L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Le bombardement du camp de Compiègne, dans la nuit du 23 au 24 juin 1942



Le camp de Royalieu à Compiègne.
A 1 heure 30 du matin le camp est bombardé par un ou deux avions, très vraisemblablement allemands bien qu'ils n'aient pas été identifiés. 
Le bombardement se produit deux jours après l’évasion, dans la nuit du 21 au 22 juin, par un souterrain de quarante mètres de 19 responsables et militants communistes . Lire dans ce blog : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.

Punitions et représailles

Henri Gaget : « A la suite de cela nous nous demandions ce qui allait nous arriver. Comme sanction, nous eûmes suppression du théâtre, des cours, conférences, jeux, sports, des pelles, réchauds etc… Le courrier fut limité à une lettre et deux cartes par mois. On nous fit déménager à nouveau du bâtiment 6 et loger 52 par chambre, où il doit y avoir 16 soldats ».
André Poirmeur : « Compiègne 1939-1945 », Telliez 1968, page 128 : « Le lendemain Jaeger déchaîné lança ses chiens sur la piste des fuyards, sans succès. Des généraux dont von Stulpnagel et un état-major d'officiers nazis vinrent enquêter sur place étant donné la personnalité des évadés et furent stupéfaits par le magnifique travail accompli. Le Kommandant Pelzer et le Feldwebel jurèrent qu'on ne les y prendrait plus et infligèrent des sanctions rigoureuses à l'ensemble des internés considérés comme complices : trois heures de marche par jour dans le camp, mise au secret, brimades de toutes sortes furent leur lot pendant plus d'un mois ».

Témoignages sur le bombardement du camp

La probabilité de représailles à l’évasion des 19 - elles sont annoncées sans en préciser la nature par le commandant du camp, et on sait que l’armée allemande est coutumière de ces actes - est étayée par la précision du bombardement (notes 2 et 3) et les deux informations suivantes : sur les 14 bombes comptées par Henri Gaget , 13 sont tombées sur le camp des politiques, dont une a retardement, ce qui fait du camp A la cible principale et ont endommagé deux bâtiments (A3 et A5) faisant des blessés parmi les internés, dont Télesphore Lalouette et Gaston Vergne
Une seule bombe a touché le camp anglo-saxon. Elle est tombée sur les bâtiments B5 et B6, faisant trois morts et de nombreux blessés.
Par ailleurs, dans l’hypothèse (rarement retenue) où il aurait pu s’agir d’un bombardement anglais, il convient de souligner que les bombardements menée par la RAF en France en 1942 visent essentiellement des nœuds ferroviaires et des usines travaillant pour l’armée allemande.
Le bombardement des usines Renault des 3 et 4 mars 1942 est de plus suivi deux jours plus tard d’un lâcher de tracts qui mettent en cause les productions de chars réalisées à Billancourt et livrées aux Allemands, et annoncent la destruction de toutes les usines travaillant pour le Reich.

Exceptées les citations du livre d'André Poirmeur, tous les témoignages proviennent des futurs déportés du convoi du 6 juillet 1942.

André Poirmeur écrit (« Compiègne 1939-1945 », Telliez 1968, p. 119) « Des avions inconnus (mais chacun était convaincu qu’ils étaient allemands et usaient de représailles au lendemain de la fameuse évasion des 19 communistes) larguèrent dans ce secteur anglo-saxon vers deux heures du matin, plusieurs bombes qui endommagèrent les bâtiments B5 et B6 ».

