L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BERTOLINO Albert Pierre




Matricule 45231 à Auschwitz

Pierre (Albert) Bertolino est né le 28 septembre 1912 à St Martin-le-Gaillard (Seine-Maritime). 
Il est le fils de Marie, Emilie Delestre et de Pierre, Thomas Bertolino. 
Pierre Bertolino est domicilié 144 rue d'Avon à Paris (20ème) au moment de son arrestation. Il s’est marié avec Rolande Vonet le 31 mars 1937. Le couple a une petite fille, Danièle, qui nait en juin 1941.
Pierre Bertolino est plombier-zingueur de profession, mais, en raison du chômage, il travaille comme manutentionnaire à la Biscuiterie Damoiseau, à Montreuil-sous-Bois (Seine-St-Denis).
Pierre Bertolino a des responsabilités au Parti communiste, comme secrétaire de la Section de Montreuil, selon Charles Pieters (de Dieppe et à Montreuil pendant la guerre).  En 1937, 
Il habite 16 rue du Haut Pas à Dieppe.Le 31 mars 1937, il épouse Rolande, Raymonde Vonet à Dieppe. Ils auront une fille, Danielle, qui naît le 12 juin 1941, alors que son père a été arrêté.
Après l'interdiction du Parti communiste le 26 septembre 1939, Pierre Bertolino a été contacté par Raymond Luauté (1) pour reprendre une activité au sein du Parti communiste clandestin dans le vingtième.
Il est arrêté le 18 janvier 1941 à 19 h 30 au domicile de son beau-frère Robert Vonet (2) selon le PV du 18 janvier de la BS (et à son domicile selon les souvenirs familiaux), par des inspecteurs de la Brigade spéciale : lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux. En effet, lors des filatures suivies de perquisitions domiciliaires et de l’arrestation la veille de six militant(e)s communistes soupçonnés d’animer la propagande communiste clandestine dans le 20ème, les inspecteurs de la BS ont trouvé une liste de noms au domicile de Raymond Luauté (2). Ils sont dès lors certains que Pierre Bertolino a fréquenté les réunions clandestines qui se tenaient au domicile de Victor Buyse, tout comme son beau-frère Robert Vonet.
Pierre Bertolino est inculpé par le commissaire André Cougoule d’infraction aux articles 1, 2 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Il est conduit au Dépôt à la disposition du procureur. Il est écroué à Fresnes le 21 janvier 1941. Le 31 mars, il est condamné à un an de prison par la 13ème chambre correctionnelle de Paris, qu’il effectue pour l’essentiel à Fresnes. Il a fait appel de la sentence, mais celle-ci est confirmée le 3 juin 1941. Son épouse réussit à le visiter à Fresnes et à lui présenter sa fille. 
Le camp de Rouillé (VRID)
A l’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, Pierre Bertolino, qui a été maintenu entre temps au Dépôt de la préfecture de Paris est interné au CSS de Rouillé (3), en application de la Loi du 3 septembre 1940, sur décision du préfet de police de Paris, François Bard. Il est transféré à Rouillé le 10 novembre 1941 avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Pierre Bertolino (n°32 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.  
A Compiègne, où il reçoit le matricule 5834, il est affecté au batiment A7. Il retrouve son frère, Jacques DELESTRE (lien vers sa biographie dans le blog), qui a été arrêté à Dieppe (comme lui, il va être déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942. Matricule «45444», il y décèdera le 1er septembre 1942). Le 5 juillet 1942 Pierre Bertolino, écrit à sa famille : "Nous partons pour une destination inconnue (...). Nous serons mieux".
Pierre Bertolino le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Pierre Bertolino est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45231 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (4) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore la date exacte du décès de Pierre Bertolino à Auschwitz, mais elle est antérieure à l'été 1943.
La fiche individuelle de Pierre Bertolino portait en 1954 la mention « décédé le 6 juillet 1942 à Compiègne ». Elle a été rectifiée au JO en 2003 et porte la mention "décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz et non décédé le 6 juillet 1942 à Compiègne", soient les 5 jours portés par le ministère après le départ du convoi, en cas d'incertitude concernant la date de décès.
Il est déclaré « Mort pour la France » le 4 mars 1953.
Il est d'abord homologué comme « Interné politique », puis comme "Déporté politique" le 29 septembre 2003. à la suite des démarches de sa fille. 
Mme Danièle Laresse, sa fille, pupille de la Nation dont la carte porte pourtant que son père est «mort en déportation» a fait une demande de transformation en «Déporté politique» en 1954. Demande restée sans réponse en 1990.  appuyées sur les témoignages de Georges Gallot et de Roger Pélissou, survivants du convoi.
Les trois fils de Marie Delestre (Jacques, Jean, Pierre)
sont morts en déportation.
Elle a retrouvé Roger Pélissou et Georges Gallot, rescapés du convoi qui ont connu son père à Auschwitz.
A la FNDIRP, Roger Arnould (28 décembre 1972) note que Roger Pélissou a dit à propos de Pierre Bertolino qu’il y avait aussi son frère dans le convoi.
Un autre de ses frères, Jean-Marie BERTOLINO (pseudonyme sous l’Occupation : Jean Bellon) (lien avec le Maitron en ligne). Secrétaire de l’union locale de Toulon, puis de l’UD CGT en avril 1939, il est arrêté en novembre 1940. Il s’évade du camp de St-Sulpice-la-Pointe en 1943. Il constitue le maquis FTP Faïta de Haute Provence. Arrêté le 26 novembre 1944, il est déporté à Mauthausen-Gusen et y meurt le 19 avril 1945.


Note 1 : Raymond Luauté, ouvrier typographe, adhère au Parti communiste en 1931. Il suit l’Ecole internationale léniniste pendant deux ans à Moscou. Ancien secrétaire de la section du PC du 20ème, collaborateur du Comité central et proche de Jacques Duclos. Il sera condamné à 18 mois de prison. Déporté à Sachsenhausen, il y meurt en février 1945. Lire ses biographies sur le site Wikipédia et dans Le Maitron.
Hommage à Raymond Luauté
A la Libération, un hommage solennel lui est rendu en présence de Jacques Duclos (ci-contre, photo Wikipédia).
Note 2 : Robert Vonet (compagnon d'Yvonne Dumont), fut instructeur des cadres du PCF dans la région atlantique. Lors de la perquisition, il est trouvé sur lui des brochures et des documents « écrits de sa main, qui ne laissent aucun doute sur le rôle important qu’il joue dans la propagande clandestine. (…) il possède des papiers au nom de Jean Duluc, dont il s’est refusé à fournir l’origine » (PV du 18 janvier 1941).
Il est lui aussi condamné et interné au camp de Rouillé d’où il s’évade. Mais sera repris en juillet 1943 et fusillé le 26 janvier 1944
Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources
  • Questionnaire biographique ("contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942"), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa fille, Mme Danièle Laresse (26 février 1990). Elle y a joint de nombreux documents (photos de famille, acte de mariage, de disparition, lettres de Compiègne (mai, juin, juillet 1942). Courriel de novembre 2016.
  • Témoignages de Roger Pélissou et Georges Gallot. Fiche avec photo établie par Charles Pieters. 
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires de Pierre Bertolino et Robert Vonet .
Biographie rédigée en septembre 2003, modifiée en novembre 2012 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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