L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEC Marcel, Albert



Matricule 45216 à Auschwitz

Marcel Bec est né « dans la voiture de ses parents » (selon son acte de naissance) le 23 septembre 1907 à Dormans (Marne). Il est le fils unique de Françoise Vidal, 30 ans, ménagère et de Louis Bec, 37 ans, chaudronnier ambulant.
Marcel Bec est domicilié 34 quai de Boulogne à Boulogne-Billancourt au jour de son arrestation.
Il fait des études à l'Ecole professionnelle de Reims ( école où fut signée la reddition allemande le 7 mai 1945). Pendant son service miiltaire, il est mobilisé comme chasseur à pied. Il participe à l'occupation de la Rhénanie.
Le 12 septembre 1933, il se marie à Verneuil (Marne) avec Blanche, Julie Mauroy, sans emploi, fille de vignerons.

Le couple s'installe à Boulogne. Marcel Bec travaille chez Renault, et se perfectionne en suivant des cours du soir au Conservatoire des Arts et Métiers. Il devient dessinateur industriel. En 1934, il participe aux journées antifascistes, puis adhère à la CGT et au Parti communiste. Il exprime sa solidarité avec les Républicains espagnols et participe aux grèves de mai-juin 1936.
En 1937-1938 Marcel Bec est capitaine de l'équipe première de football du COB "club Olympique de Billancourt", qui gagne le championnat de Paris (en division honneur).
Il est en grève le 24 novembre 1938 pour protester contre la hausse des cadences chez Renault et les atteintes salariales au conquêtes du Front Populaire. Pour cette raison et à cause de son activité militante, il est licencié.
Suit une période de chômage. Marcel Bec retrouve du travail dans une petite usine de Boulogne (SEV).
En 1939, il est mobilisé dans l'Est de la France. En 1940 il est "affecté spécial" (un Affecté Spécial est un spécialiste maintenu à son poste civil et soumis à la juridiction militaire (art. 52, loi du 1er avril 1923). 
Lors de l'exode, Marcel Bec gagne à vélo La Rochelle, en compagnie de sa femme. Dès son retour, il reprend ses contacts, milite dans un comité de chômeurs et prend la parole devant la mairie de Boulogne. Malgré la répression communiste, Il ne quitte pas son domicile, où il est connu.
Il est arrêté par la gendarmerie française le 29 décembre 1940 chez ses parents à Dormans, pendant les fêtes de fin d'année. Lors de son arrestation, il est trouvé « porteur de trois exemplaire de L’Humanité, d’un bordereau de souscription du Parti communiste, et de de deux carnets de souscription ». Une perquisition à son domicile à Boulogne amène la découverte de « différents papillons communistes, ainsi que quatre petits papiers manuscrits ayant trait à une activité de propagande ».
Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste), Marcel Bec est déféré au Dépôt et retenu à la Maison d’arrêt de la Santé en attente de son procès. Celui-ci a lieu le 17 mai 1941, devant la 12ème chambre, où il comparait avec Laurent Guizard et une douzaine de co-inculpés. Tous deux sont condamnés à 15 mois de prison. Ils font appel de la sentence : leur peine est ramenée à 8 mois.
Maquette en bois du camp de Rouillé
François Bard, préfet de police de Paris, ordonne son internement administratif le 25 novembre 1941, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (4). 
Le samedi 3 janvier Marcel Bec est transféré du Dépôt au Camp de séjour surveillé de Rouillé (1), via les gares d’Austerlitz et Poitiers, au sein d’un groupe de 50 internés administratifs composé de 38 politiques (RG) et 12 « indésirables » (PJ) / note de service du 30 décembre 1941. 
A Rouillé, il donne comme adresse Verneuil (Marne), où son épouse est probablement venue habiter chez ou près de ses parents.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés (2) qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Marcel Bec (n° 27 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.  


Le 6 juillet, il lance une lettre du train qui l'emporte à Auschwitz.
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000
». 
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

On ne sait rien de sa déportation à Auschwitz, sinon qu'il est présent au Revier ('infirmerie)  de Birkenau le 5 novembre 1942. Il meurt le 30 novembre 1942
(date inscrite dans les registres du camp ; in Death Books from Auschwitz, Tome 1, page 61). L’arrêté ministériel du 12 juillet 2007 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès et paru au Journal Officiel du 7 août 2007, porte la mention « décédé le 15 mars 1943 à Auschwitz (Pologne). Cette date reproduit l’état civil établi après la Libération (après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés). Il est regrettable que le ministère ne prenne pas en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995. Le Death Books from Auschwitz a été publié en deux gros volumes par le Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau à cette date. Voir également le site Internet du Musée d'Auschwitz-Birkenau.
Le nom de Marcel Bec figure sur la plaque commémorative des ancien élèves victimes de la guerre, à la demande des "anciens du COB" (club Olympique de Billancourt).

Inauguration du Stade Marcel Bec. Doc M. Certano
A la libération, le nom de « Marcel Bec » est  donné au nouveau stade du COB inauguré le dimanche 23 mai 1948, en forêt de Meudon en présence de Mme Bec et de MM. Pierre Lefaucheux, Pierre Dreyfus et Bernard Vernier Palliez. En 1961, confisquant les installations sportives du COB, la direction de Renault débâptise le stade Marcel Bec par « Stade des Fonceaux ». Suite à une procédure juridique engagée par les élus du CE de Billancourt, un compromis est réalisé en 1974 (3) ; les installations sportives sont replacées sous la responsabilité du CE de Billancourt et le stade retrouve le nom de "Stade Marcel Bec". Le complexe sportif Marcel Bec s’étend sur près de 12 hectares, une des plus grandes superficies sportives d’Ile-de-France. En 2009, l’enceinte de douze hectares, est devenue propriété de la communauté d'agglomération Grand Paris Seine Ouest (GPSO). Le complexe (stade, piscine) a été rénové en 2013 et portait toujours le nom de Marcel Bec en 2014.
Une petite rue de Dormans porte également son nom, à proximité de son domicile de jeunesse.
Deux plaques familiales entretiennent sa mémoire : l'une sur la tombe de ses parents à Dormans, l'autre sur celle de sa belle famille à Verneuil.

Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
La stèle de 1945, avec le nom des morts du COB
doc. Michel Certano.
Note 3Le texte de l’accord de 1974 précise : 
1. Le CE en application de l'ordonnance de 1945, est seul responsable de la gestion des œuvres sociales, le sport étant l'une d'entre elles, il dispose des installations sportives dont la Règle est propriétaire : Stade Marcel Bec à Meudon, base de canoë de l'Ile Saint-Germain, base d'aviron au Bas-Meudon. Toutefois, la Régie devant faire faire face aux obligations scolaires qui concernent les élèves du Centre Technique Privé RNUR, dans le domaine des activités sportives, le Comité d'établissement admet la nécessité de la satisfaction absolue des besoins sportifs de ce Centre, simultanément aux autres besoins. En conséquence, le Centre Technique Privé disposera d'une tranche minimum de 120 heures par mois, d'utilisation des installations sportives, qui seront définies en début de chaque année scolaire. En l'état actuel des choses, cette tranche ne sera pas considérée comme œuvre sociale du CE.
2. A cet effet, la Régie, propriétaire de ces installations, en assure, à sa charge, le bon entretien et l'amélioration. Pour marquer cet évènement et réaffirmer l’attachement des sportifs aux héros de la Résistance et morts pour la France, une stèle est implantée en 1975 dans le stade, reprenant les noms inscrits sur la stèle de 1945.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa belle-soeur, Mme Denise Benoit-Mauroy, qui a fourni de des  informations, photo et documents personnels (4 octobre 1992).
  • Renseignements fournis par Mme Jocelyne Husson, professeur à Reims (juin 1990).
  • M. Giraud, président départemental de la FNDIRP .
  • "Reims, souviens-toi", travail effectué par les élèves de Mme Jocelyne Husson, professeur à Reims. 1990.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine (XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Bulletin de l’Amicale Châteaubriant, Rouillé, Voves. Maquette du CSS Rouillé, œuvre de Camille Brunier, ancien Résistant, ancien menuisier, professeur d’atelier au Lycée de Vonours. 
  • Documents et photos sur Marcel bec, historique du Stade "Marcel Bec" provenant de  Michel Certano, fils de résistant, parent de Joseph Certano fusillé au Mont-Valérien. Ouvrier chez Renault, responsable du CE, il a été un des principaux acteurs des luttes syndicales dans l'entreprise (décembre 2012).
  •  Recherches de Michel Certano (association « Esprit de Résistance ») à partir du Bulletin municipal de Boulogne-Billancourt (supplément au n° 335, avril 2005) établissement d’une liste des déportés des usines Renault.  Note d’Annie Lacroix-Riz, historienne «  Arrestations de militants communistes de Boulogne Billancourt, décembre 1941, juillet 1942 » établie à partir des archives de la préfecture de police de Paris. 
Biographie modifiée en décembre 2012. Réalisée initialement pour l'exposition de la FMD de Reims (1990), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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