André Poirmeur (id. page 128) : « La nuit suivante, un avion inconnu larguait à basse altitude ses bombes sur le camp qui endommagèrent les bâtiments B1 et B2. Les internés ne bougèrent pas. Par expérience. Ils s'étaient persuadés qu'il s'agissait de représailles et que des gardes-chiourmes les attendaient à la sortie pour les massacrer. Vraisemblablement ».
Marcel Cimier : « Les recherches pour les retrouver restèrent vaines. Aussi les allemands se vengèrent-t-ils » (…) « En pleine nuit, il était à peu près une heure du matin, tout le monde dormait, nous fumes littéralement arrachés, soulevés de notre lit par une série d’explosions ».
André Poirmeur mentionne deux morts, deux américains (William Johnson et Edward Nitting), tout comme Pierre Monjault  qui raconte le bombardement «de la part des Allemands, qui fit deux morts ».
Marcel Cimier « deux américains trouvèrent la mort et plusieurs autres furent blessé » et
René Maquenhen « dans le camp américain, il ne tomba qu’une seule bombe qui fit deux victimes ». Mais René Aondetto et Maurice Foubert ont donné le chiffre de trois morts dans des écrits contemporains de l’évènement, ainsi que Mlle Pourvoyeur, assistante de la Croix Rouge, dans une lettre à Mme Varenne, le 25 juin 1942 (fonds Georges Varenne, MRN Champigny). Henri Gaget  écrit également "Il y eut deux morts et des blessés, dont un mourut le lendemain ». Lettre jetée du train le 6 juillet 1942, voir ci-après.
Lucien Colin dans le journal qu’il tient au jour le jour entre le 9 mai et le 4 juillet a relaté l’évasion et le bombardement. « à 1 heure ce matin, réveil en sursaut. Un chapelet de bombes tombe pas loin. Une heure plus tard une autre explosion. Réveil à 6 h 30. Nous apprenons que le camp a été bombardé : chez les américains, une bombe sur le B5 3 morts et 5 blessés. Chez nous entre le A3 et le A4, une bombe assez grosse, à retardement qui a explosé une heure après être tombée. Une bombe sur le A3. 2 blessés chez nous ».
Henri Asselineau  transféré de Fontevrault par le train le lundi 21 juin 1942, arrive à Compiègne le mardi 22 juin à 11 heures. Le jour même où a lieu la fameuse évasion par le tunnel de militants et de dirigeants du Parti. Il connaît le bombardement de représailles du surlendemain matin qu’il mentionne ainsi dans sa première carte à son épouse : un «brutal réveil».
Georges Varenne selon le témoignage de Mlle Pourvoyeur, assistante de la Croix Rouge  «est sorti indemne, alors que sa fenêtre a été arrachée et que tout a croulé autour de lui. Retiré brusquement de son sommeil, il a porté vivement secours à ses camarades blessés et les a transportés à l’infirmerie».
C’est  Henri Gaget qui a relaté de façon la plus précise le bombardement : « Dans la nuit du 23 au 24, nous fûmes réveillés par une explosion formidable après avoir entendu un avion. Celui-ci venait de lâcher 14 bombes sur le camp. Le lendemain matin, c’était beau ! Il n’y avait plus une vitre et les bâtiments étaient dans un drôle d’état, surtout le A3 et le A4. Une bombe à retardement avait explosé 1 heure et demie après le bombardement et crevé les canalisations d’eau et le courant. Dans notre camp 13 bombes étaient tombées. Par une chance inespérée, il n’est est tombé qu’une sur le bâtiment A3 et le A4, les autres sur le terrain. Il n’y eut que quelques blessés légers. Il n’en fut pas de même pour le camp américain, voisin du nôtre, où la seule bombe tomba sur un bâtiment et explosa dans une chambre. Il y eut deux morts et des blessés, dont un mourut le lendemain. Ce bombardement aurait pu être terrible et c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu plus de morts ».
Marcel Cimier a écrit quatre pages dactylographiées sur le camp de Compiègne, dont deux pages sur l'évasion des 19 et le bombardement du camp. Il a compté 12 bombes et donne des précisions sur leur calibre. « Des séries de petites bombes qui s’emploient contre l’infanterie avaient été lancées et avaient fauché l’herbe telle que l’aurait fait une faucheuse à gazon ». Il mentionne plusieurs autres grosses bombes. « Dans notre camp, deux bombes de fort calibre tombèrent sur un bâtiment, mais explosant sur une poutre en fer à hauteur du plafond ne causèrent que des dégâts matériels. La seconde de cinquante kilogrammes au moins, avait explosé entre deux bâtiments, c’était celle à retardement dont nous avons entendu la détonation vingt minutes plus tard. Un entonnoir de 3 mètres cinquante rempli d’eau se dessina entre ces deux bâtiments, une chose miraculeuse nous avait protégé car nous n’avions à déplorer que deux blessé superficiels » De ce bombardement est attribué par la presse locale collaborationniste à la RAF, il écrit " mais aucun de nos camarades ne se méprit sur l'auteur de cet attentat criminel. Les allemands devaient être furieux d'avoir raté leur coup ! ". En fait un seul parmi les témoignages des 45.000, Maurice Foubert, pense qu’il s’agit d’un bombardement anglais (3).
René Besse in « Mille et neuf jours » les ardents éditeurs, p.101 : « Pour finir le camp reçut un chapelet de bombes lâchées en représailles deux nuits après ».
René Maquenhen raconte le bombardement de représailles après l’évasion : "Nous ne savons pas encore si c’est par réprimande, un avion est venu nous arroser de bombes. Nous en avons compté douze. Quelques unes tombèrent sur les bâtiments (…) et ce fut une vraie défaite (pour les Allemands) car cela aurait pu être pire. Dans le camp américain il ne tomba qu'une seule bombe qui fit 2 victimes" (1).
René Bordy : (lettre du dimanche soir 5 juillet, jetée du train le 6) : « Nous avons été bombardés, c’est incroyable : il y aurait dû y avoir cinq cent morts, il n’y en a eu que 4 ».

Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon.

Note 1 : « L’évasion fait grand bruit dans le camp et à l’extérieur. Le général Von Stülpnagel, commandant militaire en France, vient enquêter et annoncer des mesures de représailles » (p. 13 du Livret réalisé par le Service Départemental de l’Oise de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre), et Poirmeur page 128.
Note 2 : Il y a 24 baraques de 60 mètres de long et 15 mètres de large, qui s’alignent selon un plan en « U ». La Luftwaffe utilise 3 aéroports de l’Oise en 1942 (Gouvieux, Creil et Persan-Beaumont) tous trois situés à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Compiègne, ce qui pourrait expliquer la trajectoire diagonale des impacts sur les bâtiments A3-A5 et B5-B6.
Note 3 : Concernant les bombardements et mitraillages aériens de l’année 1942 dans l’Oise, la Société Archéologique et Historique de Clermont-en-Beauvaisis les a recensés (Jean Alfroid, compte rendus SAHC in BNF Gallica). Il y a eu 24 bombardements et 14 mitraillages. Ils sont tous attribués à la RAF, excepté celui du 24 juin : «un avion de nationalité inconnue jette des bombes sur le camp de Royallieu, il y a trois morts et quatre blessés » (1 232 W 3006). Le même jour la RAF a bombardé un nœud ferroviaire important à Abancourt au sud-ouest d’Amiens.
« Au cours de 1942, les bombardements de l'Oise n'ont été exécutés qu'avec de faibles moyens, un ou deux avions, cinq ou six tout au plus, volant généralement à basse altitude. Peu de bombes lancées ; souvent quelques unités, au maximum 30 à Garnies, dans l'ensemble des bombes de petits calibres. Les usines de la Salpa à Pont-Ste-Maxence inaugurent la série le 2 avril avec une bombe. Les usines de St-Gobain à Rantigny, la Salpa et la Papeterie à Pont-Ste-Maxence, la Nourylande à Venette, la Cartonnerie Chouanard à Etouy, la Sucrerie de St-Just-en-Chaussée, reçoivent quelques bombes occasionnant très peu de victimes et encore moins de dégâts. Les voies ferrées sont plus particulièrement visées à Cannes le 2 mai ; à Abancourt, noeud ferroviaire important, les 24 juin et 31 juillet. Mitraillage de train et locomotives à Abancourt, Rivecourt, Crèvecœur-le-Grand, Breteuil, Saintines, etc ». 

