le 6 décembre 1940 à son domicile à 4 heures du matin. Il s’agit d’une rafle qui concerne 58 militants communistes de la région parisienne. 
Il est dirigé sur le commissariat de Gentilly, puis conduit à la caserne des Tourelles (boulevard Mortier à Paris 20ème). Raymond Boudou est interné administrativement (dossier 27.173) avec 57 autres militants au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
C’est là qu’il retrouve son « pays » Georges Gallepie (dont sa première épouse est la belle-sœur) et qu’il ne quittera pas jusqu’à sa mort à Auschwitz.  
Photo montage © Pierre Cardon : listes envoyées par les RG au commandant d'Aincourt
Sur la liste « des militants communistes internés le 6 décembre 1940» reçue des Renseignement généraux par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Raymond Boudou, dossier 22.173 on lit : «45 ans, meneur communiste particulièrement actif, 1 rue Bourgeot à L’Haÿ-les-Roses».
Du 9 juillet au 22 août 1941, ils sont tous deux transférés à la Maison d’arrêt de Mantes. On ignore s’ils réintègrent Aincourt à cette date.
Le 9 mai 1942, ils sont remis aux autorités allemandes et transférés - au sein d’un groupe d’une quinzaine d’internés - au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Depuis ce camp, Raymond Boudou va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Boudou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
8 juillet 1942, immatriculé à Auschwitz

Raymond Boudou est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45280.

Kommando de la Forge
Il est affecté à Auschwitz I, au Kommando de la Forge. Il y travaille avec Ferdinand Bigaré, Raymond Boudou, Eugène Charles, Gabriel Lacassagne, Marceau Lannoy, Jules Le Troadec et Victor Louarn.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 21 janvier 1945, il est transféré d’Auschwitz à Gross-Rosen avec 10 autres «45000» (1) Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué. Raymond Boudou est transféré à Dora-Mittelbau (camp dépendant du KL Buchenwald), le 8 février 1945, avec quatorze autres "45 000" (2). Lire dans le blog "les itinéraires suivis par les survivants". 
Puis au camp de Ravensbrück dans des wagons découverts : « A Ravensbrück, les détenus retardent leur départ en refusant de s'en aller sur les routes sans aucune nourriture : Il y avait à peine huit jours que nous étions là qu'un ordre arrivait de nous faire partir le plus loin possible. Nous avons refusé, car il n'y avait plus rien à manger. Alors les bourreaux se décidèrent à nous donner, à chacun, un des colis américains qu'ils avaient stockés. (...) Lorsque le jour de quitter le camp est venu, nous leur avons dit que nous préférions être fusillés sur place plutôt que de mourir sur la route comme tant d'autres camarades. Alors ils nous ont dit qu'ils ne feraient rien sur les routes et que ceux qui étaient fatigués pourraient se reposer. Ils ont invité les plus malades à rester au camp et leur dirent qu'ils ne devaient pas avoir peur. Il y aurait un camion pour les emmener. - Pensez, après tant de souffrances, si l'on pouvait leur faire confiance -. Alors, nous sommes partis sur la route, tant bien que mal et finalement je suis arrivé à Parchim à 16 heures. Et à 17 heures, nous avons été libérés par les Russes. Aussitôt, nous avons été ravitaillés par eux, dans une joie inoubliable et dans un grand sentiment de soulagement ». Les SS leur distribuent des colis de la Croix rouge qu'ils avaient stocké, et la marche a commencé, sans fusillades et avec des temps de repos. Ils sont finalement libérés à Parchim, à 115 km de Ravensbrück, en fin d'après midi par les soviétiques, une heure après que leurs gardiens les aient laissés.
Rapatrié le 31 mai 1945, Raymond Boudou voit ses capacités physiques amoindries.
Sa famille a été très éprouvée, sa soeur "jetée à la chambre à gaz", son beau-frère fusillé.
Ses camarades rescapés Raymond Saint-Lary et André Boulandais signent en 1947 un certificat témoignant de "sa bonne tenue de camaraderie" à Auschwitz, comme l'écrit madame Boudou.
Il travaille comme secrétaire aux archives de la mairie de Saint-Ouen. 
Raymond Boudou se remarie le 31 mars 1951 à Paris 4ème avec Julienne, Thérèse, Rodier. 
Le couple habite avenue de la Porte Clignancourt dans le 18ème.
Raymond Boudou est l’un des rares survivants pour lequel on a (par le registre matricule militaire) une transcription complète de son dossier médical, qui témoigne des nombreuses séquelles de sa déportation (document en date du 11 mars 1964 à la CP d’Orléans).
Entre 1960 et 1962, la Commission de Réforme d’Orléans statue sur le pourcentage de sa pension. Il est à chaque examen maintenu comme pensionné à 100 %. 
Pas moins de dix items précis sont développés par la CR d’Orléans (asthénie des déportés, Sclérose pulmonaire, séquelles pleurales bilatérales, foie douloureux, bourdonnements d’oreille, spondylarthrose cervicale et lombaire, scoliose convexe droite et gauche, troubles fonctionnels cardiaques, lipothymie, tachycardie et dyspnées, colite, rhumatismes aux épaules, coudes, doigt main droite, hyperacousie gauche, acouphènes)… 
Abel Buisson (rescapé 45310), qui l'estimait beaucoup - "un type formidable" dit-il - l'a revu quelques mois avant sa mort, à la Mairie de Saint-Ouen où il travaillait au service des Archives.
Raymond Boudou meurt le 23 octobre 1968 à Menetou-Ratel (Cher). 

Il est le père de deux enfants. 
La première page de notes recopièes par sa veuve
Il a laissé 5 pages de témoignages sur Auschwitz, recopiés par sa deuxième épouse.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. 

Il a été homologué au titre de la Résistance Intérieure Française.
Certificat pour Georges Gallepie
Raymond Boudou a témoigné du parcours de Georges Gallepie, beau frère de sa première épouse, depuis son arrestation le même jour que lui, son internement à Aincourt et sa mort à Auschwitz. Il a également certifié du décès de ses camarades de l'Haÿ-les-Roses

Note 1 : René Besse, Henri Charlier, Maurice Courteaux, Pierre Felten, Georges Gallot, Adrien Humbert, Francis Joly, Pierre Monjault, Albert Rosse.  
Note 2 : Roger Abada, Gaston Aubert, René Besse, Louis Cerceau, Cyrille Chaumette, Marcel Cimier, Clément Coudert, Maurice Courteaux, Robert Daune, Lucien Ducastel, Pierre Felten, Georges Gallot, Georges Gaudray , Pierre Monjault.


Notes de Raymond Boudou : Page 2

Page 3
En cliquant sur les lettres, vous pouvez les agrandir
Page 4

Page 5
Sources
Transmis par sa petite fille @ DR
  • Plusieurs lettres de sa veuve et notes de Raymond Boudou qu'elle a recopiées.
  • ACVG, novembre 1993.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives en ligne de Charente Maritime.
  • Courriels de sa petite fille Mme Roseline Tyburczy (mars 2015), qui me transmets une photo sur laquelle figure son grand-père avec un groupe de personnes non identifiées.
  • Registre matricule militaire de Charente Maritime.
Biographie rédigée en 2006 (mise à jour en mai 2012 et mars 2015) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.


Témoignage d'André Boulandet
Deux autres rescapés d'Auschwitz, ses camarades Raymond Saint-Lary et André Boulandet, ont témoigné à leur retour de son attitude au camp (documents envoyé par mel par sa petite fille, avril 2015).


Témoignage de Raymond Saint-Lary

Aucun commentaire: