L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Témoignage de Maria Rabaté


Maria Rabaté (1) : quelques notes sur René Amand (février 1973)

"Amand, c'est pour moi le souvenir d'un grand garçon blond, de haute stature, sportif, sérieux, calme et enthousiaste tout à la fois, que Rabaté (2) et moi avons connu en septembre 1940, alors que nous avions repris contact avec le P.C. à Niort chez le camarade Boisseau - le représentant du Comité Central qui nous mit alors en relation avec les camarades de Poitiers.
Amand, c'est celui avec qui nous avions les réunions de la direction clandestine : elles se tenaient chez sa soeur Anaïs Lavigne qui, avec son mari Marcel, et nous deux - Rabaté et moi - appartenait à cette direction.
Amand, c'est le souvenir toujours si vivant et que je "revois" chaque fois que le train longe le Clain entre Jaunay et Poitiers : le dimanche qui précéda l'entrée de Hitler en U.R.S.S. nous avions décidé de tenir en plein air - en une sorte de pique-nique - la réunion classique de direction. Les enfants des uns et des autres étaient des nôtres, jouant au bord du Clain et dans la prairie.
René Amand en 1928
Il y avait Amand, les Lavigne (3), les Verdon (Henri, qui allait être déplacé, et sa femme, institutrice à Neuville), Octave et moi. En fin d'après-midi, pour ne pas rentrer ensemble, ce fut "l'au revoir" - qui allait devenir l'adieu. Avec les Verdon, nous prîmes la route.
Brutalement, peu d'heures après, nous apprenions l'attaque hitlérienne et l'arrestation, aux Routes Economiques, de René.
Et je terminerai par ces mots : Amand c'est celui à qui nous avons fait confiance. Il savait qui nous étions, il savait où nous habitions (chez Jeanne Massé qui, arrêtée elle aussi, le même jour qu'Amand, ne "parla" pas). Nous savions quel militant intègre il était et qu'il "ne parlerait pas" : plusieurs jours nous sommes restés dans notre logis sans être aucunement inquiétés, si par ailleurs nous étions inquiets pour lui.
Amand, un communiste, solide au poste, un militant, un patriote : notre confiance était bien placée".
Maria Rabaté
Octave Rabaté
  • Note 1 : Maria Rabaté, née Bernuchon le 3 juillet 1900 à Moncontour, institutrice de formation. Pendant l’Occupation, dès septembre 1940 « Ayant renoué le contact avec le Parti, elle milita clandestinement dans la Vienne puis, pendant l’Occupation, seconda Octave Rabaté en Charente-Inférieure et Loire-Inférieure. Après l’arrestation de ce dernier, elle regagna Paris puis fut nommée responsable des Femmes patriotes de Normandie, organisation rattachée au Front national. À partir de mai 1943, elle assuma la direction des Comités féminins de la zone Nord avec Claudine Chomat. Ces comités devaient donner naissance à l’Union des femmes françaises dont Maria Rabaté devint l’une des dirigeantes » (Le Maitron).  Membre du Comité Parisien de la libération, Maria Rabaté est élue Conseillère municipale de Paris et Vice-Présidente du Conseil Général de la Seine (1945-1947). Elles est élue députée de la Seine du 10 novembre 1946 au 8 décembre 1958. Chevalier de la Légion d’Honneur. Elle est décédée le 9 février 1985. Photo © Assemblée nationale.
  • Note 2 : Octave Rabaté, né le 13 mai 1899 à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), ouvrier mécanicien ; secrétaire des Jeunesses communistes (1923), secrétaire de la Fédération unitaire des Métaux et membre de la commission exécutive de la CGTU (1923-1927). Il assure le secrétariat du mouvement Amsterdam-Pleyel à la demande d’Henri Barbusse. Pendant l’occupation il est arrêté avec par la police française le 28 mars 1942 à Saintes. Torturé, condamné à mort, il échappa à l’exécution et fut déporté en avril 1943 à Mauthausen. Nommé à la tête du triangle de direction de la résistance communiste française à l’intérieur du camp, il fut coopté à la direction de l’organisation de résistance internationale du camp (Le Maitron). Après guerre il est chef de la rubrique social à l'Humanité. Octave Rabaté est mort le 8 juillet 1964 à Hôpital Foch de Suresnes. Photo © ANACR 19è.
Anaïs Amand-Lavigne
Marcel Lavigne
  • Note 3 : Les Lavigne : Louise Amand, sœur de Marcel Amand, dite Anaïs ou "Nayette", piqueuse en chaussures est l’épouse de Marcel Lavigne. Arrêtée le 25 mars 1942 avec son mari. Déportée le 24 janvier 1943 (convoi dit des 31.000") meurt à Auschwitz le 5 mars 1943. Elle avait 39 ans. Photo © Archives de la Préfecture de Police de Paris. Marcel Lavigne, électricien, est fusillé au Mont-Valérien le 21 septembre 1942 (arrêté comme otage après l’incendie du cinéma Rex). Il avait 32 ans. Photo d'identité © Le Maitron.
  • Note 4 : Jeanne Massé. Arrêtée le 23 juin 1941 avec Simone Boisson et Isabelle Douteau, elle est internée au fort de Romainville d’où elles seront libérées. 
Sources : Lettre envoyée au Patriote Résistant en février 1973 (dossier Roger Arnould). Recherches et Maquette ©  Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon

