L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LAMBOLEY René




Matricule 45721 à Auschwitz

René Lamboley est né le 24 mai 1920 à Saint-Denis (Seine / Seine-St-Denis). Il est le fils d’Eugénie Kerrulen et de Georges Lamboley son époux.


Au moment de son arrestation, il habite 1 ou 16 passage Meunier à Saint-Denis (1).
Après avoir passé un CAP, René Lamboley est embauché comme ajusteur-monteur à la Plaine-Saint-Denis (à la Tréfilerie Mouton de Saint-Denis). Il est membre de l’équipe de footbal du Club Sportif Ouvrier Dyonisien affilié à la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (F.S.G.T.), qui devient en 1936 l'Olympique Dyonisien et prend place au Stade Auguste Delaune.

René Lamboley est divorcé, père d’une fille. Il est adhérent aux Jeunesses communistes avant-guerre.
Les tréfileries Mouton
Pendant l’Occupation, il poursuit ses activités militantes (collages, inscriptions, distribution de tracts, etc.) après le 26 septembre 1939, date de l’interdiction des organisations communistes.
C’est d'ailleurs au cours d'une distribution de tracts qu'il est arrêté par des policiers français avec plusieurs de ses camarades, le 2 septembre 1940, rue des Ursulines à Saint-Denis lors d’une distribution de tracts entre la rue des Ursulines et la rue Catulienne. Sont arrêtés en même temps que lui Fernand Devaux, Guy Gaillard, Hammon, et Georges Philipidès. Ils sont d’abord conduits au commissariat de secteur, à Saint-Denis. René Lamboley est écroué  le 4 septembre 1940 au quartier allemand de la Santé.
Libéré en octobre, probablement le 23, il est de nouveau arrêté 9 novembre 1940 par des policiers français lors d’une rafle qui touche des dizaines de communistes du département de la Seine. Fernand Devaux sesouvient qu’il y avait avec René Lamboley et lui Pierre Primel de Saint-Denis et Camille Watremez de Pierrefitte.
Ils sont rassemblés le 10 novembre à la prison des Tourelles et emmenés le jour même au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, près de Mantes en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans les Yvelines - 78) ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés par le gouvernement de Vichy. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt. Il y est avec Fernand Devaux au DJ, « le dortoir des jeunes ».
Lors de la fermeture du camp des hommes, René Lamboley est transféré avec Philippe Jolès le 5 mai 1942 au camp d'internement français de Voves, près de Poitiers (Vienne).
Remis aux autorités allemandes à leur demande, celles-ci l’internent le 10 mai au camp de Royallieu à Compiègne.

Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
René Lamboley est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45721» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Il est affecté au Block 18 et au Kommando DAW (kommando de fabrication de caisses de munitions) du camp principal. Il aide Fernand Devaux, extrêmement affaibli par ses premiers mois de détention, à entrer dans cet atelier fin octobre ou début novembre 1942.
René Lamboley meurt le 6 décembre 1942 selon les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Ignorant sa déportation, l’état civil français le déclare, après la guerre, mort à Compiègne le 6 juillet 1942.  L’arrêté ministériel du 16 décembre 1992 paru au Journal Officiel du 29 janvier 1993 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne) mentionne néanmoins encore une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz. Or celle-ci est maintenant ! Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

René Lamboley reçoit à titre posthume le grade de sergent dans la Résistance Intérieure Française comme « membre du Front National de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France ». Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en ainsi que la mention « Mort pour la France ».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts des déportés de la Résistance et sur le monument commémoratif concernant les Dionysiennes et Dionysiens déportés entre 1940 et 1944. 

Le 16 passage Meunier
Note 1 : Fernand Devaux indique le n°1 passage Meunier et le registre du camp d’Aincourt indique le n°16. Une plaque commémorative a été apposée à son domicile à la Libération, mais elle n'existe plus, ni au 1 ni au 16. 
Par contre au n° 4 du Passage Meunier subsiste une plaque en l'honneur d'Auguste Poullain "massacré par l'ennemi" en 1942. Il était le frère de Marcel Poullain, né à Saint Denis et déporté à Auschwitz

Sources 
  • Plusieurs témoignages de Fernand Devaux, déporté dans ce convoi.
  • Archives municipales de Saint-Denis (consultées en 1988 par Fernand Devaux).
  • Archives en ligne de Saint-Denis (Ets Mouton).
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), archives du ministère de la Défense, Caen, fichier national et dossier personnel.
  • Liste (incomplète) des membres du convoi du 6 juillet 1942 reconstituée par numéros matricules en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporain (Ministère de la Défense, Caen).
  • Death Books from Auschwitz (Registres des décès d’Auschwitz), ouvrage publié par le Musée d’Etat (polonais) d’Auschwitz-Birkenau en 1995.
  • Photo du monument commémoratif concernant l'identité des Dionysiennes et Dionysiens déportés entre 1940 et 1944, Place de la Résistance. In © Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Passage Meunier @ Pierre Cardon.
Biographie réalisée en mai 2007 - actualisée en novembre 2012 - par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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