Le camp de Choisel. Hommage aux internés et fusillés. Les photos de Maurice Guy


Neuf internés au camp de Choisel-Châteaubriant sont déportés à Auschwitz, dans le convoi du 6 juillet 1942. Lire dans ce blog l’article «  Du camp de Choisel à Auschvitz, via Compiègne ».  
Maurice Guy à Choisel

L’un d’eux, Maurice Guy fait parvenir à son épouse une série de photos et de négatifs pris au camp de Choisel et sur lesquels figurent des internés qui seront fusillés le 22 octobre 1941 ou plus tard, comme Pierre Rigaud, le 7 mars 1942, ou encore déportés. Ces documents été transmis à son petit-fils.
Camp de Choisel. Photo légendée par Maurice Guy
Si deux photos - légendées de sa main au verso (ci-contre et ci-dessous) -, sont identiques à la collection de Daniel Tamanini publiées par l'Amicale de Châteaubriant, d’autres semblent totalement inédites (il s’agit en effet de négatifs à partir desquels Olivier Guy a réalisé des tirages). 
Au verso de la première photo (1), Maurice Guy a mentionné les noms de 14 internés au camp de Choisel à l’été 1943. Il a connu la plupart d’entre eux à Gennevilliers, à Fontevraud ou à la maison centrale de Clairvaux. Avec une accolade, il indique que 6 de ses camarades ont été fusillés à Châteaubriant ou à Compiègne. 
1. Jean Grandel, 50 ans, employé des PTT, maire communiste de Gennevilliers, conseiller général communiste de la Seine, secrétaire de la Fédération postale de la CGT. Maurice Guy, conseiller municipal de Gennevilliers depuis 1934, a milité avec lui.
2. Guy Môquet, 17 ans, fils de Prosper Môquet. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941. Il refuse que ses camarades intercèdent en sa faveur en raison de son jeune âge. « Je suis communiste autant que toi » déclare-t-il au docteur Ténine.
3. Jean-Pierre Timbaud, secrétaire de la Fédération des Métaux CGT de la Région parisienne. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941.
4. Maurice Ténine, conseiller municipal communiste de Fresnes. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941.
5. Victor Renelle, ingénieur-chimiste, chef de laboratoire, syndicaliste sans-parti, créateur du syndicat des techniciens des industries chimiques. Interné à Clairvaux, puis à Choisel.. A Châteaubriant il refuse une libération qui aurait comme condition de devoir travailler pour les Allemands. 
6. Pierre Rigaud, secrétaire de Maurice Thorez, transféré de Clairvaux à Châteaubriant, puis au Frontstalag 122 à Compiègne, où il est fusillé le 7 mars 1942.

Les noms des 14 internés connus de Maurice Guy
Les 8 autres internés.

7. Maurice Simondin : ouvrier tourneur ; secrétaire des Jeunesses communistes de Gennevilliers en 1939. Transféré à Voves, il est responsable du bâtiment des douches. C’est de là qu’est creusé un souterrain de 130 mètres de long. Dans la nuit du 5 au 6 mai 1944, il s’évade en compagnie de quarante et uns autres internés. Secrétaire de la section du PCF de Gennevilliers de 1945 à 1955 ; conseiller municipal puis adjoint au maire de Gennevilliers (Le Maîtron).
8. Guérino Scolari : « Rino », militant communiste, tourneur, interné à Clairvaux, puis à Choisel, est transféré au camp de Voves d’où il s’évade avec deux autres internés en chloroformant le gendarme qui s’occupait des cochons le 10 février 1944.
Il reprend immédiatement contact avec les FTPF et devient successivement chef de détachement, de bataillon, de région. Le 17 juin 1944, homologué Lieutenant-colonel par le Général Koenig (sous le nom de Colonel Froger), il fait partie de l’Etat-major du Colonel Rol-Tanguy et joue un grand rôle dans l’organisation de l’insurrection parisienne.
9. Roger Sémat : un des plus jeunes internés communistes, avec Guy Môquet avec lequel il s’est lié d’amitié.
10.Jean Mercier : militant communiste de Clichy-la-Garenne. Parain de Guy Môquet, qui le cite dans ses lettres d’adieu, il fut maire de Clichy à la Libération, jusqu’en 1947. Conseiller général jusqu’en 1959.
11. Jean Martin : Militant communiste de Choisy-le-Roy. Déporté au camp de Neitzweiler-Struthoff le 24 janvier 1943. Rescapé.
12. Le Naourès : Il est peut-être le frère ou l’époux de Marie Le Naourès, de Limeil- Brévannes, incarcérée en juillet 1942 à la prison, décédée des suites des mauvais traitements peu après sa libération, en 1945.
13. René Sentuc : chauffeur de taxi, militant syndicaliste CGTU, militant communiste. Conseiller municipal de Malakoff de 1929 à 1940. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, il est transféré au camp de Voves, d’où il s’évade en 1943. Repris, il s’évade à nouveau, le 6 mai 1944. Commissaire (capitaine Bernard) d’un effectif FTPF dans la région Paris-Sud, il est muté ensuite à l’état-major du colonel Fabien. Il devient vice-président du comité local de Libération de Malakoff et 1er  adjoint au maire en mai 1945. Secrétaire de la section locale du PC. Réélu en 1948, 1953 et 1959, mandats durant lesquels il assuma des fonctions d’adjoint, puis en 1965. 
14. Auguste Pioline : Membre du Parti communiste depuis 1936, il fut arrêté le 30 août 1940 pour avoir distribué des tracts devant son usine. Interné à la prison de la Santé jusqu’en octobre 1940, libéré au bout de neuf jours puis repris le 9 novembre 1940. Transféré dans les camps d’Aincourt, de Fontevrault, de Clairvaux, de Châteaubriant, de Voves, de Pithiviers, de l’Ile de Ré et enfin de La Rochelle, il parvint à s’évader le 15 mai 1944. Il fut arrêté le 15 juin 1944 à Saint-Germain-de-Prinçais (Vendée) et déporté vers l’Allemagne, à partir de Compiègne, le 2 juillet 1944. Il arriva au camp de Dachau le 5 juillet 1944 où il est libéré le 11 mai 1945. 