OSTORERO Maurice

Maurice Ostorero © Roger Ostorero 
Matricule "45941" à Auschwitz

Rescapé

Maurice Ostorero est né le 3 février 1910 à Thil (Meurthe-et-Moselle), il y habite, au 8 cité Sors, au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marceline Dondelinger, 22 ans et de Félice Ostorero, 25 ans, né à Giaveno (Italie), son époux.
Il a 1 sœur, Marie et 3 frères, Roger, Justin et Eugène.
Fils de mineur, il a été mineur de fer, puis cheminot (machiniste de locomotive).
Délégué mineur, syndicaliste CGT, Maurice Ostorero est militant actif du Parti communiste et du Comité de soutien à l'Espagne républicaine.
Conscrit de la classe 1930, il est appelé au service militaire, qu’il effectue au 38e Régiment d’aviation à Thionville.
Le 18 mars 1938 à Thil, il épouse Marie Louise Flamion. Le couple aura une fille, Colette.
Avec l'Occupation, il est arrêté une première fois le 26 juillet 1941, après une distribution de tracts "de propagande anti-allemande".
Placé en liberté surveillée, Maurice Ostostero est repris comme otage, le 21 février 1942, à son domicile, par des Feldgendarmen, au cours de l'arrestation de masse qui fait suite au sabotage du transformateur d'Auboué (dans le dossier du tribunal allemand on peut noter, de deux écritures différentes, les mention "déportation" et "communiste" entouré de rouge). Lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942.
Maurice Ostorero est écroué à la prison de Longwy, puis interné le 29 février 1942 au camp d'Ecrouves, près de Toul. Le 5 mars, il est remis aux autorités allemandes (Feldkommandantur 591) à leur demande. Le dossier du tribunal allemand porte la mention "déportation" et "communiste" (entouré au crayon rouge).
Celles-ci l’internent le 5 mars 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Ostorero est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Maurice Ostorero est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45941".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Maurice Ostorero, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Un groupe de 31 survivants est transféré le 28 août pour Flossenbourg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
Le 28 août 1944 il est transféré à Sachsenhausen. Il y est affecté au Kommando des routes.
Il est libéré à Oranienbourg le 25 mai 1955.
Maurice Ostorero est homologué "Déporté politique".
Le titre de "Déporté résistant" lui est refusé au motif : "otage arrêté au cours d'une rafle".
Après la Libération, il est élu au Conseil municipal de Thil (il aurait été maire-adjoint d'après Giobbé Pasini).
Maurice Ostorero meurt à Villerupt le 25 avril 1959.

Sources
  • Correspondance avec Madame Colette Speziale, sa fille.
  • Témoignage de Giobbé Pasini (22 juin 1973).
  • R. Piva (adjoint au Maire : 24 mai 1989)
  • M. Gilbert Schwartz, président départemental de la FNDIRP (1989).
  • Mairies de Thil et de Villerupt .
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Val de Fontenay novembre 1993.
  • Photo © Roger Ostorero, in site  "Mémoire vive".
  • Arbre généalogique de Mme Aurore Girod.
Biographie rédigée en juin 1997, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

