L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MANDRON Aristide Léon


Aristide Mandron est né le 5 août 1890 au domicile de ses parents à Chatel-Censoir (Yonne).
Il habite dans le département de la Seine au 2 rue Emile Zola à Saint-Denis (aujourd’hui en Seine-Saint-Denis-93).
Il est le fils d’Ernestine Tricardy, 26 ans, sans profession et de Paul Mandron, 27 ans, plâtrier, son époux.
Conscrit de la classe 1910, son registre matricule militaire indique qu’il habite à Châtel-Censoir et travaille comme serrurier, puis mécanicien ajusteur. Il sera plus tard ajusteur. Il mesure 1m 72, a les cheveux châtains noirs et les yeux marron foncé, le front moyen, le nez grand et busqué, le cou long, le visage allongé. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Le 7 octobre 1911, il est incorporé au 32ème Régiment d’artillerie caserné à Fontainebleau. Le 10 août 1912, il passe au 2ème  Régiment d’artillerie de montagne à Nice. Le 3 novembre 1913, il est « envoyé dans la disponibilité » et le 8 passe dans la réserve de l’armée active, « certificat de bonne conduite accordé ».
En février 1914, il habite au 24 rue Catulienne à Saint-Denis (Seine / Seine-Saint-Denis). Le 22 juin 1914 à Châtel-Censoir, Aristide Mandron épouse Amélie Faulle. Le 18 juillet 1914, le jeune couple habite au 16 rue Dezobry à Saint-Denis.
Lorsqu’est décrétée la mobilisation générale du 1er août 1914, il est « rappelé à l’activité » et mobilisé le 3 août jusqu’à la fin de la guerre. Il rejoint à Fontainebleau le 32ème Régiment d’artillerie de campagne. Le régiment est engagé sur le front (bataille du Châtelet, 2ème phase de la bataille de Charleroi, Bataille de la Marne, « la course à la mer ». Ypres. Repos à Mondidier. Dunkerque).
Établissements Delaunay-Belleville
Le 12 août 1915, Aristide Mandron, en application de la circulaire du 4 juillet 1915 (relance de la production) est détaché du corps d’armée en tant qu’affecté spécial à la Société anonyme des Établissements Delaunay-Belleville, 2 rue de l’Ermitage à Saint-Denis, fabrique d’automobiles. 
Le 24 mai 1917, il est brièvement affecté à la Société des moteurs à gaz Otto, rue de la Convention, à Paris. Le 30 mai, il retourne chez Delaunay-Belleville. Le 4 juin 1917, il est transféré à la Maison Lorraine-Dietrich d’Argenteuil, qui  fabrique des moteurs d’avions (des V 8 et V12 frappés de la croix de Lorraine). Pendant cette période, il est changé d’arme (le 1er juillet, il passe au 27ème et 32ème Dragons).
Le 9 mai 1918, il est « relevé d’usine » et le 21 mai, il retourne au dépôt. 
Le 9 mai 1918, il est « relevé d’usine » et le 21 mai, il rejoint le dépôt du 27ème.
Le 29 mai, il passe au 83ème Régiment d’artillerie lourde et le 10 juin 1918, il est affecté à la 58ème batterie de celui-ci Le 22 août, il passe au 22ème Régiment d’artillerie de campagne, « aux armées ». Le 19 octobre 1918, il est à nouveau affecté dans un autre régiment, le 272ème Régiment d’artillerie : il est affecté à la 68ème batterie de celui-ci le 2 avril 1919.
Le 10 août 1919, Aristide Mandron est « renvoyé en congé illimité » par le 52ème RAC et « se retire » au 16 rue Jules Aubry à Saint-Denis.
Le 11 novembre 1936 le couple déménage au 2 rue Émile-Zola à Saint-Denis, et  y restera domicilié jusqu’à l’arrestation d’ Aristide Mandron.

En juillet 1938, il est maintenu en tant que réserviste « à la disposition de la Ville de Paris comme ajusteur-mécanicien ».
Militant communiste, il est également délégué syndical CGT dans son entreprise, l’usine à gaz du Landy. 
Aristide Mandron est arrêté le 6 décembre 1940 à Saint-Denis, par des policiers français lors d’une rafle qui touche des dizaines de communistes du département de la Seine.
Liste des militants communistes internés à incourt le 6 décembre 1940
Ceux-ci sont rassemblés à la prison des Tourelles et emmenés le jour même au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, près de Mantes en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans les Yvelines - 78) ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. Il a le n° de dossier 24.976.

Liste des militants communistes internés administrativement le 6 décembre 1940. 
Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon

Les Renseignements généraux font parvenir au directeur du camp d'Aincourt une liste comportant les motifs d’internement administratif des militants communistes qui lui ont été amenés au camp le 6 décembre 1940. Pour Aristide Mandron, on peut lire "Ouvrier ajusteur à la société du Gaz de Paris. Meneur communiste très actif". Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Il est ensuite transféré au camp d'internement français de Rouillé (Eure-et-Loir) (note 1).

Réponse des RG "Meneur communiste très actif"
Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant les 149 internés provenant du camp d’Aincourt arrivés à Rouillé le 6 septembre 1941. La réponse du 1er bureau des Renseignements généraux (circulaire n°13.571.D) lui arrive le 30 octobre (doc C-331.24). Pour Aristide Mandron on lit avec ses dates et lieu de naissance, adresse et date d’arrestation, comme cause de l’arrestation « Meneur communiste très actif ».
Remis aux autorités allemandes à leur demande, celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 21 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, Aristide Mandron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ».  
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45822 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain (voir l’avertissement précédant la liste alphabétique) correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Elle avait notamment pour objectif de faciliter l’identification des 524 photos anthropométriques de « 45000 » préservées de la destruction par des résistants du camp et retrouvées après la libération d’Auschwitz. Cependant, cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc imprudent d’attribuer ce numéro à Aristide Mandron en l’absence de nouvelles preuves. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Aristide Mandron meurt le 21 août 1942 d’après les registres du camp. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français, n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, fixe sa date de décès au 15 décembre 1942 sur la base des déclarations de deux de ses compagnons de déportation.
Plaque au 2 rue Emile Zola © photomontage Pierre Cardon
Le titre de déporté politique lui a été attribué ainsi que la mention « Mort pour la France ». Une plaque commémorative est apposée à son domicile et indique sous son nom « 1890-1942. Mort à Auschwitz le 15.12. 1942 ». Son nom est également honoré sur le monument aux morts de Saint-Denis.

Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.

Sources
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942 (Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Archives municipales de Saint-Denis (consultées par Fernand Devaux en 1988).
  • Acte de décès de l'état civil d’Auschwitz (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains, Caen, archives du ministère de la Défense)..
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
  • Témoignage de Fernand Devaux, déporté dans ce convoi.
  • Archives départementales de l’Yonne en ligne, état civil et registres matricules militaires.
Biographie réalisée en mai 2007, (mise à jour en avril et juin 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005, et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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