Une deuxième photo légendée par Maurice Guy est signée par 7 survivants le 20 décembre 1941 en hommage aux fusillés. 



Elle est prise à l'occasion de la finale du tournoi d'échecs organisé au camp de Choisel en septembre 1941.

Rangée du haut : 
Laroubine, Legeay, Dolly, Dumoulin, Pourchasse, Môquet, Thoretton, Auffret, Feld, Robin.
Rangée du milieu :
Guy, Leguy, Granet, Tibet, Leseul.
Rangée du bas : 
Chevroton, Michels, Scolari, Le Hen,Ténine.

Les fusillés

1. Charles Michels : syndicaliste de la Fédération unitaire des cuirs et peaux CGTU dont il devient secrétaire en 1929. À ce titre, et également comme dirigeant de la FSGT. Militant communiste, député du 15ème arrondissement à Paris,
2. Maurice Ténine : conseiller municipal communiste de Fresnes. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941.
Photo signée par 7 internés en hommage aux fusillés
Nous avons reconnu les signatures de Maurice Guy, Adolphue Legeay, Louis Dolly, Robin, Rino Scolari et Le Hen.
3. Désiré Granet : adhérent des Jeunesses communistes. En 1927 secrétaire de rayon. Syndicaliste, il dirige en 1936 les grèves à Vitry. Il écrit dans sa dernière lettre : « Nous sommes ici vingt-sept qui, dans un instant, seront exécutés ; leur courage à tous est magnifique ».
4. Henri Pourchasse : Métallurgiste, secrétaire adjoint du syndicat de la section technique des machines à la Ville de Paris, secrétaire de la cellule communiste de l’usine des Eaux où il travaillait. Arrêté à la fin août 1939, condamné à trois mois de prison puis mobilisé jusque en juillet 1940. Le 20 janvier 1941, à nouveau arrêté pour reconstitution illégale d’un syndicat CGT à son lieu de travail, la Compagnie des Eaux. Incarcéré à la Santé puis interné au camp de Châteaubriant, il est fusillé le 22 octobre 1941.
5 : Guy Môquet : 17 ans, fils de Prosper Môquet. Interné à Clairvaux, puis à Choisel, fusillé le 22 octobre 1941.
6. Jules Auffret : Maire-adjoint de Bondy de 1935 à 1939. Conseiller général de Noisy-le-Sec. Secrétaire général de la région communiste de Paris-Est (1937-1939).
Arrêté le 18 décembre 1939, emprisonné, il est transféré au camp de Châteaubriant le 15 mai 1941. Il est fusillé le 22 octobre 1941.
7 : Georges Thoretton, 27 ans, ajusteur d’aviation. Militant communiste.  Arrêté le 20 janvier par des policiers d’Asnières, comme « meneur communiste actif » et interné à la maison centrale de Clairvaux. Georges Thoretton  est transféré au camp de Châteaubriant le 14 mai. Il est fusillé le 15 décembre 1941.

Les autres internés de la photo (en cours de recherche) : 

Legeay Adolphe.  Transféré à Voves, il s’en évade le 15 août 1942 caché dans une malle en osier. Le 25 août, il rejoiint les FTP.  Chef de détachement à partir d’octobre 1942, il devient en juin 1943, commissaire aux effectifs pour l’Ile de France. Il dirige aussi le détachement « Alsace-Lorraine ». Il organise plusieurs actions parmi lesquelles le 2 octobre 1943, Porte d’Italie, l’attaque d’un autobus SS, le 5 octobre, place de l’Odéon, l’attaque d’un détachement allemand qui se solde par une vingtaine de morts et blessés ou encore le 8 octobre 1943, l’attaque d’un restaurant allemand au coin de la rue de l’Étoile. Nommé commandant en décembre 1943 par le comité militaire national des FTP, il est blessé et arrêté au cours d’une opération suivie d’un affrontement avec les hommes des Brigades spéciales le 7 mars 1944 à la gare de Nogent-le Perreux. Livré aux Allemands, torturé, il doit être transporté à l’hôpital de la Pitié d’où il tente de s’évader. Transféré à Fresnes, il est condamné à mort par un tribunal militaire allemand le 19 mai 1944. Conduit au camp de Compiègne, il est déporté vers Neuengamme. Évacué au moment de la Libération vers Lubeck, il s’évade avant le bombardement par les Alliés des navires où étaient entassés les déportés. Il  est libéré en mai 1945 par les Britanniques (Le Maitron). 
Laroubine Camille :  Arrêté 5 octobre 1940. Interné à Aincourt, Choisel puis Voves le 7 mai 1942. Le 18 novembre 1943 il fait partie de l'important convoi d'internés (711) dirigés sur Pithiviers. Il est décédé le 21 mars 1994 à l’âge de 98 ans. (Arbre généalogique de Tarragona).
Dolly Louis : Electricien. Militant communiste . Maire-adjoint de Villejuif avant guerre. Résistant, interné à Choisel. transféré à Voves puis au camp de Pithiviers d’où il s’évade. Quatre de ses tentatives d’évasion avaient échoué dans différents lieux. Trois mois de travail lui permirent de creuser un souterrain de dix-huit mètres et de rejoindre la Résistance active le 14 mars 1944. A la libération il devient maire de Villejuif, remplaçant Georges Lebigot, déporté et mort à Auschwitz.Conseiller général de 1953 à 1973 (Le Maitron)..
Dumoulin Charles : Typographe. Chargé de l’impression et distribution de tracts clandestins, collage d’affiches, du recrutement et de l’organisation des Comités populaires et de chômeurs. Arrêté le 5 octobre 1940 à Paris 4ème. Interné à Poissy, Aincourt, Châteaubriant, Voves, Pithiviers, La Rochelle. Evadé du camp de La Coubre le 18 août 1944. Il est décédé le 8 janvier 1984 à Toulon (Amicale de Châteaubriant-Rouillé-Voves) .
Tibet Joseph :  Militant communiste de Chaville, résistant emprisonné pour son action fut ensuite conseiller municipal de Chaville (Le Maitron).
Leseul : Il s'agit peut-être de Fernand Leseul qui, en janvier 1937, était le secrétaire général de l’Union locale CGT de Gaillon.