CHARLES, Eugène, Joseph, Théodore



Eugène Charles
Matricule "45354" 
à Auschwitz


Rescapé

Eugène Charles est né le 9 octobre 1913 à Nantes (Loire-Atlantique). Il habite à Nantes au 16 rue Sainte-Anne au moment de son arrestation. Il est marié, et travaille comme forgeron aux Chantiers de Bretagne depuis 1934.
Il est le secrétaire de la cellule du Parti communiste de Sainte-Anne à Nantes, il y milite avec André Lermite (45785 mort à Auschwitz), Marguerite Joubert sa femme, Alphonse Braud (mort à Auschwitz) et le responsable de Nantes, Raymond Sémat.
A la déclaration de guerre, il est "affecté spécial" aux Chantiers de Bretagne. Aussitôt les Chantiers occupés par les Allemands, Eugène Charles et ses camarades communistes (Gaby Goudy est son responsable) mettent en place une organisation clandestine. Leur mission : effectuer des sabotages sur les presses et des outillages, ralentir le travail et distribuer des tracts contre l'occupant et le régime de Vichy qui pratique la collaboration.
Eugène Charles est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile par les Allemands, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
Il est interrogé par un officier qui parle parfaitement le français et qui lui fait la liste détaillée de ses activités militantes d'avant-guerre. Ce qui montre que les Allemands tenaient ces renseignements des autorités françaises. Il est ensuite incarcéré à la prison du Champ de Mars de Nantes, puis transféré au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122), le 13 juillet. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Eugène Charles est déporté comme otage communiste à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de laWehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45.354". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
La forge
Il est affecté au Kommando de la Forge. 
Il y travaille avec Ferdinand Bigaré, Raymond Boudou, Gabriel Lacassagne, Marceau Lannoy, Jules Le Troadec et Victor Louarn.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 7 septembre 1944, il fait partie du groupe des 29 "45.000" transférés à Gross-Rosen, où il reçoit le matricule "40985".
Eugène Charles y contracte un érésipèle dont il guérit grâce aux soins d'un médecin polonais qui travaille comme détenu à l'infirmerie du camp. 
Il est ensuite évacué sur le camp d'Hersbrück le 22 mars 1945 (matricule 84391), puis vers Dachau où il arrive le 24 avril. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Il est libéré le 29 avril par l'armée américaine et rapatrié à Nantes le 19 mai 1945, via Paris (Hôtel Lutétia).
Il reprend sa place aux Chantiers de Bretagne jusqu'en 1963, mais à la suite d'une grave opération - liée aux séquelles de sa déportation - il doit renoncer à travailler.
Mars 1980 de bas en haut
René Aondetto, Eugène Charles et
 Marie-Claude Vaillant-Couturier
Il reçoit la carte de "Déporté Résistant" le 9 janvier 1956, et possède plusieurs décorations : la Médaille militaire, la Croix des Volontaires de la Résistance, la Légion d'Honneur (chevalier, puis officier). 
Eugène Charles, années 70
Militant de la FNDIRP, il participe aux rassemblements des "45.000" (ci-contre Photo du rassemblement des "45000" et des "31000" au Havre en mars 1980 : derrière lui Marie Claude Vaillant Couturier pose une main sur son épaule. Devant lui René Aondetto).
Compiègne 1982
En 1982, lors du quarantième anniversaire du départ de son convoi, célébré le 27 juin en présence de Marcel Paul, il est présent à Compiègne, avec Lucien Ducastel, Georges Dudal, Fernand Devaux et Eugène Charles (qu'on reconnait porteur de lunettes sur sa gauche).
Eugène Charles est mort le 14 décembre 1996.

Sources
  • Lettres d'Emmanuel Michel au Patriote Résistant (1972).
  • Correspondance (1979-1980)
  • Questionnaire biographique rempli par Eugène Charles le 21 octobre 1987.
  • Photo FNDIRP.
  • Cassette enregistrée à Rambouillet lors d'une rencontre entre les rescapés du convoi. Robert Gaillard y décrit les souffrances de son camarade, et parle de lui avec admiration.
  • Photo du 27 juin 1982 prise par Roger Arnould.
Biographie rédigée en avril 2002 (complétée en 2009 et 2017) pour la deuxième exposition de l’AFMD de Nantes, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

