L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEFEBVRE Renelde, Constantin, Edmond


Renelde  Lefèbvre est né le 28 janvier 1897 à Gonesse (Seine-et-Oise / Val d'Oise) Cf Note 1. 
Engagé volontaire de la guerre 1914-18, il est blessé de guerre.
Au début des années trente, il enseigne au cours supérieur de l’école des garçons du boulevard Félix Faure à Saint-Denis et sa femme Noëlle à l’école des filles du boulevard Marcel Sembat. Le couple a un enfant, prénommé Renelde (Reynold pour les FFL) qui naît à Sarcelles le 5 avril 1925.
En 1934, ils sont nommés dans une petite école neuve de Gennevilliers, dont il est le directeur et sa femme, son adjointe.
En 1937, ils reviennent à Saint-Denis en raison de son affectation comme directeur de l’école du Bel Air, route d’Aubervilliers. Son épouse est institutrice dans la ville. Ils occupent avec leur fils un logement de fonction à l’école des garçons au 57 boulevard Jules Guesde.
Lorsque les Allemands entrent dans Saint-Denis le 13 juin 1940, ils occupent l’école du Bel Air. Renelde Lefebvre est alors muté à l’école des garçons boulevard Jules Guesde.
Récit manuscrit de Pierre Douzenel (1/3)
Patriote, « il ne peut admettre que le sol de France soit de nouveau envahi par les Allemands et s’engage dans la Résistance », selon le récit de Pierre Douzenel (2), qui rapporte les témoignages de deux instituteurs, messieurs Gachelin et Derrien, l'instituteur de son fils.
M. Gachelin, qui enseigne sous sa direction, se souvient d’une perquisition « Il est probable que Lefebvre faisait partie d'un réseau de Résistance... Un jour la police arrive à l'école, fouille le bureau, classeurs, dossiers et fournitures scolaires. Tout fut vidé, étalé. Elle ne trouve rien.Mais des documents étaient cachés dans un sous-main que la Gestapo n’avait pas pensé à soulever ».
Renelde Lefebvre se sait donc surveillé (en 1941, son fils âgé de 15 ans, avait gagné l'Angleterre en canoë avec 4 autres jeunes. Leur exploit avait été relaté par la BBC et la radio française de Londres). Renelde Lefebvre refuse néanmoins de quitter Saint-Denis pour se cacher.
« De son activité dans la Résistance, à laquelle il participait, je sais peu de choses précises. La pus grande discrétion, même envers des amis, même envers ceux dont il était sur, était une loi à ne pas enfreindre pour ne pas compromettre le mouvement. Il m’a demandé plusieurs fois de le remplacer dans la surveillance des cours industriels donnés le dimanche matin dans son école, boulevard Jules Guesde. Il s’absentait alors ou se cachait chez lui, car il se savait filé » (Gachelin).
Renelde Lefebvre est arrêté à son domicile le 28 avril 1942, à l'aube, sans pouvoir dire adieu à sa femme, lors d’une grande rafle organisée dans le département de la Seine par les Allemands.
Sur sa fiche au DAVCC, il est comme "gaulliste", au motif d'arrestation, sans que nous ayons pu trouver des preuves d'affiliation. Il est certain que l'épopée de la traversée de la Manche par son fils pour rejoindre De Gaulle  (voir en fin de biographie), relatée à la BBC a certainement joué un rôle dans les filatures, la perquisition de son domicile et son arrestation.
Il est interné le jour même au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontsatalg 122) en vue de sa déportation comme otage.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ».
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le jour de son départ pour Auschwitz, il crie des paroles d'encouragement à sa femme qui suit la colonne des prisonniers se rendant à la gare. Au cours de son transport, il lance sur la voie une lettre qui parviendra à Mme Lefebvre.
Dessin de Franz Reisz, 1946
On ignore la date exacte de son décès de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français fixe la date de sa mort au 15 novembre 1942 sur la base des déclarations de deux de ses compagnons de déportation.
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu (3).
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Le titre de "Déporté politique" lui a été attribué ainsi que la mention « Mort pour la France ».
Leur fils
Une plaque est apposée en mai 1965 dans le préau de l’école du Bel Air (aujourd'hui école Danièle Casanova).

« Atteinte par la mort de son mari puis par celle de son fils unique, Mme Lefebvre n’a pas la force de leur survivre : dès 1943, elle avait appris la disparition de son mari, probablement par l’intermédiaire d’une lettre écrite par un des rares survivants du convoi. En 1945, venait le décès de son fils unique, également prénommé Renelde. Le 16 septembre 1941, âgé de 15 ans, il avait gagné l'Angleterre en canoë avec 4 autres camarades, sans prévenir ses parents. Son exploit avait été relaté par la BBC et la radio française de Londres. Lire le récit de la traversée dans © Reynold Lefebvre - Les Français Libres
Winston Churchill et son épouse reçoivent les jeunes français
qui ont traversé la Manche en canoë

Il avait été reçu par le général De gaulle et le 1er ministre britannique Winston Churchill. Il s’était engagé ensuite dans les cadets de la France Libre. Sa mère avait pu suivre l’épopée de son enfant grâce aux nouvelles transmises par la Croix Rouge : L’Afrique Equatoriale, le Fezzan, la Tripolitaine, l’Italie, le sud de la France. Elle avait eu la joie de le revoir en 1944. Sous-lieutenant dans l’armée de De Lattre, il allait mourir en Alsace, à 19 ans, dans les combats de la poche de Colmar, pour ne pas avoir voulu exposer ses hommes qui voulaient le relever alors qu’il avait été blessé gravement au cours d’un bombardement. Madame Lefebvre renonça alors à l’enseignement et entra dans les services administratifs. Un matin, ses voisins, étonnés de ne pas l’entendre, poussèrent sa porte : ils la trouvèrent morte, assise à sa table, devant les photos de son fils et de son mari » (extraits du récit de Pierre Douzenel).

I
  • Note 1 : Son nom est bien inscrit sur le récapitulatif annuel de l'année 1897 de la ville de Gonesse (vue 40/113), et non à Garges-les-Gonesse, mais les actes sont hélas manquants), contrairement à ce qui est indiqué sur trois autres sites.
  • Note 2 : Pierre Douzenel, jeune réfractaire au STO, résistant, photographe et chroniqueur municipal à Saint-Denis de 1946 à 1987. Le récit manuscrit a peut-être été utilisé pour un article dans un journal local.
  • Note 3 : Le numéro "45761" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain (voir l’avertissement précédant la liste alphabétique) correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Elle avait notamment pour objectif de faciliter l’identification des 524 photos anthropométriques de « 45000 » préservées de la destruction par des résistants du camp et retrouvées après la libération d’Auschwitz. Cependant, cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc imprudent d’attribuer ce numéro à Renelde Lefrèbvre en l’absence de nouvelles preuves.
Sources 
  • Archives municipales de Saint-Denis (consultées par Fernand Devaux en 1988).
  • Témoignages de MM. Gachelin et Derrien, recueillis par Pierre Douzenel (les guillemets correspondent à des passages d'une recherche de Pierre Douzenel). Cette lettre m'a été transmise par Pierre Dezert, instituteur communiste de Clichy, ami de mon mari.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains, Caen (DAVCC), archives du ministère de la Défense.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Etat civil en ligne de Gonesse et Garges les Gonesse. 
  • © Reynold Lefebvre - Les Français Libres
Biographie réalisée en en mai 2007 (complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com / Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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