Le Hen Pierre : né le 27 novembre 1894 à Inguiniel (56), ancien de 14/18, dirigeant de la section du PCF de Limeil, est arrêté le 13 octobre 1940. Interné aux camps d’Aincourt, de Châteaubriant et de Voves, il est déporté depuis le camp de Compiègne à Neungamme le 21 mai 1944. Il meurt au camp le 19 juin 1944. (Limeil Brévannes, son histoire, avenue Pierre et Angèle Le Hen, page 32).
Nous n'avons pour l'instant pas trouvé d'information concernant Robin, Leguy, Leseul, et Chevroton

Camp de Choisel. Maurice Guy à Gauche, en short.
Une autre photo, non légendée, a été transmise à l'épouse de Maurice Guy. Il y figure à gauche de l'image, en short. 

Le défilé
Défilé Burlesque / négatif Olivier Guy
Défilé burlesque / négatif Olivier Guy

Les photos suivantes montrent un défilé burlesque. Les « spectateurs », des internés, sourient. Fernand Grenier qui s’évadera le 18 juin 1941, dans son livre « C’était ainsi » explique l’origine de ces manifestations festives dans le camp.
Il raconte l’installation des internés après Fontevraud et Clairvaux (à partir du 15 mai 1941) : « Le camp ne fonctionne que depuis peu et le commandant, un capitaine de la coloniale est débordé. II dispose d’assez de gendarmes pour assurer les gardes, les rondes, la surveillance… Par contre, l’ensemble du personnel civil qui lui est dévolu pour assurer les services intérieurs ne dépasse pas dix personnes ; force lui est de faire appel aux internés eux-mêmes pour suppléer à l’insuffisance de ses effectifs.
Vous désignerez, dit-il dès l’abord, un responsable par baraque. Il demande si nous serions capables d’organiser nous-mêmes la cuisine, les réfectoires, la buanderie. Devant notre réponse affirmative : Bien ; je vous remets en bloc vos rations, vous faites la cuisine et vous la distribuez vous-mêmes. Et le tout sera à l’avenant (...)
Défilé à Choisel
Défilé à Choisel
Rapidement l’organisation est au point Dans chaque baraque, on a désigné le tour de rôle des « hommes de corvée » (…) Les détails « sont examinés, discutés, mis au point par des groupes de camarades s’occupant spécialement de telle ou telle question : éducation politique et culture générale (l’organisation des cours et des conférences), santé (visites, soins, organisation de l’infirmerie), sports (séances matinales de culture physique, formation d’équipes), ravitaillement (menus quotidiens, organisation de la cantine), loisirs (organisation de fêtes, création d’une société de « bigophones », d’une chorale), etc.
Nous ignorons pour l’instant la date de cette fête : les vêtements laissent plutôt penser à l’hiver (on note un cache-nez et plusieurs internés ont les mains dans les poches).
  • Note 1 : Cette liste de noms n’a pu être écrite qu’au camp de Compiègne et après la date du 7 mars 1942, étant donné que Maurice Guy qui a été transféré à Compiègne le 7 février 1942 a indiqué en face du nom de Pierre Rigaud la mention « fusillé ». Or, c’est le 7 mars que Pierre Rigaud est fusillé à Compiègne.
Sources
  • Photos : archives (photos, lettres) de la famille Guy, transmises en octobre 2016 par son petit-fils, M. Olivier Guy (septembre et octobre 2016).
  • Amicale de Châteaubriant-Rouillé-Voves. Biographies.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2016.
Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon (octobre 2016)