NAGLIOUCK Daniel


Daniel Nagliouck @ DR
Matricule "45918" à Auschwitz

Rescapé

Daniel Nagliouck est né à Kolki Loutche en Ukraine, le 18 octobre 1897.
Il est domicilié 35 rue du Pré de la Bataille (1) à Rouen (Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Pendant la première guerre mondiale, en 1916, il fait partie du corps expéditionnaire russe en France (1ère brigade) où il a une attitude courageuse au moment de l’offensive de Champagne à Auberive. On ignore s'il fait partie des mutins au camp de La Courtine où le corps expéditionnaire Russe est cantonné après la révolution d'Octobre 1917. On sait néanmoins qu'il appartiendra à la résitance communiste en janvier 1941.
Il reste en France la guerre terminée. Daniel Nagliouck est mécanicien automobile. 
Il est célibataire.
Sa fiche d’otage (25 février 1942) indique comme nationalité, la «Russie soviétique» et comme «race» : «Juif». En réalité, comme Daniel Nagliouck n’est pas retourné dans son pays après la guerre 1914-1918, il est douteux qu’il ait réellement eu la nationalité soviétique.
De même, comme l’indique Claude Paul Couture(1), il n’est pas du tout certain qu’il soit Juif. Son numéro matricule à Auschwitz permet seulement de dire qu’il a bien été déporté en tant que prisonnier politique.
Pendant l'Occupation, Daniel Nagliouck travaille comme mécanicien dans un garage Peugeot. Il appartient à la résistance communiste depuis janvier 1941, puis au Front national, en liaison avec Robert Pierrain (il sera fusillé le 12 mai 1942 au Mont Valérien). Le 21 avril 1941, avec un camarade d’atelier, il sabote 20 camions allemands placés en réparation chez Peugeot en introduisant de la limaille de fer dans les moteurs et en provoquant des fêlures dans les pièces de rechange.
Il conseille des ouvriers du garage Renault voisin sur la manière de saboter les camions allemands. Le 15 septembre 1941, une quinzaine de camions tombent en panne au bout de quelques kilomètres (sources CP Couture et Maitron).
Fiche d'otage de Daniel Nagliouck
Les Allemands procèdent à des arrestations parmi les ouvriers des deux garages. Daniel Nagliouck est arrêté le 18 septembre 1941. Il est vraisemblablement libéré faute de preuves, car il est à nouveau arrêté le 21 octobre 1941, date mentionnée sur sa fiche d’otage. Celle-ci indique qu’il a été arrêté parce qu’il est soupçonné d’activité communiste par la (Sipo) SD (le service de Sécurité du parti nazi). Fiche reproduite ci-contre.
Cette arrestation a lieu dans le cadre de la rafle qui touche une centaine de militants communistes, ou présumés tels de Seine Inférieure, et qui fait suite au sabotage, le 19 octobre, de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (au tunnel de Pavilly). Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen.
La caserne Hatry à Rouen
Ecroués à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 19 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le 9 février 1942, la Feldkommandantur 517 de Rouen inscrit Daniel Nagliouck sur une liste d’otages «fusillables» en représailles aux attentats d’Elbeuf (le 21 janvier un caporal est tué par balles, le 4 février 1942 un soldat est tué) et adresse cette liste le 25 février 1942 au Frontstallag 122. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Daniel Nagliouck est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « Judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45918".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11. Le 12 décembre, il quitte le Block 11 comme les autres "45000".
En avril 1944, Daniel Nagliouck est au Block 10 de Birkenau. D'Auschwitz, il est transféré le 29 août 1944 avec vingt neuf autres «45000», au camp de Sachsenhausen, où ils arrivent le lendemain.
L'évacuation du camp de Sachsenhausen a lieu le 21 avril 1945, en direction de Schwerin puis de Lübeck ou de Hambourg. Au cours d’une marche de 12 jours que René Maquenhen qualifie « d'hécatombe », aboutissant à "un château" (sans aucun doute celui de Traumark, près de Schwerin, en Meklembourg), que décrit aussi René Petitjean : "Au bout de 6 jours - se souvient Georges Marin, apparition d'un cavalier russe". Daniel Nagliouck et ses camarades Victor Louarn, René Maquenhen, Henri Mathiaud, Georges Marin, Auguste Monjauvis, René Petitjean sont libérés par les soviétiques, le 2 mai.
Daniel Nagliouck, très affaibli est hospitalisé à Hagenau, et ne rentre à Rouen que le 9 juin 1945.
Il habite alors à Rouen au 1 rue des Boucheries.
À son retour, Daniel Nagliouck obtient la carte de “Combattant Volontaire de la Résistance” au titre du Front national. Il est homologué au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF) et Déporté Interné Résistant (DIR). Il est homologué comme «Déporté politique».
Daniel Nagliouck est décédé le 4 octobre 1963.
  • Note 1François Pelletan, lui aussi déporté à Auschwitz dans le même convoi a habité à cette adresse. C'est aujourd'hui un bâtiment moderne, siège d'entreprise, qui laisse penser qu'il a pu s'agir d'un hôtel en 1941.
Sources
  • Claude-Paul Couture, instituteur, auteur de «En Seine Maritime de 1939 à 1945» CRDP Rouen, 1986, correspondant du Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale. Echange de courriers avril 1992. Photo DR.
  • Fiche d’otage du 25 février 1942. Documents allemands, XLV-1942, CDJC, Paris.
  • Fichier national de la division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère dela Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en 1992.
  • Traductions (cassette audio) de Lucienne Netter, professeur d’allemand au Lycée Jules Ferry, Paris, 1990.
Biographie rédigée en septembre 2011, complétée en 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Lucien Penner retour d'Auschwitz, raconte...