BLOCH Lucien

Lucien Bloch est né le 28 juin 1908 à Haguenau (département du Bas-Rhin), alors Hagenau en territoire allemand annexé en 1871 (1).
Il est le fils d'Anna Strauss et de Léon (2) Bloch, représentant de commerce, son époux.
En septembre 1939, ses parents qui habitent au 10 rue des Bonnes gens à Strasbourg, sont évacués d’Alsace pour Bergerac, en Dordogne, au 13 rue Candillac, chez madame Rosenstein. Bergerac se situera en "zone libre".
Lucien Bloch, domicilié avant guerre à Strasbourg au 10 rue des Bonnes gens, habite à Bordeaux au moment de son arrestation, au 44 rue Mauville chez madame Laroche. Il a été embauché le 1er février 1939 comme maître d'hôtel à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac (attestation du 31 décembre 1940).
Le 28 juin 1940, l'armée allemande entre dans Bordeaux, ville ouverte, et le 29 le gouvernement français quitte Bordeaux et part s'installer à Vichy. Les départements de la côte atlantique font partie de la zone occupée.  En juin 1941, le deuxième statut des Juifs est promulgué. Le 20 juillet 1941, Lucien écrit à ses parents : "suis sans travail. Ai envoyé un mandat de 500 F". Début août 1941, Lucien effectue un voyage à Paris pour chercher du travail. Il écrit à son père (le 4 août) :"Depuis quelques jours à Paris pour chercher du travail. Rencontré beaucoup d'Alsaciens bien installés. Vais faire des démarches pour rentrer en zone libre".
Selon son père et sa fiche au DAVCC (3), Lucien Bloch est arrêté le 22 septembre 1941 à 10 h 15 à Castillon-sur-Dordogne (aujourd'hui Castillon-la-Bataille en Gironde), pour avoir tenté de franchir la ligne de démarcation (le poste frontière qui sépare la zone occupée de la zone libre est situé sur le pont franchissant la Lidoire à Castillon). Il est condamné à 8 jours d’emprisonnement et une amende par le Haupptmann Kreiskommandant de Mérignac et est écroué à Libourne le 23 septembre. Il est libérable le 2 octobre 1941 à 10 h. Mais à cette date, il est interné au camp de Mérignac-Beau-Désert (4) selon sa fiche au DAVCC.
Son père multiplie les démarches pour obtenir des nouvelles de son fils, auprès du Kreiskommandant de Bordeaux en Schriftdeutsh (langue allemande), le 14 octobre, puis auprès du maire de Bordeaux le 23 octobre et le 1er novembre, en Schriftdeutsh à la Kreiskommandantur du fort du Hâ. Cette lettre lui est retournée avec « mention inconnu ». Le 4 novembre il écrit à M. Cohen grand Rabbin à Bordeaux pour lui demander un signe de vie « de notre malheureux fils ». Le 5 novembre à Pierre Pucheu, ministre secrétaire d’Etat à l’Intérieur pour lui demander un signe de vie « de notre seul et pauvre fils ». Le 6 novembre 1941, le chef du secrétariat particulier du Ministre de l’Intérieur écrit à Léonce Bloch « pas de sanction très sévère, détention et amende ».
Deux autres habitants de Bordeaux déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942, Louis Abel et Robert Levillon, arrêtés pour motifs politiques (l’un Louis Abel pour aide au passage de la ligne de démarcation et l’autre Robert Levillon pour propos anti-allemands) furent eux aussi internés à Mérignac-Beau-Désert (et au Fort du Hâ), puis transférés à Compiègne mais à des dates différentes.
A la demande des autorités allemandes, Lucien Bloch est transféré au camp allemand de Royalieu à Compiègne (Front Stalag 122) en vue de sa déportation comme otage. Il arrive à Compiègne le 9 mai 42 où il reçoit le matricule « 5526 ». Il écrit à son père qu'il a retrouvé des Alsaciens. Il cite le nom de Sommer qui sera déporté avec lui
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
à Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Lorsqu'il a connaissance de son départ en déportation, il prépare une carte - lettre affranchie adressée à son père. Comme de très nombreux déportés du convoi, il jette sa carte sur le ballast depuis le train qui les emmène en déportation : ramassée et postée sans doute par un cheminot, le tampon de la poste est daté du 6 juillet 1942. Lire dans le blog Les lettres jetées du train par les déportés.
Carte-lettre jetée le 6 juillet 1942, cachet de la poste