Lucien Penner est déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942. Voir sa notice biographique : Penner Lucien.  Il survit dans ce camp jusqu'au 23 février 1944, date à laquelle il est transféré à Buchenwald. Le 26 octobre 1944, nouveau transfert à Neuengamme (sous-camp de Sachsenhausen). Puis retour à Buchenwald. Lucien Penner fait alors partie de la " Brigade française d'action libératrice " du camp de Buchenwald, qui participe à la libération du camp le 11 avril 1945.
L'Aube Nouvelle du 2 juin 1945
Montage photo
Dès son retour à Vanves, il prend contact avec la section communiste. Son témoignage très fort sur Auschwitz est publié dès les 2, 9 et 16 juin 1945 dans le journal local du Parti communiste, l'Aube Nouvelle, édition de Vanves, après celui de deux autres déportés de Vanves : Antoinette Besseyre, rescapée du convoi dit des "31.000" et Lucien Hamelin, rescapé de Buchenwald. Le journal ne publie  malheureusement pas de photo de lui comme pour ses deux camarades. Des 3 témoignages, c’est de loin le plus dur, le plus terrible dans sa simplicité descriptive. Nous l’avons appareillé de quelques notes pour en préciser certains aspects et apporter quelques corrections à certaines dates et chiffres inexacts.

Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon

Lucien Penner, retour d'Auschwitz, raconte...

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Plus heureux que mon camarade Hamelin (1) j'ai quitté le camp de Compiègne le 6 juillet 1942 à 5 heures du matin, seulement 50 par wagon complètement cadenassé, sans air, ni eau. 1200 patriotes Français partent pour le camp de la mort. Notre voyage dura cinq jours et cinq nuits sans ravitaillement (2). Juste une boule de pain et deux camemberts touchés au départ. Imaginez-vous, cinq jours, sans eau par une chaleur torride, partant dans une ville d'Allemagne. Quelques femmes de la Croix-Rouge allemande nous porteront de l'eau, mais nos gardiens qui étaient des gendarmes allemands, leur dirent que nous étions Juifs (3) et fracassèrent devant nous les quelques bouteilles qui auraient pu nous rafraîchir ; ce fut le commencement de nos misères.
Ensuite, ce fut l'arrivée au camp d'Auschwitz où j'ai passé 19 mois ; là nous attendaient les SS munis de matraques et revolvers au poing. Je n'étais pas encore descendu de mon wagon que notre premier camarade tombait abattu à coups de "schlague ", d'autres étaient inondés de sang, dents cassées, etc...
Puis ce fut l'entrée dans ce camp de la mort où 1100 de mes camarades ont été exterminés par les coups, la faim, le froid et aussi la chambre à gaz.
Dépouillés de tout, argent, bijoux, papiers, effets personnels, ce fut la désinfection. Rasés des iode à la tête, le saut dans la baignoire la tête en avant où un officier SS nous gratifiait de nombreux coups de cravache.
La première nuit, nous la passons dans une chambre à gaz, (4) nous ne nous en apercevons que le lendemain en voyant sortir les cadavres par la même porte où nous étions entrés la veille. Puis ce fut le départ pour le camp d'extermination (Birkenau).
L'Aube nouvelle 9 juin 1945
Montage photo
A notre arrivée, deux potences où pendent deux cadavres que deux hommes du même commando doivent faire tourner sans arrêt pendant deux heures, sans détourner les yeux, un SS étant derrière eux armé d'une trique. 
Nous ne pouvons en croire nos yeux tellement notre frayeur était grande, mais nous ne tardions pas à être fixés puisque le soir même un de mes camarades était abattu pour avoir fait tomber un brin de paille terre. Nous couchant dans de véritables niches à lapins en briques, 2 mètres de long sur 40 cm. de haut, avec très peu de paille, cinq hommes couchent la tête pendante de manière qu'on puisse en tuer quelques-uns selon le bon vouloir des SS. 
Pas d'eau pour se laver, pas de cabinets, celui qui sort la nuit est abattu. Nous mangeons à 20 dans la même gamelle, sans cuillère, puisque nous n'avons droit à rien, pas même un mouchoir, mais comme nous avons faim, nous ne regardons pas de si près.
Puis, c'est  la sortie des blocks, où 1200 français doivent sortir par une étroite porte et le départ pour l'appel et le travail ; nous voyons tous les matins sortir des blocks voisins du nôtre, 80 à 90 internés, morts sous les coups et la faim, dépouillés de leurs effets et leurs sabots par d'autres camarades. Pour partir au travail, nous montons sur les cadavres, et c'est l'arrivée sur le chantier. Ici, tout le monde travaille, hommes, femmes, enfants, celui-ci ne porterait-il qu'une brique pendant 10 mètres avant d'être abattu, les uns aux routes, les autres aux baraques et le plus terrible le canal, qui passe dans le camp, comblé par la suite avec cadavres et des pierres,
Des hommes travaillent dans la vase jusqu'à mi-corps, couverts des pieds à la tête d'un liquide verdâtre. De temps à autre un SS, pour s'amuser jette un homme dedans, si cet homme remonte à la surface, le SS armé d'une longue perche le maintient sous la vase jusque la mort s'ensuive, ou lassé de ce jeu, il abat une ou plusieurs femmes qui passent à proximité, et tous les jours, c'est ou 20 ou 30 camarades qui ne rentreront plus au block, abattus froidement au travail et qui iront grossir dans les chambres froides les tas qui alimentent les fours crématoires. Renseignements pris, la vie d'un homme israélite était de 15 jours, la vie d'un aryen un mois et demi. D'ailleurs, simple constatation sur le convoi d'israélites parti 15 jours avant nous, deux seulement étaient vivants à notre arrivée (5).
Et c'est l'affreuse mort de nos 1100 camarades livrés par Pétain-Laval aux hitlériens.
Pourtant août 1943 arrive, à cette date 117 (6) survivants. Notre situation change, alors que nous n'avons jamais écrit, nous avons le droit d'écrire à nos familles et de recevoir des colis. Peu de temps après, nous entrons dans un block spécial pour y être rapatriés, nous ne travaillons plus, on nous laisse pousser nos cheveux, et de dire entre nous ce que nous pensons des nazis. Ce block 11, où nous voyons journellement 300 patriotes Polonais fusillés sous nos yeux, des bébés fusillés sur les bras de leurs mères, l'on fusille d'abord l'enfant, le sang éclabousse la mère, ensuite c'est son tour, on alors prendre un bébé de six mois, arraché des bras de sa mère, le SS prend le bambin par une jambe et lui fracasse la tête contre le mur, ce sont des cris déchirants, où nous Français, assistons à ce massacre.
Le sang coule à pleins ruisseaux et une fois terminé, on nous oblige à aller à la promenade dans cette cour. L'odeur en est repoussante, ceci dura pendant plus de quatre mois. A la Noël 1943, nous apprenons que Pétain-Laval ont refusé de rapatrier 117 français et 50 de nos camarades femmes, déportés et envoyés à la mort par eux. Pétain, bien dorloté à Montrouge (7) a des comptes à rendre, car sur les « 45.000 » que nous étions, peu rentreront.
Je voudrais vous parler d'un autre Block, le 10, où 700 femmes cobayes servaient d'expérience à ces monstres. On y pratique surtout la fécondation artificielle. Journellement on voit sortir des cadavres.  
L'Aube Nouvelle, 15 juin 1945
Montage photo
La mort rôde partout dans ce camp, la pendaison, la fusillade, la faim, le froid, 30° en dessous de zéro, sans oublier les corps déchiquetés par les chiens et aussi la stérilisation pratiquée sur nos camarades israélites. Aucun soin dans ce camp, les malheureux qui, le soir vont à l'infirmerie sont assommés par les SS. Des Français ont été envoyés à la chambre à gaz pour avoir seulement un panaris ou un peu d'œdème : il fallait les voir ces Français, en chemise sur des camions, sachant qu'ils partaient à la mort, chanter la Marseillaise, comme l'ont chantée nos camarades femmes en arrivant (8).
Sept fours crématoires fonctionnent nuit et jour et n'arrivent pas à fournir. Pourtant il fallait 18 minutes pour brûler un être humain.
Buchenwald, où j'ai passé 14 mois (9). Camp très dur où 51.000 morts y ont été enregistrés, à Auschwilz, 5 millions (10) d'êtres humains y ont été exterminés.
Ce sera ma conclusion chers lecteurs, et je pense que tous les Vanvéens, avec les récits de mes camarades Besseyre (11) et Hamelin, vous serez d'accord pour réclamer le châtiment des criminels nazis et de leurs complices français. Union pour venger nos morts et nos martyrs et appliquer le programme du CNR.
Union pour clamer la mort de Pétain-Laval qui ont livré des milliers de patriotes aux nazis.
S'unir pour refaire une France libre, forte et heureuse.
Lucien Penner
Block 15 A N° « 45.962 »
Auschwitz 1942-1944.