Lettre du train
On y lit : "Je pars en déportation en Allemagne. Penserai toujours à vous et bon courage et le moral est bon. Lucien". Il a ajouté : "merci pour la personne qui trouvera ce mot". 
Lucien Bloch est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942, Lucien Bloch est immatriculé à Auchwitz : sur la liste du convoi que j'ai  reconstituée, composée de 4 listes alphabétiques, il existe trois possibilités. Soit le matricule « 45 258 » (première liste des otages politiques), soit le « 46 220 » (deuxième liste des otages politiques). Sur la liste des 50 Juifs du convoi déportés en tant que tels, les seuls numéros non identifiés dans les « B », le placeraient après Chaim Blumenfeld. Toutefois une mauvaise transcription de son nom reste possible. Voir dans le blog la Liste des déportés juifs du convoi
Dessin de Franz Reisz, 1946
Son matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal.  Ils sont interrogés sur leurs professions le 13 juillet : les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et sont ramenés à Auschwitz I (approximativement la moitié), les autres restent à Birkenau où ils sont employés pour le terrassement et le montage des baraques.
En mars 1943, il écrit à son père par l'intermédiaire de l'UGIF(5).  Son acte de décès transmis à Strasbourg en 1947 porte la mention « décédé à Auschwitz-Birkenau » en octobre 1944. Toutefois selon le témoignage effectué devant notaire par un ancien déporté d'Auschwitz, Jean Scheller, mécanicien à Wolfisheim, qui l'a bien connu dans l'un des camps d'Auschwitz (Birkenau-Ost est-il écrit) à l'été 1943 et 1944, Lucien Bloch est transféré depuis Auschwitz avec un groupe de 180 déportés en octobre 1944 pour une destination inconnue... Jean Scheller ajoute : « et les gardiens ont déclaré que toutes ces personnes ont été assassinées » (Umgelect). La date du certificat de décès de 1947 correspondrait alors à la date de ce départ. Lire dans le blog : Les 45000 pris dans le chaos des évacuations (janvier-mai 1945) et Itinéraires des survivants du convoi à partir d'Auschwitz (1944-1945). Sur sa fiche de renseignements de « non rentré » au Ministère des Anciens Combattants (dossier au DAVCC) datée de mai 1947 est portée la mention « déporté politique et racial ». Toutefois, concernant la deuxième mention, elle n'est pas avérée : en effet, selon les recherches effectuées auprès du ministère des ACVG en octobre 1947 par l'UNC (Union des combattants des deux guerres) à laquelle le père de Lucien Bloch est adhérent, la préfecture de police répond que Lucien Bloch est « inconnu au service des affaires israëlites », ce qui aurait dû être le cas en cas de déportation raciale, et mentionne une déportation en Allemagne "depuis Compiègne le 7 août 1942". Si cette date est certainement erronée (aucun convoi n'est parti de Compiègne en 1942 après celui du 6 juillet 1942), il convient de noter que les 43 convois raciaux à destination d'Auschwitz de l'année 1942 partent depuis Drancy, Beaune-la Rolande et Pithiviers, après le dernier convoi parti de Compiègne le 5 juin 1942 et qu'aucun départ n'a lieu le 7 août.
  • Note 1 : Bezirkspraesidium des Unter-Elsass qui correspond à la Préfecture du Bas-Rhin.
  • Note 2 : Léo est le prénom porté en Schriftdeutsh sur le registre d'état civil d'Hagenau en 1908. C'est le prénom de Léon qui est inscrit dans un extrait de naissance envoyé à son père par la Mairie d'Haguenau le 7 mai 1947, et celui de Léonce dans une demande qu'il adresse au ministère des ACVG le 27 mai 1947. C'est également le prénom porté sur la carte du 6 juillet 1942 par son fils.
  • Note 3 : Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la défense, Caen.
  • Note 4 : Le camp de Mérignac : à compter du 21 mars 1941, y sont transférés les prisonniers politiques arrêtés en application du décret relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux, pour la défense nationale ou la sécurité publique.
  • Note 5 : l’UGIF, Union générale des Israélites de France est créée - à la suite d’une demande des autorités allemandes - par la loi française, le 29 novembre 1941, auprès du « commissariat aux questions juives ». « La mission de l'UGIF est d'assurer la représentation des Juifs auprès des pouvoirs publics, notamment pour les questions d'assistance, de prévoyance et de reclassement social. Tous les Juifs demeurant en France sont tenus d'y adhérer, les autres associations juives ayant été dissoutes et leurs biens donnés à l'UGIF ». (Wikipedia). Son rôle est très controversé. Aux deux extrêmes on lira les ouvrages de Maurice Rajsfus « Des Juifs dans la collaboration, L'U.G.I.F. 1941-1944, préface de Pierre Vidal-Naquet", EDI, 1980 et Asher Cohen « Persécutions et sauvetages, Juifs et Français sous l'occupation et sous Vichy » Ed. du Cerf 1993. 
Sources
  • Courriel de Mme Karen Taïeb (responsable du Service Archives du Mémorial de la Shoah) adressé à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation à propos de Lucien Bloch.
  • Envoi de Mme Taieb de la photo de la carte-lettre de Compiègne et d'un récapitulatif des documents retrouvés dans le grenier de la famille Bloch à Strasbourg par la famille Scherrer qui les ont transmis au Mémorial de la Shoah.
  • Echange de courriels avec Arnaud Boulligny (responsable de l'équipe FMD Caen) : dossier "Mort en déportation" de Lucien Bloch conservé à Caen sous la cote 21 P 426.835.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la défense, Caen.
  • Etat civil en ligne du Bas-Rhin. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie provisoire rédigée en juillet et août 2016 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) qui reproduit ma thèse de doctorat. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

NIVAULT, Camille, Armand


Matricule "45928" à Auschwitz

Rescapé

Camille Nivault est né le 3 septembre 1906 à Paris (17ème). Il habite 6 avenue des maronniers à Saint-Ouen (ancien département de la Seine, aujourd'hui Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.

Son père est employé à la STCRP (qui deviendra RATP).
Camille Nivault épouse Suzanne, Germaine Nalis le 24 mai 1930 à Saint-Ouen. Elle est née le 4 mai 1910 à Reims. Camille Nivault est père de deux enfants.
Il est menuisier à la STCRP, puis employé.
Il a été secrétaire des Jeunesses communistes du 17ème (rapport de la Sûreté Nationale). Sa femme est adhérente à l'UFF (Union des femmes française). Il est sportif (il joue au handball) et féru d'histoire.
Conscrit de la classe 1926, Camille Nivault est incorporé au 8ème régiment du Génie à Tours le 8 novembre 1926. Il effectue un stage de colombophilie au 18ème régiment du Génie à Nancy. Il est renvoyé à la vie civile le 16 avril 1928. Il effectuera les deux périodes de réserve auxquelles il est appelé. 
Il adhère au Parti communiste en 1938. Après l’interdiction du Parti communiste, il demeure un "communiste notoire" selon la formule policière.
Le 4 septembre 1939 il est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale. Il est affecté au 8ème régiment du Génie. Camille Nivault est démobilisé le 17 juillet 1940.
Il est possible qu'il ait été "affecté spécial" et de ce fait mobilisé sur son poste de travail.
Le Trait d'Union n°1, 1940
Une perquisition menée par les Renseignements généraux le 7 mars 1940 amène à la découverte du n°1 du "Trait d'Union" s'adressant en particulier aux soldats « et de nature à favoriser les entreprises de l’ennemi ». Il est arrêté avec sa femme, mais sont relaxés faute de preuves.
Son épouse sera également engagée dans la Résistance (un dossier d'homologation a été déposé à son nom après guerre). 
Un rapport de police d'octobre 1941 signale que Camille Nivault "n'a cessé de poursuivre une activité révolutionnaire en dépit du décret de dissolution des groupements contrôlés par la IIIème  Internationale.".
Camille Nivault participe de façon effective à la formation de la 5ème région Nord du Front National, créé à l’initiative du Parti communiste clandestin.
Il transporte et diffuse du matériel de propagande anti-nazie à l'intérieur de son usine, et fait des distributions "massives" de tracts.
Camille Nivault est arrêté le 27 juin 1941 par la police française, en application du décret de novembre 1939. 

Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Camille Nivault : « Meneur communiste très actif. Ex secrétaire du comité des JC ».
Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici le Fort de Romainville), ils sont envoyés en vue de leur déportation comme otages, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122 administré par la Wehrmacht.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Camille Nivault est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Camille Nivault est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45928 ». Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.
Fiche de la D.A.W. en date du 23 février 1944 recto
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block. (…) Pierre Monjault.
Fiche de la D.A.W. d'Auschwitz récapitulant ses fonctions et Kommandos 
Compte tenu de son métier de menuisier, Camille Nivault est affecté affecté au Block 18A et au Kommando de travail de la D.A.W. (Deutsche Ausrüstungswerke) : Il y travaille avec Robert Lambotte, Charles Limousin, Lucien Penner, Raymond Montégut et Lucien Matte, notamment au démontage des ferrures de ski pour en récupérer le métal. 
Il est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz)
A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 !
Camille Nivault, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Camille Nivault le 23 février 1944
Le 23 février 1944, Camille Nivault est transféré avec 3 autres « 45000 » à Buchenwald dans un convoi de détenus travaillant pour la D.AW. Il est immatriculé à Buchenwald au Block 14 sous le numéro matricule « 34191 ». Robert Lambotte a le matricule « 34 150 », Raymond Montégut  le « 34 162 », et Lucien Penner le « 34 161 ». Camille Nivault y est apprécié, entre autres par Roger Arnould, qui l'y a connu, comme "un homme calme, bon camarade" et "digne de confiance" « il était très brun et avait un bon regard ». Alexandre Briand se souvient que Camille Niveau lui avait dit « avoir vu tellement d’actes horribles à l’arrivée des déportés raciaux alors qu’il était chargé du déchargement des wagons à Auschwitz, qu’il s’étonnait qu’on l’ait transféré à Buchenwald » .
Grille d'entrée de Buchenwald
"A chacun son dû"
Le 26 octobre 1944, Robert Lambotte est transféré à Neuengamme et affecté dans un kommando de la D.A.W., près de Kiel.
Camille Nivault et ses deux camarades restent à Buchenwald, avec d’autres déportés français (Gaston Roger ancien maire de Garges, Roger Arnould, Volat, ancien maire d’Achères, Guerneau de Pont-Labbé, jusqu'à la libération du camp, le 11 avril 1945. 
Camille Nivault fait partie de la Brigade française d’action libératrice du camp de Buchenwald, homologué du 15 janvier 1945 au 15 avril 1945 (la brigade française a été classée « unité combattante » le 26 novembre 1947 par la commission de l’Etat major général, 3ème bureau, n° 10776 bis). Il est affecté au bataillon Saint-Just (commandant Artous, de la Garde républicaine de Paris) à la 3ème compagnie (capitaine Dangelle). 
Camille Nivault regagne Paris-Orsay le 29 avril. Il souffre de dysenterie grave et chronique dont il ne guérira jamais. Il est titulaire d’une pension d’invalidité définitive au taux de 100 % + 1. 
Camille Nivault qui habite Saint-Ouen, boulevard Victor Hugo, est élu conseiller municipal de Saint-Ouen en mai 1953 sur la liste communiste. On le voit sur la photo ci-contre en visite à la colonie de vacances de Chaudon (au château de Mormoulins acheté par la ville de Saint-Ouen en 1947).
En 1963 à Chaudon (Eure et Loir)
Château de Mormoulins
colonie de vacances de Saint-Ouen 
A sa retraite, il se retire en Touraine au Bourg à Rivière près de Chinon. 
Il milite à la FNDIRP. Lors d’un Comité national de la FNDIRP se tenant à Valence, il cherche à avoir une dédicade de Roger Arnould pour son livre « les témoins de la nuit »… demande que Roger Arnould ne trouvera que plus tard. Il demandera alors à Marceau Lannoy, qui habite Chinon, de rechercher Camille Nivault, qu’il écrit Niveau.
ll finit ses jours à Gap, où il décède le 13 décembre 1982. 
Comme de nombreux déportés, il n'a jamais vraiment parlé de sa déportation à sa famille. 
Il est homologué "Déporté politique "le 4/12/1953. 
Il est titulaire de la Croix du combattant volontaire de la Résistance (16/12/1960), de la Croix du combattant volontaire 1939-1945 (4/05/1963) et de la Croix du combattant

Sources
  • Rapport de la Sûreté Nationale octobre 1941.
  • Homologation comme sergent FFI (7 août 1948).
  • Certificat d'appartenance au Front National.
  • Témoignages de Roger Arnould, d’Alexandre Briand ( "d'un très grand calme"), et de Roger Gaston (élu communiste après la Libération).
  • Mairie du 17°, archives consultées le 9 mars 1994.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 27 juin 1941.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) consulté en novembre 1993.
  • Le Trait d'Union. In ©  BNF Gallica
  • © Documents et photos transmis par son fils P. Nivault en 2010. Il est né le premier décembre 1948.
Biographie rédigée en juin 1997 (modifications en août 2010 et juin 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) qui reproduit ma thèse de doctorat.
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.