Lucien Hamelin, 1945
Note 1 : Lucien Hamelin, né le 20 août 1920 à Vanves. Déporté à Buchenwald en janvier 1944. Il est libéré le 11 avril 1945. Son témoignage est publié dans « l’Aube nouvelle » édition de Vanves en mai 1945. Lucien Hamelin écrit dans son témoignage qu’ils sont entassés à 100 par wagons à leur départ de Compiègne, ce qui explique le début du récit de Lucien Penner « plus heureux que mon camarade Hamelin (…) seulement 50 par wagon ».
  • Note 2 : Comme plusieurs rescapés, Lucien Penner a surévalué la durée du trajet de Compiègne à Auschwitz, tant cette première épreuve leur fut pénible. Parti le 6 juillet, le convoi arriva à Auschwitz le 8 juillet. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
  • Note 3 : Le convoi du 6 juillet 1942 a été organisé par le service chargé de la déportation des Juifs de France (« Triangles rouges à Auschwitz »  page 52).
  • Note 4  : Il s'agit en fait du Block 13, qui n'était pas une chambre à gaz.
  • Note 5 : Lucien Penner évoque vraisemblablement le deuxième convoi de déportés Juifs qui est parti de Compiègne le 5 juin 1942, soit un mois avant le leur. Sur 1000 déportés, seuls 32 d'entre eux sont revenus (in Mémorial de la Shoah). Les "sélections" à la rampe directement vers la chambre à gaz ne commenceront que le 2 ou 3 juillet 1942. Les convois qui partent de Drancy pour Auschwitz en août 1942 sont de loin les plus meurtriers (de 1 à 5 survivants sur 1000 déportés). S’il s’agissait d’un des 3 autres convois partis les 22, 25, 28 juin de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande le nombre de rescapés, extrêmement faible est de 24, 51 et 35 sur un millier.
  • Note 6 : Le droit d'écrire leur est accordé le 4 juillet 1943. Ils sont 136 au début de l'entrée au Block 11 selon les recoupements opérés à partir de plusieurs témoignages.
  • Note 7 : Le maréchal Pétain est interné au fort de Montrouge du 28 avril au 23 juillet 1945.
  • Note 8 : Les déportées françaises du convoi du 24 janvier 1943 (les " 31.000 ") sont entrées dans le camp d'Auschwitz en chantant la Marseillaise (in « Triangles rouges à Auschwitz » page 216 et témoignage de Marie Elisa Nordman-Cohen in Roger Arnould « Les témoins de la nuit »"  page 202).
  • Note 9 : Lucien Penner est transféré à Buchenwald le 23 février 1944. Il est affecté au block 14. Le 26 octobre 1944, nouveau transfert à Neuengamme (sous-camp de Sachsenhausen). Puis retour à Buchenwald. Lucien Penner fait partie de la " Brigade française d'action libératrice " du camp de Buchenwald, qui participe à la libération du camp de Buchenwald le 11 avril 1945.
  • Note 10 : En 1945 les Soviétiques ont annoncé 5 millions de victimes à Auschwitz. C’est ce seul chiffre alors connu, que reprend Lucien Penner. Jusqu'en 1995 le nombre officiel de victimes d'Auschwitz était de 4 millions selon les autorités polonaises, dont 2 millions 700 000 Juifs, nombre inscrit sur le monument commémoratif de Birkenau depuis son inauguration en 1967. En 2017 le Musée d’Auschwitz estime qu’il y a eu entre 1 million cent et 1 million cinq cent mille victimes à Auschwitz. Ce chiffre est à rapprocher de celui de 1,13 million que Rudolf Hoess, commandant des camps d’Auschwitz-Birkenau, avance dans ses mémoires rédigées en 1946. 
  • Note 11 : Antoinette Besseyre, née le 7 juin 1919 à Quimperlé. Déportée à Auschwitz par le convoi du 24 janvier 1943. Elue conseillère municipale de Vanves en 1945, elle a témoigné dans deux numéros de « l'Aube Nouvelle », comme Lucien Hamelin et Lucien Penner.  
Antoinette Besseyre

MILGRAM Armand, Hersch ?


Notice biographique provisoire

L'appartenance d'Armand Milgram au convoi du 6 juillet 1942 n'est pas clairement établie car les informations recueillies amènent à s'interroger sur l'existence d'un ou de deux déportés portant ce nom. 
La présence de l'un d'eux dans le convoi d'otages juifs parti de Compiègne pour Auschwitz le 5 juin 1942 est indiscutable. 
Il s'agit de Milgram Hersch dit Armann, né le 1 mai 1898 à Zydlowiece ("Russie") actuellement situé en Pologne), mort le 27 juillet 1942 à Auschwitz (Journal officiel) JO1995p18496-18502Le site du Musée d'Auschwitz mentionne qu'il y est immatriculé sous le numéro "38 795". Celui du Mémorial de la Shoah indique son nom (Armand Milgram), la date de sa déportation et son adresse au 98 bd Blanqui à Paris 13ème

Par ailleurs, on trouve un "Armand Milgram 1896" sur une des listes de la FNDIRP, établies après-guerre à partir des renseignements fournis par les familles des disparus et les souvenirs des rescapés du convoi du 6 juillet 1942
Une fiche individuelle lui est consacrée au "fichier national" de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC) à Caen. 
Celle-ci indique : "Armand Milgram Hersch, né le 5 décembre (ou mai) 1896 en Russie. Juif. Communiste. Tailleur. Marié, père de deux enfants. Arrêté le 27 avril 1942. Déporté en juillet 1942. 98 boulevard Blanqui Paris 1ème." 
Il existe une place vacante dans la série des M dans liste alphabétique reconstituée des Juifs du convoi. 


Ainsi, s'il existe des renseignements similaires pour les deux déportés (mêmes nom et prénoms et même adresse) qui peuvent laisser croire qu'il s'agit d'une même personne, d'autres éléments plaident pour l'existence de deux personnes différentes. L'adresse identique ne posant pas problème : il y a 2 autres déportés du nom de Milgram qui sont domiciliés à cette adresse, qui est celle d'un immeuble de plusieurs étages du 13ème arrondissement : celui de Faiga, Zelda Milgram, née Milgram en 1898 à Szydlowice (peut-être épouse comme indiqué sur la fiche au DAVCC ou une sœur à cause du même nom de naissance) et celui d'Adolphe Migram, né le 15 décembre 1912 à Paris.
Dans l'éventualité de l'existence de deux déportés différents, on peut reconstituer ainsi la déportation d'Armand Milgram, né le 5 décembre 1906, après son arrestation le 27 avril 1942. Cette date est à rapprocher de celle du 28 avril 1942 correspondant à une grande rafle de communistes effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Celle-ci avait été ordonnée à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Armand Milgram aurait fait vraisemblablement partie des 387 militants (communistes, syndicalistes) arrêtés le 28 avril 1942. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police de poursuivre une activité clandestine.
Remis aux autorités allemandes à leur demande, Armand Milgram est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il aurait été déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Armand Milgram est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Après l’enregistrement, il aurait passé la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet, il aurait été interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, comme vraisemblablement Armand Milgram, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il aurait été affecté à cette date. 
Dessin de Franz Reisz, 1946
On ignore également sa date de décès.

Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiches individuelles consultées en octobre 1993.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P). 
  • "Décédés du convoi de Compiègne 6/7/1942". Classeur Auschwitz 1/19, liste n°3 (Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Sterbebücher von Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). Site du Musée d'Auschwitz.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie installée en août 2015, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Les « 45000 » Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.